Musée de Flandre – Cassel

La magie silencieuse d’Hans Op de Beeck face aux maîtres flamands

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Publié le , mis à jour le
Le temps d’une exposition, les œuvres du célèbre artiste contemporain belge Hans Op de Beeck (né en 1969) se sont faufilées au sein du parcours permanent du musée de Flandre, qui vient d’être entièrement revu et enrichi. Un silence étrange et magique se dégage de ses sculptures monochromes de vanités, d’enfants rêveurs et de cabinet de curiosités, qui dialoguent à merveille avec les tableaux anciens…
Hans Op de Beeck, Dancer
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Hans Op de Beeck, Dancer, 2019

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Polyester et métal • 146 × 110 × 110 cm (détail) • © Studio Hans Op de Beeck ADAGP, Paris, 2023

Les yeux clos ou baissés, les personnages sculptés d’Hans Op de Beeck sont dans leur bulle. Leur couleur gris mat et leurs formes douces évoquent des galets polis par la mer. Mais nul n’oserait les toucher, de peur de les réveiller. Une calme impénétrable s’en dégage. Face à ces instants intimes, le visiteur retient son souffle…

Au milieu d’œuvres flamandes espiègles évoquant l’univers du jeu et du rêve, trois sculptures oniriques créent la surprise. Dans le foyer d’une ancienne cheminée, un petit garçon concentré, les yeux rivés au sol, joue avec des billes de verre translucides. À deux pas, une fillette souffle une bulle de savon – une réinterprétation contemporaine d’un motif répandu chez les maîtres flamands, qui évoque la fragilité de la vie –, tandis qu’une autre dort paisiblement, la tête posée sur un coussin, trois frêles libellules et leurs ombres délicates volant au-dessus de sa tête… Une œuvre faussement proche de la sculpture mortuaire, tant on jurerait voir l’enfant respirer et les ailes des insectes frémir !

Hans Op de Beeck, “Tatiana (soap Bubble)”, 2017, à gauche ; “Girl, asleep”, 2021 à droite
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Hans Op de Beeck, “Tatiana (soap Bubble)”, 2017, à gauche ; “Girl, asleep”, 2021 à droite

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Polyester, métal, verre, plomb, revêtement, bois et polyamide • 48 x 50 x 125 cm ; 78 x 36 x 41 cm • © Studio Hans Op de Beeck, ADAGP, Paris 2023

« Enlever les couleurs permet une compréhension de l’essence pure et intemporelle des choses. »

Hans Op de Beeck

Dans une autre salle, un garçon très bouddhique, assis en tailleur, tient dans ses mains un globe de verre qu’il contemple, absorbé. « J’aime le contraste entre le gris mat de la sculpture et la brillance translucide du verre, qui procure une sensation de calme et de paix », explique l’artiste, qui magnifie ainsi la préciosité et la magie de ces petits objets fragiles.

Malgré le fort contraste entre leur épure contemporaine et la palette chatoyante des tableaux flamands, ces sculptures figuratives se fondent à merveille dans les salles de ce bâtiment du XVIe siècle, de par les sujets abordés et l’atmosphère qu’ils véhiculent. Installée à même le parquet, devant une ancienne cheminée en pierre, une spectaculaire nature morte géante (Vanitas XL, 2021) dialogue ainsi avec une composition peinte de Jacob van Es aux citrons pelés. Un immense livre ouvert, une grappe de raisins démesurée, des mûres, une coupe, une chandelle, un crâne humain sur lequel s’est posé un grand papillon… Cette vanité gris pâle en trois dimensions surprend par ses jeux d’échelles étranges entre les différents objets, et surtout par sa taille, qui donne au visiteur l’impression de s’être changé en souris !

Hans Op de Beeck, Brian (rock) à gauche ; Vanitas XL à droite
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Hans Op de Beeck, Brian (rock) à gauche ; Vanitas XL à droite, 2018 ; 2021

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Polyester, polyuréthane, métal, polyamide et verre • 94 × 150 × 68 cm ; 350 × 300 × 290 cm • Studio Hans Op de Beeck © Stella Ojala, ADAGP, Paris 2023

« Je pense que la mortalité fait tellement partie de la vie, qu’il vaut mieux la regarder en face pour apprécier chaque instant de l’existence. Je vois les vanités de façon positive, comme des célébrations de la beauté du monde », explique Hans Op de Beeck. Ainsi a-t-il glissé, non loin de natures mortes flamandes contenant des volatiles et des lapins morts, des sculptures d’animaux vivants, dont un petit chien endormi, qu’on contourne sur la pointe des pieds.

