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Architecture

Le collectif Encore Heureux, pour une fabrique des possibles

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Publié le , mis à jour le
Incarnant une nouvelle génération d’architectes, sensibles aux questions écologiques et sociales mais aussi à l’idée de partage, le collectif Encore Heureux a été choisi pour assurer le commissariat du Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise, en mai prochain. Portrait.
L’équipe d’Encore Heureux
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L’équipe d’Encore Heureux

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© Encore Heureux

Le terme de « fabrique » sied bien au trio d’architectes Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard, qui forme aujourd’hui le collectif Encore Heureux. Pour préciser leur approche, un détour étymologique s’impose : le mot « fabrique » est emprunté au latin fabrica, qui signifie « œuvre, atelier de l’ouvrier ou de l’artiste » ; mais il provient aussi de fabricare, qui veut dire « construire ». Au sein de cette fabrique, le projet est donc envisagé comme une œuvre commune et un événement unique. À l’image de la création la plus contemporaine, le collectif s’inscrit dans une pratique transversale à la croisée de l’art, de l’architecture ou du design. Ils incarnent une nouvelle génération d’architectes désireuse d’engager avec les commanditaires une relation basée sur la proximité, la richesse des échanges et du partage.

Une architecture engagée

Pas étonnant, donc, qu’Encore Heureux ait été choisi parmi une vingtaine de candidats par le ministère de la Culture et l’Institut français, à la suite d’un appel à projet mis en place pour la deuxième année, pour assurer le commissariat du Pavillon français de la 16e Biennale d’architecture de Venise qui se tiendra du 26 mai au 25 novembre 2018. Le comité de sélection, présidé par l’architecte et urbaniste Frédéric Bonnet, a jugé que la proposition « Lieux infinis » du collectif apportait une contribution pertinente au thème générique de « Freespace », choisi pour cette édition par les Irlandaises Yvonne Farrell et Shelley McNamara, commissaires générales de la Biennale. Dans la continuité de cette veine d’une architecture engagée, déjà mise à l’honneur dans la précédente Biennale, cette nouvelle édition sera placée « sous le double signe de la générosité et du désir d’échange ». Une approche de l’architecture qui se veut plus éthique qu’esthétique, pour emprunter au titre « Less Esthetics More Ethics », qui était le thème de la 7e Biennale d’architecture de Venise en 2000.

Vue de l’exposition « Matière Grise » au Pavillon de l’Arsenal en 2014
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Vue de l’exposition « Matière Grise » au Pavillon de l’Arsenal en 2014

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© Vinciane Verguethen

Pour mieux situer le projet envisagé pour le Pavillon français, Nicola Delon que nous avons rencontré au Centquatre à Paris – où sont désormais installés les locaux du collectif – évoque un précédent, celui d’un premier commissariat de l’exposition « Matière grise » qui s’est tenue à l’automne 2014 au Pavillon de l’Arsenal. Cette exposition, tournée vers le réemploi des matériaux dans la conception architecturale, mettait en scène 75 projets d’architecture français et internationaux. Un événement qui a permis de mettre en évidence l’engagement et la sensibilité de l’agence pour les problématiques écologiques tout comme leurs valeurs sociales, économiques et politiques. Suivant le désir de poursuivre dans cette voie de l’exposition « comme medium linguistique » et « partage d’un propos », le collectif a proposé le projet « Lieux infinis » pour le Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise.

Hybrider les fonctions, créer des lieux vivants

Nicola Delon précise que la question posée pourrait être : « S’agit-il de construire des bâtiments ou de faire des lieux ? » Une façon selon lui de faire la différence entre une « vision pragmatique de l’architecture qui répond à des normes, à des budgets » et tout ce qui va au-delà, qui peut se résumer par « le sentiment d’être au bon endroit au bon moment ». Le terme de « Lieux infinis », ici, est à entendre de plusieurs manières : il s’agit d’une part de « quelque chose en mouvement, d’une architecture vivante qui n’est pas close, qui ne répond pas à des catégories préétablies mais hybride les fonctions, à la fois lieu associatif et culturel, lieu de travail. Et d’autre part de plate-forme ouverte à tous les possibles, à une infinité de possibilités ».

Encore Heureux, Le Pavillon Circulaire
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Encore Heureux, Le Pavillon Circulaire, 2015

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Parvis de l'Hôtel de Ville de Paris • © Cyrus Cornut

Des lieux de « résistance », où la « complexité du monde s’organise dans le partage et la solidarité. »

Pour ce faire, il est question d’un choix de 10 lieux répartis dans toute la France au sein desquels « s’inventent une partie des transitions écologiques, sociales, économiques, politiques, environnementales » qu’il est nécessaire de prendre en compte aujourd’hui. Parmi eux, on peut évoquer le laboratoire urbain des Grands Voisins à Paris, installé depuis 2012 dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, qui met en œuvre une dynamique de projets tournés vers la mixité d’occupation, entre hébergement de personnes fragiles et porteurs de projets culturels et solidaires. D’autres comme la friche La Belle de mai, installée à Marseille depuis 1992 ou le Cenquatre à Paris ont défendu l’idée d’une présence de la création dans des quartiers populaires sans jamais renoncer à la qualité des propositions artistiques. Pour Nicola Delon, ce sont tous des lieux de « résistance », où la « complexité du monde s’organise dans le partage et la solidarité ». Ils ont en commun les notions de « gouvernance collective, de prise de risque et d’altérité », d’une nouvelle définition d’un espace public aussi, plus créatif.

L’enjeu sera celui de mettre en forme ces singularités au sein du Pavillon français. Il y a d’emblée pour Nicola Delon quelque chose d’incomplet dans le modèle de l’exposition d’architecture : « quand nous allons voir une exposition d’art, nous allons voir une œuvre. En revanche, l’exposition d’architecture qui donne à voir la conception, la modélisation ou l’image ne montre pas l’architecture en elle-même. La difficulté est de présenter un réel qui n’est pas présent. » Le rendez-vous est donné en mai prochain pour découvrir comment le collectif Encore Heureux a mis à l’honneur ces réalités plurielles et complexes à travers un modèle d’exposition qui sera associé à une programmation d’événements multiples pendant la durée de la manifestation.

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16e Biennale d'architecture de Venise

Du 26 mai au 25 novembre 2018

http://www.labiennale.org/en/architecture/2018

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