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Yves Saint Laurent, Robes de cocktail, hommage à Serge Poliakoff et Piet Mondrian
Photo Sophie Carre / © Yves Saint Laurent
Ce n’est un secret pour personne, Yves Saint Laurent était un grand amateur d’art, mécène et collectionneur avisé, passion qu’il a partagée toute sa vie durant avec son compagnon, Pierre Bergé. En revanche, ce que l’on tend à oublier ou ignorer, c’est que c’est sa robe Mondrian qui a contribué à populariser l’artiste néo-plasticien en France, et non l’inverse. La première rétrospective de son œuvre a eu lieu en 1969 au musée de l’Orangerie à Paris, soit quatre ans après le défilé d’Yves Saint Laurent… « Pendant longtemps, on connaissait Mondrian par la robe Mondrian », rappelle Aurélie Samuel, directrice des collections du musée Yves Saint Laurent Paris.
Yves Saint Laurent, Trois robes de cocktail, « hommage à Piet Mondrian », portées par des mannequins devant « Composition avec rouge, jaune, bleu et noir » (1921) lors d’une rétrospective du peintre Piet Mondrian, Musée municipal de la Haye, 12 janvier 1966.
© Yves Saint Laurent / Photo Eric Koch / Nationaal Archief
Et pour cause. En dessinant cette petite robe droite et courte caractéristique des sixties, le jeune couturier jette un pavé dans la mare. Et pas des moindres : esthétique épurée, lignes géométriques, couleurs primaires, tout part du livre Piet Mondrian, sa vie, son œuvre, que la mère de Saint Laurent lui offre. C’est une révélation. Le peintre néerlandais l’inspire et lui procure cette vision de génie. « C’est quasiment à ce moment-là que la mode change de statut et commence à devenir un art en soi », précise Aurélie Samuel. Nous sommes en 1965, cela fait à peine quatre ans qu’Yves Saint Laurent s’est lancé dans la grande aventure de la mode en créant sa propre maison de couture, après son passage très remarqué chez Dior.
Alors que sa collection haute couture automne-hiver 1965 est presque achevée, il fait marche arrière et décide d’en redessiner une partie. Vingt-six robes Mondrian voient le jour, modifiant à jamais les liens qui unissent la mode à l’art. Si les ponts entre ces deux champs de création ne sont pas nouveaux, c’est bien la première fois dans l’histoire de la mode qu’un tableau se mue en une œuvre animée, passant du plan au volume. Yves Saint Laurent travaille seul, transformant l’héritage d’un artiste en une interprétation textile. « Cette robe pouvait aussi se regarder comme un tableau. Yves Saint Laurent a réussi à faire vivre une toile, tout en respectant la géométrie. C’était extrêmement nouveau. Ce n’était pas juste une inspiration d’un motif », explique Aurélie Samuel.
Yves Saint Laurent, Vue de la nouvelle présentation des collections, section Histoire d’une collection
Photo Thierry Ollivier / ©Yves Saint Laurent
D’une complexité extrême et d’une pureté extraordinaire, ces robes sont confectionnées en jersey de laine, une matière suffisamment rigide pour accrocher la lumière et donner du relief, comme dans un tableau. Chaque bande noire est incrustée et cousue de façon à ce qu’aucune démarcation ne soit perceptible. La matière picturale se fait alors étoffe, sublimant les formes abstraites de Mondrian.
« Poliakoff et Mondrian m’ont apporté un rajeunissement et un rafraîchissement extraordinaires : ils m’ont appris la pureté, l’équilibre. »
Yves Saint Laurent
Le succès est au rendez-vous et la presse unanime. Le Women’s Wear Daily qualifie cette collection de « révolutionnaire ». Marie Claire note l’« éblouissement de jeunesse et de style », tandis que le New York Times considère l’ensemble comme « the best collection ». Le Harper’s Bazaar évoque « le vêtement de demain » et affirme que c’est « l’abstraction qui s’impose ». En se confrontant aux artistes de la modernité, Yves Saint Laurent entre dans la légende. « Pour moi, faire d’un Mondrian ou d’un Poliakoff une robe, c’est mettre leur toile en mouvement. (…) Poliakoff et Mondrian m’ont apporté un rajeunissement et un rafraîchissement extraordinaires : ils m’ont appris la pureté, l’équilibre. »
Yves Saint Laurent, Planche de collection « Ensembles habillés » de la collection automne-hiver 1965, 1965
© Yves Saint Laurent
Les robes Mondrian sont si prisées qu’elles vont être copiées et recopiées, notamment aux États-Unis. Devenues iconiques, elles ont pénétré le champ de la culture populaire jusqu’à devenir objet de ré-interprétations par des artistes contemporains, à l’image de l’installation lumineuse en plexiglas de Nicolas Saint Grégoire, présentée dans le parcours du musée. Elles marquent également le début d’un dialogue avec l’art, que le couturier poursuivra avec Pablo Picasso, Vincent van Gogh, Georges Braque, Henri Matisse, Fernand Léger, Pierre Bonnard et la sculptrice Claude Lalanne.
La révolution Mondrian
Du 2 février 2019 au 31 décembre 2019
Musée Yves Saint Laurent Paris • 5, avenue Marceau • 75016 Paris
museeyslparis.com
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