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Le sublime tour du monde de Sebastião Salgado exposé à Deauville

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Publié le , mis à jour le
Aux Franciscaines, une superbe rétrospective concoctée avec la Maison européenne de la photographie (MEP) retrace les 50 ans de carrière du photographe brésilien Sebastião Salgado. Est ainsi présentée une sélection de 166 de ses plus belles images ramenées des quatre coins du monde – des clichés en noir et blanc d’une puissance mystique, profondément humanistes et écologistes. Des grands drames humains à la célébration grandiose de la nature sauvage, aperçu en huit œuvres sublimes.

Avec ses compositions puissantes et engagées aux contrastes somptueux, Sebastião Salgado (né en 1944) a conquis le monde entier. Ses images en noir et blanc à l’esthétique baroque, dignes des clairs-obscurs caravagesques et des grandes peintures du Paradis et de l’Enfer, exercent sur les spectateurs un magnétisme universel. En particulier sa série « Genesis » (2004–2012) qui forme une ode spectaculaire aux splendeurs naturelles les plus reculées, encore intactes comme au premier jour, des déserts arides aux glaces de l’Arctique, en passant par la luxuriante forêt amazonienne et les tribus qui l’habitent.

« Son travail nous fait voir le monde différemment, ce qui est le propre des grands maîtres de la photographie », salue Simon Baker, directeur de la MEP. L’institution, qui soutient Salgado depuis les années 1980, possède de lui 400 tirages, dont 105 donnés en 2018 par l’artiste et son épouse ; de quoi construire une rétrospective complète. « Visiter cette exposition, c’est comme refaire le tour de ma vie. Je me sens incroyablement privilégié d’être encore en vie à 80 ans, alors que tant de mes homologues sont morts assassinés », nous confie avec beaucoup d’émotion le photographe.

Esthétique et berçante, la scénographie en forme de spirale, faite avec des panneaux en bois de fromager recyclé, mime son chemin de vie : aux murs de la belle cour des expositions de cet ancien couvent réhabilité s’alignent les drames humains qu’il a couverts durant ses 25 premières années de carrière ; puis, dans un vortex qui nous happe et mène au centre de l’espace, se déploie sa série « Genesis » consacrée à la nature – un remède qui lui a permis de renaître et de retrouver l’espoir. À la succession infernale des guerres et de la destruction, répond une courbe qui, tel un coquillage, place en son cœur les merveilles de notre monde à protéger…

Sebastião Salgado, Périphérie de Guatemala Ciudad, Guatemala
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Sebastião Salgado, Périphérie de Guatemala Ciudad, Guatemala, 1978

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Apparition sucrée

C’est en partant explorer l’Amérique latine dans le cadre de son premier projet personnel, « Autres Amériques » (1977–1984), que Salgado élabore son style. Quelques mois avant son entrée dans l’agence Magnum, il y saisit cette image frappante, alors qu’il documente la construction de logements pour les habitants pauvres des faubourgs de la ville de Guatemala. Le Brésilien photographie le visage d’une femme au regard triste et préoccupé, piégé dans le cadre d’une minuscule fenêtre, telle une icône. À cet instant, une petite vendeuse de pommes d’amour surgit à gauche de la cabane en bois. Offrant un contraste tranchant avec la partie droite de la composition, le sourire de la fillette et son plateau de douceurs ajoutent une lueur d’espoir et d’optimisme à cet étrange tableau.

