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Myriam Mechita / Vidya Gastaldon, j’ai pleuré les larmes de feu en regardant tes yeux se fermer – les messages insensés – on a dit pour l’éternité – l’adversaire de l’aube – les visages en sommeil – les nouveaux espaces – quand tes yeux s’ouvrent – les lieux en sommeil – le sourire de Malevitch 6,7 et 10 / Healing object, 2020 / 2019
Collection de l'artiste • © Photo eac
Le saviez-vous ? 70% des peintures trouvées dans les grottes préhistoriques sont abstraites ou géométriques. Commissaire de l’exposition Géométries de l’Invisible, Pascal Pique n’hésite pas à remonter aux origines de l’art pour ouvrir son propos, via de superbes photographies de la grotte Chauvet signées Philippe Durand. Les dernières salles sont plus contemporaines, avec de jeunes artistes comme Myriam Mechita et Vidya Gastaldon (toutes deux nées en 1974). Brasser large, embrasser grand, pour mieux montrer la cohérence de son musée de l’Invisible, un projet itinérant mené depuis 2014. Il cite ainsi d’emblée le préhistorien Jean Clottes, auteur avec David Lewis-Williams des Chamanes de la préhistoire : transe et magie dans les grottes ornées (1996), qui devine dans les signes géométriques, les traits, les points et les formes zigzagantes trouvés dans les grottes des traces de transes chamaniques.
Philippe Durand, Chauvet, Le voyage intérieur / Basserode, Sédiments de l’humanité, 2020
Galerie Laurent Godin, Paris / Collection de l’artiste • © Photo eac – Adagp Paris 2020
« Un exemple : les mains au pochoir, détaille Jean Clottes à la sortie de son livre. Il s’agit non pas d’une peinture, mais du résultat d’une action. Laquelle ? Si la paroi est un voile entre la réalité et le monde des esprits, l’acte d’y appuyer sa main, de la recouvrir de peinture, la fait se fondre dans le roc couvert par la même peinture. » Le préhistorien défie donc l’hypothèse de l’art pour l’art, et donne aux premières peintures de l’humanité le sens d’une transmission : en peignant, les chamanes-artistes donnent à voir un peu du monde des esprits auquel ils ont accès. De même, selon Pascal Pique, les artistes d’hier (Michel-Ange, Jérôme Bosch ou Léonard de Vinci sont évoqués à travers des reproductions dans les salles de Géométries de l’Invisible) comme d’aujourd’hui seraient des « vecteurs et des catalyseurs d’énergies » de mondes invisibles.
Nous sommes donc au-delà de l’art-thérapie, qui a prouvé les effets d’une pratique artistique sur le moral, ou des études de neurobiologistes comme Jean-Pierre Changeux, qui observent l’influence de l’art sur le cerveau. Il s’agit de « vivre et d’expérimenter de manière directe et concrète ces phénomènes à travers les œuvres », de se placer dans une attention particulière, respectueuse. Une disposition de perception refusant pour autant les accusations de « superstition, d’ésotérisme, d’obscurantisme ou plus simplement de croyance » qu’a pu porter la pensée moderne. Ce projet tombe, nous semble-t-il, à point nommé : depuis cinquante ans, les pensées écologiques (mais aussi féministes !) tendent à restaurer des liens distendus avec la Terre, à féconder à nouveau des territoires rendus stériles. De la même façon, Pascal Pique veut réveiller une perception inhibée par une pensée de l’art fermée à l’« Invisible ».
Sandra Valabregue, Arbre sémiotique 1, 2 et 3, 2020
Coll. Sandra Valabregue • © Photo eac / ©JFAP, Yair Medina
Son musée de l’Invisible intrigue et intéresse autant qu’il semble donc parfaitement dans l’air du temps. Volubile, le commissaire nous fait visiter son exposition en citant pêle-mêle une « œuvre-talisman », des motifs récurrents comme des « spirales » ou des « formes matricielles », mais aussi l’Arbre des Sephiroth issu de la Kabbale, et dont on retrouve mystérieusement la forme de l’art occidental à l’art aborigène (!)… Il tisse ici de très nombreux liens entre des œuvres d’époques et de lieux radicalement différents, et propose de revoir toute l’histoire de l’art et des formes géométriques – chez Albrecht Dürer (seulement évoqué) autant que chez Sol LeWitt ou Yves Klein. Pour mieux détecter, quels que soient les artistes qui en sont à l’origine, les signes des énergies qui passent à travers ces formes utilisées depuis l’origine de l’art.
Sandra Lorenzi / Mario Merz, Disque talismanique numéro 1 / Igloo con albero, 2019 / 1969-1990
Bois d'acacia, cristal de roche, coquille Saint-Jaques, feuilles d'or, colle naturelle, crayon • 60 x 60 x 60 cm • Courtesy de l'artiste, Subtil collection / Collection Diane Venet et Igloo Con Albero 1969 - 1990 / Collection CAPC musée d'art contemporain, Bordeaux • © Photo eac, / Adagp, Paris 2020
Pour illustrer sa thèse de doctorat – Pascal Pique étant en plein travail universitaire – de très belles productions. D’abord, dans l’escalier, une œuvre importante de Sandra Lorenzi (née en 1983), qui explique avoir voulu « protéger et accompagner les visiteurs dans leur cheminement ». Disque talismanique #1 est une sculpture circulaire accueillant quatre coquilles Saint-Jacques, qui symbolisent « un procédé de nettoyage infini ». Ce « talisman » est constitué de matériaux superbes – cristal de roche, bois d’acacia – et donne le ton des œuvres qui suivront, d’une beauté subtile et toujours assortie d’une dimension « invisible », de relation à la terre souvent. Comme les relevés de feuilles de ginkgo de Herman de Vries ou l’igloo protecteur de Mario Merz. Plus récemment, des peintures d’Arthur Lambert, qui revisite l’art de l’enluminure et réinvente les « géométries sacrées ésotériques », ou des Healing paintings de Vidya Gastaldon, qu’elle fait par dizaines pour (se) soigner. On termine le parcours sous un mandala fantastique d’Isabelle Perù, qui nous ouvre sur le cosmos… Chamboulés.
Géométries de l'Invisible
Du 27 septembre 2020 au 3 janvier 2021
Espace de l'Art concret • Rue du Château • 06370 Mouans-Sartoux
www.espacedelartconcret.fr
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