Article réservé aux abonnés
Jeff Koons, Bourgeois Bust, Jeff and Ilana, 1991
Pinault Collection • © Jeff Koons / Photo Jim Strong, New York
Adel Abdessemed, Coup de tête, 2012
Colère noire
Installée dans la cour du couvent, cette statue en bronze de plus de cinq mètres de haut réalisée par l’artiste français Adel Abdessemed reproduit le mythique « coup de boule » porté par Zinedine Zidane à Matteo Materazzi, en pleine finale de la Coupe du monde de football de 2006… le figeant, non sans humour, et pour l’éternité, comme un glorieux fait historique ! Mais la couleur calcinée de l’œuvre souligne la part d’ombre de cet acte de violence surmédiatisé, survenu sous les acclamations de la foule…
Pinault Collection • © Copyright Adel Abdessemed / Adagp, Paris 2021 / Photo : Marc Domage
Eilaine Sturtevant, Gober Wedding Gown, 1996
Immaculée disparition
Somme de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, le blanc incarnerait la pureté, la lumière, la paix et la vie. Caractérisé par l’absence de toute couleur, le noir représenterait le mal, la détresse et la mort. En réalité, leur symbolique est plus nuancée. Si les Occidentaux s’habillent en noir pour les enterrements, en Inde, en Chine et au Japon, le deuil et la mort sont associés au blanc. Dont nous enveloppons aussi bien le corps des mariées que celui des défunts ! C’est cette ambivalence tragique que représente ici la juxtaposition de la robe de mariée d’Elaine Sturtevant (une coquille vide synonyme d’absence, à l’instar d’un drap de fantôme), et des neuf gisants de Maurizio Cattelan allongés sous leurs linceuls – en vérité d’étonnants trompe-l’œil sculptés dans du marbre de Carrare…
Vue de l'exposition au Couvent des Jacobins • Pinault Collection • © Estate Sturtevant, Paris. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Pinault Collection / Maurizio Cattelan, All 2007. Photo in situ de J.F. Molière
Man Ray, Noire et Blanche, 1926
Duo iconique
Les yeux clos, une jeune femme tient tendrement un masque africain en ébène contre son visage pâle. Cheveux lustrés, sourcils dessinés, visage ovale aux lignes pures… Ce chef-d’œuvre de Man Ray met au jour de troublantes similitudes entre les traits de la mannequin parisienne Kiki de Montparnasse et ceux de la sculpture ivoirienne. Publiée en 1926, alors que l’Afrique est à la mode auprès du public européen qui l’aborde comme un objet de divertissement exotique, cette célèbre photographie joue finement avec ce phénomène en sous-entendant une égalité (hélas peu évidente à l’époque) entre les Noirs et les Blancs. Une image qui n’a rien perdu de sa puissance…
Pinault Collection • © Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris 2021, Pinault Collection
Zanele Muholi, Mfana, 2019
Noire de peau
Les mots « blanc » et « noir » renvoient malheureusement à une histoire douloureuse. Fille d’une victime de l’apartheid, l’artiste et militante sud-africaine Zanele Muholi rend toute sa dignité et sa majesté à la peau noire, qu’elle magnifie à travers ses portraits frontaux de femmes en noir et blanc, aux contrastes forts et d’une puissance indélébile. Héroïnes, reines, icônes, elle-même et ses « lionnes » nous défient de leur regard intense où se lisent fierté, révolte et souffrance muettes. Une réponse triomphante au racisme et aux atrocités de l’esclavage.
Pinault Collection
Franz West, Lemurenköpfe (Lemur Heads), 1992
Masques mortuaires
Dépourvues d’yeux, uniquement percées de narines et de bouches ouvrant sur une obscurité béante, ces têtes monumentales évoquent aussi bien des masques primitifs que des crânes ou des momies hurlantes. Conçues pour orner un pont viennois, ces sculptures de Franz West ont été pensées comme des esprits étranges surgissant de l’eau. Le blanc se réfère ici à la mort mais aussi à la sculpture figurative classique, que l’artiste autrichien défigure sans ménagement pour un résultat spectaculaire.
Vue de l'exposition au Couvent des Jacobins • Pinault Collection • © J.F. Molière
Annie Leibovitz, “Akke Alma, Las Vegas, Nevada” et “Akke Alma, Stardust Casino, Las Vegas, Nevada”, 1995
Vraie en noir et blanc
Pour cette série consacrée aux danseuses nues de Las Vegas, la photographe féministe américaine Annie Leibovitz représente chaque femme en deux portraits : l’un en couleurs où elle pose dénudée, dénaturée sous le strass et l’épais maquillage de son costume de scène ; l’autre en noir et blanc où elle se révèle dans sa tenue de tous les jours, touchante et sans fard. Au lieu d’apporter un supplément d’information, la couleur apparaît ici comme un vulgaire artifice, tandis que le noir et blanc, simple et contrasté, fait brillamment ressortir toute l’âme et la personnalité du modèle !
Pinault Collection • © Annie Leibovitz, Pinault Collection
Le noir et le blanc dans la collection Pinault
Du 12 juin 2021 au 29 août 2021
Couvent des Jacobins • 20 Place Sainte-Anne • 35000 Rennes
www.jacobins.toulouse.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Blancheur divine
Qui d’autre que Jeff Koons ferait tailler un buste en marbre idéalisé de lui-même ? Joyeusement mégalomane, l’Américain y apparaît torse nu en pleine extase amoureuse, enlaçant tendrement celle qui fut son épouse de 1991 à 1994 : la star du porno Ilona Staller, dite La Ciocciolina. Par le biais de cette œuvre immaculée évoquant la sculpture baroque et la statuaire antique – et aussi lisse qu’une publicité sur papier glacé –, l’artiste et sa compagne se transforment sans rougir en dieux de l’Olympe !