Hans Op de Beeck, Dog
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Hans Op de Beeck, Dog, 2019

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Revêtement et polyester • 62 × 58 × 30 cm • © Studio Hans Op de Beeck, ADAGP, Paris 2023

« J’aime particulièrement le calme, le silence. Pour moi, ce sont les petites choses de la vie qui sont les plus belles. De petits moments émouvants, comme quand mon fils s’endort dans mes bras », souffle l’artiste. « Enlever les couleurs permet une compréhension de l’essence pure et intemporelle des choses, ajoute-t-il. Le gris nous éloigne du réalisme pour privilégier l’évocation d’une humeur, d’une atmosphère ».

« Cette sensation de silence et de ralentissement du monde »

Celui qui, jeune, s’échappait dans le monde de la bande dessinée, pratique aussi l’aquarelle en noir et blanc. Un superbe paysage de neige en grand format est ainsi mis en relation avec des tableaux flamands, dont un de Gijsbrecht Leytens. « J’ai voulu représenter cette sensation de silence et de ralentissement du monde que je ressens en découvrant, le matin, que la neige a tout recouvert », raconte l’artiste qui s’inspire beaucoup des maîtres anciens, et en particulier du Néerlandais Johannes Vermeer (1632–1675), dont il admire «  l’atmosphère paisible de ses peintures, ses personnages absorbés aux gestes suspendus et son traitement de la lumière, qui nous invite dans la pièce avec eux ».

Hans Op de Beeck, Determination (NewYork kids)
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Hans Op de Beeck, Determination (NewYork kids), 2003

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Photographies • 60 x 60 cm • © Studio Hans Op de Beeck, ADAGP, Paris 2023

Même calme olympien avec ses quatre portraits photographiques d’enfants aux yeux clos, accrochés face à un petit garçon peint attribué au cercle de Frans Pourbus. De petits écoliers new-yorkais auxquels l’artiste avait demandé de « fermer les yeux en imaginant qu’ils étaient quelqu’un d’autre, ailleurs dans un autre monde ». Parmi les fossiles, coquillages et oiseaux naturalisés du cabinet de curiosités du musée, Hans Op de Beeck dévoile aussi une belle installation inédite, réalisée spécialement pour l’exposition : Wunderkammer Cassel, qui rejoint sa série des « Wunderkammer », (Chambres des merveilles en allemand). Dans une vitrine, un petit garçon tenant des mûres dans ses mains côtoie un chien endormi, des poissons nageant au-dessus de coraux, de libellules et de colibris en vol…

Hans Op de Beeck, The Horseman
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Hans Op de Beeck, The Horseman, 2020

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Polyester, acier, revêtement polyamide et laiton • 215 × 92 × 243 cm • © Studio Hans Op de Beeck, ADAGP, Paris 2023

L’artiste présente également deux autres sculptures qui mélangent différentes époques et origines géographiques pour un effet intemporel : une danseuse du carnaval de Rio [ill. en Une], saisie en train de fumer une cigarette non loin des géants du carnaval de Cassel, et The Horseman (2020) qui avait été exposée devant le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Installé devant une grande peinture de bataille, cet homme à cheval transportant un barda d’objets hétéroclites apparaît comme un nomade un peu perdu, loin des démonstrations de pouvoir et d’héroïsme inhérentes aux traditionnels portraits équestres.

Le Belge, qui a aussi travaillé comme scénographe de théâtre et d’opéra, nous réserve une dernière surprise envoûtante : Staging Silence (3), un court-métrage d’une poésie mélancolique dans lequel il construit et déconstruit des mondes miniatures qu’il arrose, anime, rend déserts, puis transforme à nouveau. Un univers fragile et merveilleux, en perpétuelle renaissance…

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Silence et Résonance. Quand l'art de Hans Op de Beeck rencontre les maîtres flamands

Du 31 mars 2023 au 3 septembre 2023

museedeflandre.fr

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