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L’art brut au pays du spiritisme

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La nouvelle exposition du musée Maillol, après une première étape au LaM de Villeneuve d’Ascq, explore les liens entre art et spiritisme à travers les œuvres de trois peintres médiums et guérisseurs du début du XXe siècle. Originaires du bassin minier, ces autodidactes dévoilent une myriade de tableaux étourdissants, fourmillant de détails mystiques et de motifs complexes, guidés par des voix venues de l’au-delà… Plongeon immédiat dans ces mondes inouïs.
Augustin Lesage, L’esprit de la pyramide
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Augustin Lesage, L’esprit de la pyramide, 1926

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Temple de couleurs

En 1911, Augustin Lesage (1876–1954) travaille au fond d’une mine de charbon du Nord de la France lorsque des voix surgies des entrailles de la Terre lui intiment de peindre ! Devenu artiste, médium et guérisseur, c’est dans un état d’extase qu’il se met à couvrir ses toiles d’architectures symétriques et complexes, faites de multiples strates de motifs répétitifs d’une finesse ahurissante. Le tout d’une traite, sans brouillon ni repentir ! Évoquant des temples vertigineux, ses tableaux fascinent le surréaliste André Breton qui voit dans sa peinture une forme d’art automatique, dicté par les profondeurs de l’inconscient…

Coll. LaM, Villeneuve d’Ascq • © Adagp, Paris, 2019. Photo : N. Dewitte / LaM

Augustin Lesage, Néfertiti
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Augustin Lesage, Néfertiti, 1952

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Mystère égyptien

Dès le début des années 1930, en pleine vague d’égyptomanie déclenchée par la découverte de la tombe de Toutânkhamon en 1922, les toiles de Lesage se couvrent de motifs hiéroglyphiques et de têtes ressemblant étrangement aux statues reproduites dans les ouvrages d’égyptologie. De sa visite des tombeaux de la vallée des Rois et des Reines en 1939, l’artiste revient persuadé d’être la réincarnation d’un peintre de l’époque des pharaons ! Au centre de cette toile tardive trône le profil de Néfertiti. Entourée de volutes hypnotiques, la reine égyptienne est connue pour sa beauté légendaire mais aussi pour les mystères qui entourent sa disparition…

Coll. LaM, Villeneuve d’Ascq • © Adagp, Paris, 2019. Photo : N. Dewitte / LaM

Victor Simon, La Toile bleue
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Victor Simon, La Toile bleue, 1943-1944

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Le palais des rêves bleus

Ce sont encore des voix qui auraient ordonné à Victor Simon (1903–1976) de peindre ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Sur près de deux mètres sur cinq, l’immense tableau déploie des colonnades bleutées auréolées de motifs hypnotiques, flanquées de portes ouvragées et de coupoles en forme de bulbe évoquant l’Inde ou la Perse. Lui aussi mineur, puis cafetier et guérisseur-magnétiseur, l’artiste a commencé à peindre en 1933. Il exposera de nombreuses fois aux côtés d’Augustin Lesage qui le verra comme un continuateur de son œuvre.

Dépôt du Musée des Beaux-Arts d’Arras • © DR. Photo : P. Bernard

Victor Simon, La Toile judéo-chrétienne
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Victor Simon, La Toile judéo-chrétienne, 1937

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Songe syncrétique

Sans relâche, Victor Simon retranscrit minutieusement ses visions nocturnes sur des toiles envoûtantes par leurs effets de symétrie, de répétition et de démultiplication de motifs, décorées de centaines de petits points lumineux. Passionné par la science, les religions et les phénomènes paranormaux, il y déploie des temples labyrinthiques où s’entremêlent des figures et des motifs hindous, égyptiens, islamiques, juifs et chrétiens. Une sorte de mélange idéal de toutes les voies mystiques possibles !

Coll. LaM, Villeneuve d’Ascq • Photo : D. Cueco

Fleury Joseph Crépin, Le Temple des fantômes, Tableau n°77
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Fleury Joseph Crépin, Le Temple des fantômes, Tableau n°77, mars 1940

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Des yeux pour la paix

« Quand tu auras peint 300 tableaux, ce jour-là la guerre finira ». En 1939, un certain Fleury-Joseph Crépin (1875–1948), mineur et plombier-zingueur, a 63 ans lorsqu’une voix lui livre cette étrange injonction prophétique. L’homme, qui pratiquait déjà la radiesthésie et la télépathie, s’exécute, numérotant scrupuleusement chaque tableau jusqu’au dernier, achevé précisément en mai 1945 ! Présentant un étrange empilement symétrique de formes naïves incrustées d’yeux stylisés, celui-ci (Le Temple des fantômes) fut acquis par l’artiste cinétique Nicolas Schöffer (1912–1992) qui comptait, avec André Breton et Jean Dubuffet, parmi les admirateurs du peintre.

Coll. LaM, Villeneuve d’Ascq • © DR. Photo : N. Dewitte / LaM

Fleury Joseph Crépin, Tableau N°55
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Fleury Joseph Crépin, Tableau N°55, janvier 1940

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Perles sacrées

Inspiré par Victor Simon, Crépin sertit ses tableaux d’étranges petites perles de peinture brillante – dont personne n’a encore réussi à percer le secret technique – appliquées religieusement au rythme de 1 000 par heure ! Évoquant les objets sacrés sertis de joyaux, les arts océaniens ou encore l’artisanat Huichol au Mexique, ces gouttelettes rondes appliquées de manière obsessionnelle présentent le même caractère répétitif et minutieux que les motifs de Simon et Lesage. Une méthode proche, confirme la commissaire Savine Faupin, de « l’hypnose et de l’autohypnose »…

Coll. LaM, Villeneuve d’Ascq • © DR. Photo : M. Bourguet

Stefan Nowak, Amour éternel
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Stefan Nowak, Amour éternel, 23 décembre 1988

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Mandala hypnotique

Encore aujourd’hui, les œuvres de Lesage, Simon et Crépin continuent d’inspirer des artistes spirites qui se considèrent comme leurs successeurs. Réalisé en 1988 par Stefan Nowak, peintre guérisseur et membre d’un cercle spirite dans le bassin minier, ce tableau rend hommage aux trois artistes tout en évoquant d’autres influences comme les mandalas népalais et l’art tantrique.

Coll. LaM, Villeneuve d’Ascq. Donation de L'Aracine en 1999 • © Alain Lauras

Rainier Lericolais, Toupie
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Rainier Lericolais, Toupie, 2016

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Spirales spirites

Parmi les quelques œuvres contemporaines glissées dans le parcours, ces mystérieuses spirales ont été réalisées par Rainier Lericolais. L’artiste a laissé faire le hasard (ou les esprits ?) en lançant des toupies sur une vitre enduite de noir de fumée. Une œuvre qui aurait sûrement plu à l’écrivain Victor Hugo (l’un de ses superbes dessins à l’encre a été intégré dans le parcours) qui faisait tourner les tables dans les années 1850 !

Courtesy de l’artiste et Galerie Nosbaum Reding

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Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l'au-delà

Du 10 juin 2020 au 1 novembre 2020

www.museemaillol.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut

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