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La Panacée

La nouvelle garde de l’art contemporain à l’ère de l’anthropocène

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Publié le , mis à jour le
À Montpellier, l’exposition « Crash test – La révolution moléculaire », proposée par Nicolas Bourriaud, cerne les obsessions d’une jeune génération d’artistes qui ausculte les matières en réponse au climat social, économique et culturel ambiant. Tour d’horizon des préoccupations de la création contemporaine à l’ère de l’anthropocène.

Elle souffle le verre, soude le fer, tord le plastique et sculpte la pierre. Elle mixe l’inerte et l’organique et explore l’étendue des formes que les matières ont à offrir. Née pendant ou à l’orée des années 80, la génération d’artistes exposée à la Panacée met, pour ainsi dire, les mains à la pâte. Selon le commissaire de l’exposition Nicolas Bourriaud, les artistes contemporains réagissent ainsi au climat social, économique et culturel actuel : « Ils ont pris le parti de regarder ce qui est infime et moléculaire », proposant un retour à la matière, brute ou usée, en opposition à la matière manufacturée et industrielle, à l’heure où les flux immatériels de capitaux et d’informations semblent caractériser notre époque.

1. L’environnement pollué

Les jeunes artistes de l’exposition « Crash test » ont ainsi une conscience aiguë des enjeux qui agitent le monde contemporain, un monde où la marchandise et les déchets prolifèrent et où l’air est devenu irrespirable. Car si la société garde la face en cultivant une propreté en surface, le ver est dans le fruit. Rien n’est bien propre, tout est pollué comme en témoigne l’œuvre d’Aude Pariset.

Grignotés par des larves, maculés de petits trous, les sacs poubelles ou de shopping collés sur des panneaux par l’artiste sont méconnaissables. Ils ressemblent à des photographies qui auraient pris l’eau ou à des peaux mortes. Si cette artiste présente un procédé de recyclage incongru du plastique, ces sacs n’ont cependant pas été complètement digérés par des vers de cire. Partiellement effrités, ils restent visibles et persistent, comme tous ces rebuts en très lente déliquescence le long des trottoirs, dans les déchetteries, les océans. Ils sont bien ce que notre civilisation laissera derrière elle : les objets de l’archéologie du futur.

Aude Pariset, Sans titre
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Aude Pariset, Sans titre, 2018

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Vue de l’exposition Crash test – La Révolution Moléculaire • Production La Panacée – MoCo / Courtesy d’Aude Periset / © Aurélien Mole

2. Les mutations du corps contaminé

Le corps est lui aussi infecté, à l’image du masque de David Douard, accroché dans un angle et assorti de boules aimantées évoquant un virus. Ou encore des toiles froissées de Juliette Bonneviot, agrégats composites intégrant des xénoestrogènes, hormones sexuelles féminines synthétiques, présentes dans des produits de grande consommation (silicone, détergents, médicaments). Pamela Rosenkranz présente, quant à elle, des peintures monochromes réalisées après avoir ingéré des comprimés de Viagra. Toutes deux rendent compte des incidences des molécules artificielles, vendues et absorbées par l’homme. À l’heure de l’anthropocène, où les activités humaines bouleversent l’équilibre terrestre et sont à l’origine de l’apparition de nouvelles molécules, les corps de l’ensemble des espèces et les matières, mutent et développent de nouvelles facultés.

David Douard, Acte de Salon
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David Douard, Acte de Salon, 2018

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Production La Panacée-MoCo / Courtesy Galerie Loevenbruck et David Douard © Aurélien Mole

3. L’univers sans l’homme

Face à la situation écologique catastrophique, les artistes exposés au centre d’art la Panacée ne se transforment pas pour autant en éco-activistes, mais, à leur échelle, font un constat et mettent en pratique de nouvelles façons d’interagir avec leur environnement. Car si tout est si pollué, c’est bien parce que nous avons longtemps considéré la nature et ses ressources comme notre propriété et un instrument de notre développement. Les artistes l’ont bien compris : tout ne peut plus tourner exclusivement autour de l’homme. Et de fait, dans cette exposition, la figure humaine est presque totalement absente. Si les artistes s’intéressent aux matières, c’est bien pour témoigner que le monde physique, animal, végétal ou minéral mène une vie propre et qu’il ne s’agit pas de l’assujettir.

Ainsi l’artiste Agnieszka Kurant présente six monticules de sables colorés scintillants, non pas façonnés par sa main « démiurge », mais construits par des colonies de termites. « Dans le désert, ces habitats sont viables plus de 100 ans » précise-t-elle. Ces petites architectures interrogent la relation de l’homme à l’animal. Dans ce cas-ci, ce dernier est-il coproducteur, collaborateur de l’œuvre ou esclave de l’artiste ? Pour Nicolas Bourriaud, une nouvelle mouvance « met en avant la méthode (étymologiquement la voie, le chemin, le moyen) » plutôt que les résultats visuels.

Vue de l’œuvre d’Agnieszka Kurant, Crash Test – La Révolution moléculaire, 2018
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Vue de l’œuvre d’Agnieszka Kurant, Crash Test – La Révolution moléculaire, 2018

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© Aurélien Mole

4. Le jour d’après

Un nouveau monde voit le jour. Celui d’hier, stable, sécurisé, est à l’agonie et il règne bien une atmosphère un tantinet apocalyptique dans l’exposition. Roger Hiorns a broyé un moteur d’avion, alors réduit à un tas de poussières déversées dans l’espace, comme les cendres du monde industriel.

Le jeune artiste Thomas Teurlai détourne des déchets et présente une installation évoquant un laboratoire et un atelier de mécanique. Dora Budor expose deux œuvres mettant en scène d’étranges objets médicaux issus de films de science-fiction. Dans le genre chaotique, on peut également citer les deux tableaux lenticulaires des jeunes artistes Estrid Lutz et Emile Mold qui « font cracher entre eux le virtuel, le réel, la vidéo ». En fonction de la position du spectateur, leurs panneaux laissent apparaître diverses compositions d’images qui se chevauchent et se colonisent.

Vue d'ensemble, L’œuvre de Roger Hiorns au premier plan. Crash test – La Révolution Moléculaire
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Vue d’ensemble, L’œuvre de Roger Hiorns au premier plan. Crash test – La Révolution Moléculaire, 2018

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© Aurélien Mole

5. Le règne de l’hybridation

Collision, pulvérisation, croisement des matières… Cette génération d’artistes témoigne d’une réalité physique, non pas figée, mais plurielle et en mouvement. Elle est ainsi le premier témoin de la fin de la distinction entre nature, culture, réel, virtuel et artificiel. Désormais, elle navigue en eaux troubles afin de s’y perdre et/ou d’y trouver des repères. Née en 1990, la française Jeanne Briand appartient à cette catégorie d’artistes défricheurs et explore les potentialités de nouvelles formes de vie à la fois artisanales et technologiques, humaines et cyborgs. Elle expose à la Panacée une série de reproductions en verre de gamètes, cellules reproductrices, assorties de plugs et de câbles jack. Fruits d’une collaboration avec des souffleurs de verre, ces clones rigides et futuristes sont à priori inertes et glacials. Mais l’artiste souffle en leur sein afin de produire des sons qui se diffusent dans l’exposition. Ces formes hybrides seraient-elles au final bienveillantes et affectueuses ?

L’œuvre de Jeanne Briand au premier plan, Crash test – La Révolution Moléculaire, 2018
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L’œuvre de Jeanne Briand au premier plan, Crash test – La Révolution Moléculaire, 2018

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© Aurélien Mole

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Crash Test

Du 10 février 2018 au 6 mai 2018

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