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Transpalette - Bourges

Myriam Mechita, contorsionniste sous tension

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Publié le , mis à jour le
Elle dessine des portraits de contorsionnistes, sculpte des visages charnels en céramique, saupoudre de paillettes des flaques de latex : l’artiste française Myriam Mechita n’a jamais froid aux yeux, et a toujours soif d’expérimentations formelles. Présentée sur les trois étages du Transpalette (Bourges), son œuvre apparaît comme un cri du cœur, un journal rouge sang. Bouleversant.
Myriam Mechita, Exposition de Myriam Mechita au Transpalette
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Myriam Mechita, Exposition de Myriam Mechita au Transpalette, 2019

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© Dorian Degoutte

Elle vous regarde dans les yeux. Même à travers le papier, même à travers la terre qu’elle a accumulée dans le rez-de-chaussée du Transpalette, Myriam Mechita (née en 1974) est immédiatement et intensément présente dans chacune de ses œuvres. Peut-être parce que ses dessins sont très grands, qu’on aime à regarder de très près leurs détails hyperréalistes pour y deviner la trace du crayon. Ou parce qu’on aperçoit sur ses céramiques l’endroit où ses doigts se sont appuyés, qui rend ses chairs d’émail si sensuelles…

Nourrie par sa vie quotidienne, son œuvre porte l’empreinte de ses jours : à l’étage, des dizaines de dessins de formats moyens, « faciles à transporter dans une valise », nous souffle-t-elle, sont exposées en ligne comme les phrases désordonnées d’un journal – où apparaissent ses amis, son fils, les films qu’elle regarde, les toiles qui lui viennent en tête. L’artiste a également décidé d’inclure dans cette rétrospective un petit cheval en métal sur lit de paillettes, réalisé pendant ses études, qui avait attiré la remarque méchante d’un professeur – comme un clin d’œil vengeur. Mais surtout, « car ce petit cheval que j’ai fait quand j’avais 20 ans porte la même jeunesse que mes œuvres récentes ».

Myriam Mechita, Tu vas comprendre
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Myriam Mechita, Tu vas comprendre, 2015–2019

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crayon et encre sur papier • © Dorian Degoutte

« La réussite me pose problème, car il n’y a pas de suite. »

Myriam Mechita

Voilà une femme sincère, qui se livre dans ses œuvres avec une tension peu commune. Qui n’hésite pas, devant des journalistes, à confier ses doutes, le jour-même du vernissage. « J’avais envie d’une dimension chaotique, comme à l’atelier, quand tout se fait ; mais ici, tout est bien rangé à nouveau », glisse-t-elle, le regard mélancolique, avant d’ajouter : « La réussite me pose problème, car il n’y a pas de suite. » Le ton est donné. On comprend rapidement, en observant la façon dont ses œuvres sont exposées, que le travail est en cours, jamais fini. Ses grands dessins sont des rouleaux dépliés, tendus sur le mur grâce à des lattes de bois – ainsi, ils sont faciles à ranger, à reprendre, ils sont vivants, pas encore achetés. « Ce ne sont pas que des images, mais des objets-feuilles dont on devine l’avant-après », nous confie-t-elle. Quant aux céramiques, elles sont posées dans un grand tas de terre, prélevée non loin du musée et qui y retournera ensuite. Elles sont ainsi en contact avec leur matière première, et rappellent qu’elles sont devenues art par le geste de l’artiste qui plonge la main dans la terre et la boue.

Myriam Mechita, Le Papillon et le bluffe
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Myriam Mechita, Le Papillon et le bluffe, 2012

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tables gravées (production Eva Steinitz), céramiques émaillées, verres et résines • dimensions variables

La commissaire d’exposition – et amie de l’artiste – Julie Crenn a d’ailleurs mis en valeur cette dimension en choisissant pour titre une phrase prélevée dans une vidéo de Myriam Mechita, inspirée par Les Diaboliques de Georges Clouzot : « Je cherche des diamants dans la boue ». Myriam Mechita a en effet l’art et la manière de transformer ses expériences et ses rencontres en or. Il faut la voir raconter (et c’est possible dans une petite vidéo présentée dans la bibliothèque du Transpalette) ses rencontres avec des voyantes : « Je voulais voir quelqu’un qui puisse voir à ma place », et des chamanes, dont un lui a confié n’apercevoir, en essayant de la deviner, que du feu. C’est pourquoi l’incendie et les flammes reviennent à de nombreuses reprises dans ses dessins, rouges car les images demandées par l’une des voyantes « sont sorties en rouge ». Et les contorsionnistes, qu’elle portraiture dans des positions impossibles ? Un écho de ses céramiques, des corps éclatés : « Jamais de corps en entier, jamais de posture normale ; c’est une tension de l’ordre du désir ». Et de nous confier : « Je trouve ça très violent d’aimer quelqu’un d’autre ».

Myriam Mechita, 1001 faces of love [détail]
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Myriam Mechita, 1001 faces of love [détail], 2018–2019

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Céramique émaillée • série de 75 assiettes • © Dorian Degoutte

L’amour, donc. L’intimité, surtout. La vie, partout, du rez-de-chaussée aux étages : car la scénographie réussit parfaitement à restituer un art en mouvement. Les œuvres se complètent, se répondent, provoquent un effet cinématographique. Comme cette suite d’assiettes, dont chacune est peinte d’un portrait, exposée en une seule ligne étendue sur trois murs au premier étage : on les regarde en marchant, faisant défiler les visages souriants, vagues. « Ce sont des gens que je croise, ou des proches – ce flux très doux de personnes qu’on oublie m’affecte. » Ainsi, l’artiste joint parfaitement son geste (avec une exécution très rapide) à la sensation du visiteur, qui ne peut retenir tous ces visages. Puis, de temps en temps, on sursaute devant une grimace, un cri, une expression terrifiante, qui ramène un peu de la tension chère à l’artiste. Myriam Mechita a besoin de l’art et de sa pratique quotidienne pour sortir de sa tête les visions qui la hantent : son travail est le fruit de cette digestion. C’est pourquoi il est si violent, si cru, et si diablement séduisant.

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Myriam Mechita - Je cherche des diamants dans la boue

Du 14 février 2019 au 6 avril 2019

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