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Art contemporain

Laurent Grasso au Collège des Bernardins : une forêt de sensations

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Au cœur du cinquième arrondissement, le collège des Bernardins se fait actuellement l’écrin du nouveau projet de Laurent Grasso. L’artiste français à la pratique transdisciplinaire – sculptures, peintures, vidéo – y imagine une immersion en forêt, où se croisent êtres humains, animaux, nuages et végétaux. L’idée maîtresse ? Réveiller notre sensibilité à l’environnement naturel, et à sa magie.
Vue de l’exposition “Anima” de Laurent Grasso, Collège des Bernardins
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Vue de l’exposition “Anima” de Laurent Grasso, Collège des Bernardins

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© Laurent Grasso, ADAGP, Paris,2022 / Courtesy Galerie Perrotin / Photo Tanguy Beurdeley

Laurent Grasso
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Laurent Grasso

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Courtesy Laurent Grasso et Perrotin / photo © Claire Dorn

Aux Bernardins, un ancien collège cistercien du XIIIe siècle où ont longtemps résidé des professeurs et des moines étudiant à l’Université de Paris, la passion pour le savoir demeure. Et les rencontres, discussions et débats entre intellectuels d’aujourd’hui rythment un agenda culturel exigeant. C’est ici, sous ces voûtes superbement restaurées, qu’a élu domicile la chaire de recherches « Laudato si’ – Pour une nouvelle exploration de la Terre » en 2021. Dirigée par l’historien de l’environnement Grégory Quenet, celle-ci était suivie de près par le philosophe récemment disparu Bruno Latour ; c’est elle, aussi, qui a sollicité Laurent Grasso (né en 1972) et lui a proposé de réaliser un ensemble d’œuvres tout spécialement pour le lieu, pour entrer en résonnance avec ses recherches. Sans, toutefois, les illustrer. « Je ne suis pas là, explique le plasticien dans le catalogue, pour alimenter ou illustrer des théories scientifiques (…). Mon travail est sensoriel, mais aussi très informé. »

Vidéo « Anima » projetée dans l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins
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Vidéo « Anima » projetée dans l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins

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© Laurent Grasso, ADAGP, Paris, 2022 / Courtesy Galerie Perrotin / Photo Laurent Ardhuin

La caméra file ainsi entre les troncs puis à travers eux, au-dessus du sol herbeux, puis à l’intérieur, et se renverse, poursuit sa course folle entre l’invisible et le visible, le palpable et l’impalpable.

L’idée est donc d’éveiller notre sensibilité, ou plutôt de la réveiller – Bruno Latour, justement, voulait questionner l’origine de l’« insensibilité écologique » qui isole désormais les êtres humains de leur environnement. Comment ? En proposant une immersion sensorielle dans une forêt dense, animée de phénomènes mystérieux, répondant au passage à « la forêt de colonnes » (le mot est de l’artiste) qu’est l’architecture du couvent des Bernardins. L’acmé du parcours, composé de peintures et de sculptures, c’est un film spectaculaire tourné au mont Sainte-Odile, dans les Vosges alsaciennes. Durant une vingtaine de minutes, le spectateur suit tour à tour un renard filant entre les arbres, un homme aux cheveux gris de sage (Micha Lescot), un nuage flottant très bas… Des flammes apparaissent parfois dans l’espace, torches surréalistes mais jamais incendiaires, et de mystérieuses structures en tubes de verre rappellent l’univers sculptural de Laurent Grasso, imprégné d’invisible.

Vue de l’exposition « Anima » de Laurent Grasso au college Des Bernardins,  l’entrée de l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins
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Vue de l’exposition « Anima » de Laurent Grasso au college Des Bernardins, l’entrée de l’ancienne sacristie du Collège des Bernardins

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© Laurent Grasso, ADAGP, Paris, 2022 / Courtesy Galerie Perrotin / Photo Tanguy Beurdeley

La force du film, c’est sa vision totale, l’artiste ayant eu recours à une technologie de pointe utilisée par les archéologues, une méthode de télédétection intitulée LiDAR et qui permet à l’œil d’entrer dans les sous-sols, de renverser les perspectives… La caméra file ainsi entre les troncs puis à travers eux, au-dessus du sol herbeux, puis à l’intérieur, et se renverse, tourne, poursuit sa course folle et hallucinatoire entre l’invisible et le visible, le palpable et l’impalpable. Le tout, accompagné d’une musique électronique, atmosphérique et profonde signée du musicien Warren Ellis (célèbre pour avoir composé avec Nick Cave de nombreuses bandes originales de cinéma). La transe est donc proche : « ce projet crée des états de conscience modifiée », souligne l’artiste avec gourmandise. Et ses intentions se devinent sans besoin d’explications : dans cet « écosystème où se croisent les trajectoires », monde « d’entre-deux » où cohabitent êtres humains, animaux, végétaux et minéraux, la symbiose entre les êtres et les éléments naturels paraît absolue.

À gauche, tableau de la série “Studies into the Past”, à droite vue de la vidéo “Anima”.
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À gauche, tableau de la série “Studies into the Past”, à droite vue de la vidéo “Anima”.

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© Laurent Grasso, ADAGP, Paris,2022 / Courtesy Laurent Grasso et Perrotin

Quant aux peintures, accrochées aux colonnes et scandant l’espace, elles reprennent des œuvres flamandes du XVIIe siècle, que l’artiste a modifiées pour y inviter son fameux nuage ou ses flammes flottantes, et troubler les temps. Entre art ancien et contemporain, Laurent Grasso veut brouiller les pistes mais ne cesse de glaner ici et là des indices de son univers pour « donner l’impression que les objets sortent du film » : des éléments de la vidéo se retrouvent dans ses peintures et ses sculptures, et vice versa. Il souligne aussi que ces éléments sont pour certains issus de travaux plus anciens (montrés au musée d’Orsay, au Parvis à Tarbes…), et racontent ainsi une continuité de son œuvre, qui se poursuit avec cohérence, rebondit, s’adapte tout en jouant « d’effets de déjà-vu ». Reste à décrire ses délicates sculptures en globe de verre, « qui diffusent une fréquence de 7,83 hertz, la fréquence de la Terre » : cette technologie invisible révèle toute la subtilité d’un travail qui, non seulement accouche d’objets superbes, à admirer pour ce qu’ils sont, mais aussi nous parlent des aspects invisibles d’un monde vivant. Le nôtre.

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Anima - Laurent Grasso

Du 14 octobre 2022 au 18 février 2023

www.collegedesbernardins.fr

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