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ABBAYE DE DAOULAS

L’amour, un continent exploré de l’Orient à l’Occident

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Publié le , mis à jour le
Ah l’amour ! Passionnel, romantique, tragique… on le rêve, on le vit, on le chante ou on l’écrit depuis des millénaires. Pour son exposition annuelle – initialement prévue en 2020 mais décalée pour cause de pandémie – l’abbaye de Daoulas, dans le Finistère, explore ce thème aussi intemporel qu’universel. Et questionne le sentiment amoureux d’une façon originale, en faisant voyager les visiteurs d’Orient en Occident. Partons sur les traces de Roméo et Juliette, des Contes des Mille et Une Nuits ou de Samson et Dalila.
Nasser Ellefi, Adam et Ève
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Nasser Ellefi, Adam et Ève, fin XXe - début XXIe siècle

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Un homme et une femme

Adam et Ève, un homme et une femme, représentés ici dans cette œuvre de l’artiste tunisien Nasser Ellefi. Orient et Occident partagent la même première histoire d’amour, celle du premier couple d’amoureux de la création. Un couple qui va imposer l’idée que l’amour est forcément une relation entre un homme et une femme. Que ce soit dans la Torah, la Bible et le Coran, le couple hétérosexuel est en effet la seule norme qui existe. Mais entre Orient et Occident, les interprétations diffèrent : la Bible et le monde chrétien font porter la responsabilité de la fuite du paradis à Ève, qui a croqué la pomme. Résultat, la femme sera perçue comme l’éternelle coupable. Un rôle auquel échapperont les amoureuses orientales.

Attribué au peintre de Briséïs, Homme et jeune garçon
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Attribué au peintre de Briséïs, Homme et jeune garçon, vers 480 av. J.-C

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Le tabou de l’homosexualité

Cette coupe romaine noire à figures rouges, datant de 484 avant J.-C., est l’une des rares œuvres de l’exposition qui montre des amours homosexuelles, en l’occurrence un homme et un jeune garçon. Seule la Grèce antique a accepté l’homosexualité, en s’appuyant sur un mythe relayé dans Le Banquet de Platon : les hommes sont des êtres mixtes que Zeus va couper en deux pour les punir. Mais regrettant sa moitié perdue, chacun n’a depuis d’autre désir que de la retrouver. Un joli mythe qui justifie les relations homosexuelles. L’exposition évoque aussi brièvement l’histoire de la princesse Boudur, « l’un des Contes des Mille et Une Nuits, dans lequel la princesse a une bonne amie qui la rejoint la nuit dans le sérail », explique Édith Joseph, conseillère artistique des Chemins du Patrimoine, réseau d’établissements culturels dans le Finistère dont l’abbaye de Daoulas fait partie.

Coupe à figures rouges. Céramique • © 2018 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

Eugène Delaplanche, Ève après le péché
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Eugène Delaplanche, Ève après le péché, 1869

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Ève la tentatrice

Ce sublime marbre signé Eugène Delaplanche, prêté par le musée d’Orsay, et baptisé Ève avant le péché, est la pièce phare d’une section de l’exposition consacrée au péril que représentent les séductrices, qui piègent les hommes et les exposent aux pires dangers. À partir du Ve siècle, ce thème est très fréquemment représenté dans l’art chrétien. Mère de toutes ces tentatrices, Ève se retrouve ici aux côtés d’œuvres mettant en scène Salomé, qui danse pour obtenir la tête de Jean-Baptise, Dalila, qui coupe les cheveux de Samson ou encore un très beau tableau d’Artemisia Gentileschi représentant Judith décapitant Holopherne.

Marbre sculpté • Photo © RMN Grand Palais (musée D'Orsay / Thierry Ollivier

Shadi Ghadjirian, Like every day
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Shadi Ghadjirian, Like every day, 2000

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Femme cachée, femme objet

Dans le monde oriental aussi, les hommes cherchent à se prémunir des dangers de l’amour et vont le faire en « cachant » les atours des femmes. Aux côtés de photos de femmes voilées ou de toiles montrant des harems où les femmes sont enfermées, l’exposition présente ce travail de l’artiste iranienne Shadi Ghadjirian, Like every day, qui fit grand bruit lors de sa sortie en 2000 : elle capture des portraits de femmes voilées de la tête aux pieds et dissimulant leur visage derrière un objet domestique afin de montrer leur quotidien. Ces clichés sont toujours interdits en Iran.

