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Augustin Lesage, Sans titre, 1937
Huile sur toile • 147,5 x 97,5 x 2,5 cm • Coll. LaM,Villeneuve-d’Ascq. Photo Nicolas Dewitte / LaM / © Adagp, Paris
« Je travaillais, couché dans un petit boyau de 50 centimètres donnant sur une galerie éloignée du mouvement de la mine. Dans le silence, il n’y avait pour moi que le bruit de ma pioche. Quand tout à coup j’entends une voix, une voix très nette, dire : « Un jour tu seras peintre. » […] Personne n’était là. J’étais bien seul. » Ainsi Augustin Lesage fait-il le récit de sa soudaine vocation. Il a 35 ans, gagne sa vie comme mineur de fond, à l’instar de son paternel, dans le Pas-de-Calais, quand, en 1911, il entend au fond de la mine les premières voix qui lui suggèrent de changer de destin. « N’aie crainte, nous sommes près de toi, un jour tu seras peintre et tes œuvres seront soumises à la science », lui auraient suggéré les inconnu(e)s.
Augustin Lesage en tenue de mineur, vers 1925
Photo Nicolas Dewitte / LaM / © Adagp, Paris
Sa main, en écriture automatique, serait guidée par sa petite sœur Marie, décédée à ses trois ans.
L’injonction n’est pas sans l’effrayer. Jamais il n’a mis les pieds dans un musée quand les esprits se manifestent à lui et l’incitent à peindre. « Tu trouveras cela ridicule dans les débuts », le préviennent-ils. Mais, piqué par la curiosité, et souffrant d’un mal de dos pour lequel il cherche un guérisseur, la gueule noire accepte bientôt de faire tourner les tables avec un groupe d’amis. Son camarade Ambroise Leconte, qui a quelques notions de « métapsychique », fait l’entremise. Lors de l’une de ces séances à l’Institut des forces psychosiques, de Sinle-Noble, l’esprit frappeur le désigne comme médium ; la révélation est confirmée. Il sera artiste !
Augustin Lesage, Sans titre, 1912
Dictée par sa jeune sœur défunte, Marie, Lesage trace des lignes sur des feuilles de papier, ainsi que l’avaient prévenu les voix.
Craie grasse et crayon de couleur sur papier • 36 × 51,8 cm • Coll. LaM, Villeneuve-d’Ascq. Photo Claude Thériez / © Adagp, Paris
Il se met alors à produire des dessins, au crayon de couleur, lors de ses séances de spiritisme et d’hypnose : d’étourdissantes abstractions, qui ne laissent à l’œil aucune respiration, et partent en spirales infinies. Sa main, en écriture automatique, serait guidée par sa petite sœur Marie, décédée à ses trois ans. C’est aussi, raconte-t-il, selon les recommandations de l’un des esprits venus le conseiller qu’il passe ensuite à la peinture à l’huile. Ses visiteurs lui donnent même l’adresse d’un marchand de couleurs, à Lillers ! Lesage le reconnaissait sans forfanterie : « Je sais bien que je ne puis rien peindre si je ne me mets pas sous l’influence des Esprits […]. Si je suis dans la solitude, j’entre dans une sorte d’extase. On dirait que tout vibre autour de moi. J’entends des cloches, un carillon harmonieux, tantôt loin, tantôt près, cela dure pendant tout le temps que je peins. »
Augustin Lesage, Tombeau XVIII, vers 1924
Huile sur toile • 131 x 92 cm • Coll. Institut métaphysique international, Paris. Photo Nicolas Dewitte / LaM / © Adagp, Paris
Augustin Lesage dit être inspiré par Léonard de Vinci, puis par Marius de Tyane, peintre des temps antiques qui n’a laissé aucune trace.
Malgré de graves problèmes de vue, il peindra quasiment jusqu’à sa mort, en 1952. Il ne quitte pas tout de suite la mine, mais s’établit également comme guérisseur à Béthune, à partir de 1913. Cela lui vaudra d’être poursuivi pour exercice illégal de la médecine, mais il sera acquitté en 1914. Quand la guerre éclate, il est aussitôt mobilisé. Deux ans de tranchées, pendant lesquels il participe aux batailles de Douai, de Dunkerque et de l’Yser, avant de repartir au charbon en 1916. Sept ans de réflexion plus tard, celui qui n’avait pas dépassé le certificat d’études devient enfin peintre à plein temps, et donne naissance à une iconographie des plus sophistiquées. Il dit être inspiré par Léonard de Vinci, puis par Marius de Tyane, peintre des temps antiques qui n’a laissé aucune trace. Directeur de La Revue spirite, Jean Meyer détecte son talent et soutient financièrement sa création.
Augustin Lesage en train de peindre en public à l’Institut métapsychique international, du 6 avril au 21 mai 1927
© Nicolas Dewitte / LaM
« Ma seule joie est d’avoir un pinceau en main, et d’être constamment sous les influences de ces artistes planétaires. »
Augustin Lesage
En 1925, cet influent chantre de la cause dévoile les œuvres de Lesage à la Maison des spirites, à Paris, qu’il a montée, puis au Congrès spirite international, où l’artiste en herbe croise l’écrivain Arthur Conan Doyle. Fidèle aux séances de l’Institut métapsychique international, du même Meyer, il est plus que vraisemblable qu’il y croise aussi un certain André Breton. L’année suivante, il s’installe chez son protecteur, à Paris. Tandis que journalistes et scientifiques tentent de comprendre son mystère, ses journées sont tout entières dévolues à la peinture. Le docteur Otsy le décrit ainsi : « De cet étrange cas, pittoresque et chargé d’enseignements psychologiques, retenons qu’un ouvrier mineur a sorti de son propre fonds les connaissances nécessaires à la réalisation d’une œuvre d’art décoratif dans un genre qu’il n’a pas imité. »
Augustin Lesage, Néfertiti, 1952
Huile sur toile • 125,5 × 95 cm • Coll. LaM, Villeneuve-d’Ascq. Photo Philip Bernard / © Adagp, Paris
Ses voyages au Maroc et en Algérie lui donnent un nouvel élan au début des années 1930, et ses compositions, marquées de nombreuses références orientalisantes, y remportent un grand succès. Mais c’est surtout son périple en Égypte, en 1939, organisé grâce à l’Association Guillaume Budé (société savante), qui le fascine. De Vallée des Rois en Vallée des Reines, il va jusqu’à se croire la réincarnation d’un peintre de tombeau pharaonique.
Augustin Lesage en Égypte, devant les pyramides de Gizeh, Mars 1939
© Nicolas Dewitte / LaM
En découvrant la sépulture de Mena, la légende veut même qu’il ait eu un choc : une sensation très puissante de déjà-vu. Il est vrai que, dès 1925, ses œuvres étaient hantées de références hiéroglyphiques, de pyramides en Néfertiti. De là à y déceler les traces d’une vie antérieure aux bords du Nil ? À chacun de se faire son roman… En tout cas, jusqu’à sa mort, en 1954, jamais il n’abandonnera ces conversations avec l’au-delà : « Ma seule joie est d’avoir un pinceau en main, et d’être constamment sous les influences de ces artistes planétaires. »
Esprit es-tu là ? Les peintres et les voix de l'au-delà
Du 10 juin 2020 au 1 novembre 2020
Musée Maillol • 59-61 Rue de Grenelle • 75007 Paris
www.museemaillol.com
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