Tirages sur papier baryté • Courtesy galerie Silk Road, Téhéran • © CDP29

Anonyme, Shirin au bain vue par Khosrow
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Anonyme, Shirin au bain vue par Khosrow, XIXe siècle

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Le jeu féminin de la séduction

Ce magnifique carreau de revêtement, réalisé en Iran, datant du XIXe siècle et prêté par le musée du Louvre, illustre une scène de l’histoire de Shirin et Khosrow, l’une des épopées romanesques les plus célèbres du monde oriental écrite au XIIe siècle. À partir du VIIe siècle, ce genre de récits de couples luttant pour vivre leur amour impossible devient très populaire. L’héroïne, Shirin, qu’on aperçoit ici au bain, part à la recherche de Khosrow, dont elle est tombée amoureuse après avoir vu son portrait. « Alors que dans le monde occidental, les femmes sont soumises au désir des hommes et sont passives, à l’inverse ce sont elles qui mènent la danse et agissent en Orient, ce qui surprend souvent les visiteurs et va à l’encontre des clichés sur la femme musulmane soumise », note Édith Joseph, conseillère artistique des Chemins du Patrimoine.

Carreau de revêtement. Céramique décor moulé, décor sous glaçure • © 2016 RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Mathieu Rabeau

Manufacture de Meissen, Colombine et Pantalon
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Manufacture de Meissen, Colombine et Pantalon, 1738

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L’Amour galant

Cette céramique, fabriquée par la manufacture de Sèvres et montrant un couple qui danse, illustre à merveille la révolution galante qui touche le monde occidental au XVIIIe siècle : ce mouvement littéraire et artistique promeut le modèle d’une relation désirée et consentie, par l’homme comme par la femme. Enfin la femme a son mot à dire et devient sujet. L’image de l’Arbre d’amour, un arbre où poussent les hommes, diffuse même l’idée que la femme peut avoir envie de conquérir les hommes et aspire à être leur égale.

Porcelaine dure • Coll. Cité de la Céramique, Sèvres • © CDP29

Zoulikha Bouabdellah, Les Rouges et les noirs
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Zoulikha Bouabdellah, Les Rouges et les noirs, 2008

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Jouir sans entraves

Être à la fois ultra-sexy et pure : Les Rouges et les noirs de Zoulikha Bouabdellah expose des soutiens-gorge rouges à sequins sexy en diable sous des têtes recouvertes de voiles. Une œuvre qui évoque la double injonction faite aux femmes dans le monde oriental. Alors qu’en Occident, la femme était obligée à la chasteté, symbolisée par l’image omniprésente de la Vierge Marie, en Orient, les époux ont le droit de jouir sans entraves dans le monde arabo-musulman. Il existe dès le Xe siècle des traités érotiques expliquant aux deux sexes comment prendre et donner du plaisir. En Occident, il faut attendre le XVIIIe siècle et la naissance du libertinage pour que les plaisirs de la chair ne soient plus synonymes de péché mortel.

Coll. Nadour • © CDP29

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Amour. Récits d’Orient et d’Occident.

Du 4 juin 2021 au 5 décembre 2021

www.cdp29.fr

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L’exposition

En s’appuyant sur les trois livres fondateurs – la Torah, la Bible et le Coran – et des récits fictifs issus du monde musulman et chrétien, les quelque 250 œuvres du parcours de l’abbaye racontent une histoire de l’amour et éclairent sur les fondements de la morale et les rapports homme-femme dans le monde européen et méditerranéen. « Nous avons souhaité interroger les récits amoureux, comprendre d’où nous vient notre perception actuelle des relations amoureuses », explique Édith Joseph, conseillère artistique des Chemins du Patrimoine, réseau auquel appartient l’abbaye de Daoulas. « En mettant en perspective les visions orientales et occidentales, cela nous permet de décentrer le regard et de mettre à mal les idées reçues. » L’exposition donne aussi à voir sous un jour nouveau la condition féminine et son évolution. Et propose enfin aux visiteurs de confier leur vision de l’amour par un témoignage, qui sera ensuite diffusé dans le parcours.

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