Collection MEP, Paris., Don de l’auteur en 1988., © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Mine d’or de Serra Pelada, État de Pará, Brésil
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Sebastião Salgado, Mine d’or de Serra Pelada, État de Pará, Brésil, 1986

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Gouffre infernal

De 1986 à 1999, pour ses projets « La Main de l’Homme » et « Exodes », Salgado parcourt le monde pour témoigner de terribles drames humains. Cette image particulièrement intense, aux contrastes et aux effets de matière saisissants, capture un chercheur d’or remontant au péril de sa vie, sur une maigre échelle de fortune calée contre une paroi abrupte, du fond d’une immense mine à ciel ouvert : la Serra Pelada (aujourd’hui fermée), ouverte en 1979 dans l’Etat de Pará, au Brésil. De cette vaste fourmilière visible derrière lui en contrebas, plusieurs dizaines de milliers de garimpeiros comme lui remontent inlassablement, sans protection, de lourds sacs de boue de 60 kilos, dans l’espoir d’y dénicher une précieuse pépite.

Collection MEP, Paris © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Gisement de pétrole du Grand Burhan, Koweït
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Sebastião Salgado, Gisement de pétrole du Grand Burhan, Koweït, 1991

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Apocalypse pétrolière

En 1991, alors que la guerre du Golfe se termine au Koweït, plus de 500 puits de pétrole crachent des tourbillons de flammes, brûlant continuellement à plus de 2 000°C. Immergés dans ce paysage apocalyptique, des hommes tentent d’éteindre ces feux avec des camions-citernes. « C’était sublime et terrible. Ils risquaient leur vie. Quand l’eau était déversée, il y avait des explosions de gaz mortelles. Le bruit était si fort, c’était comme travailler dans la turbine d’un jet. J’y ai perdu la moitié de mon audition », raconte Salgado, qui immortalise ici l’un de ces héros, les bras ballants, épuisé et mazouté, échoué tel un clown triste au maquillage visqueux. La roue du camion contre lequel il est adossé dessine une spirale qui évoque le tourbillon infernal de la violence humaine. Lorsqu’il quitte le Koweït seul au volant de son 4×4, sur les talons des troupes américaines, Salgado doit traverser des lacs de pétrole piégés aux explosifs par l’armée irakienne. Un ami photographe y meurt brûlé vif…

Collection MEP, Paris © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Chaîne Brooks, refuge national de la vie sauvage de l’Arctique, Alaska, États-Unis
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Sebastião Salgado, Chaîne Brooks, refuge national de la vie sauvage de l’Arctique, Alaska, États-Unis, 2009

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Montagnes bibliques

Rendu malade par les horreurs qu’il a vues, dont le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, lui ayant donné « honte d’appartenir à l’espèce humaine », Salgado abandonne la photographie et reprend la ferme de sa famille au Brésil avec son épouse Lélia. En 1998, le couple se met à planter des milliers d’arbres (3,4 millions à ce jour, soit le plus grand projet écologiste du pays) pour combattre la déforestation massive de l’Amazonie. En 2004, il repart photographier la nature, ses plantes et ses animaux. C’est la naissance d’un projet guérisseur, « Genesis » : pendant huit ans, dans 32 pays, il explore les 47 % de la planète qui ont échappé à la folie des hommes, saisissant des paysages à couper le souffle, restés intacts comme au temps de la Genèse, telle cette majestueuse chaîne de montagnes de l’Alaska, dont il sublime la puissance mystique.

Collection MEP, Paris, Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018, © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Participant au singsing de Paya, province des Hautes-Terres occidentales, Papouasie-Nouvelle-Guinée
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Sebastião Salgado, Participant au singsing de Paya, province des Hautes-Terres occidentales, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2008

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Fière parure

À la fin des années 2000, Salgado retrouve foi en l’humanité au contact des tribus qui vivent encore en harmonie avec la nature. Ce Papou de Papouasie-Nouvelle Guinée, qui nous décoche un regard intense et fier, est vêtu du costume traditionnel du sing-sing – une danse rituelle locale inspirée de celle d’un magnifique oiseau, le grand paradisier bleu. À l’issue de ces mouvements ondulatoires entrecoupés de sursauts, accompagnés de chants, de tambours, de sifflets et de flûtes de Pan, des mariages sont conclus, des dettes réglées et des échanges établis. En vue de cette parade, les danseurs revêtent de superbes parures naturelles. Les hommes recouvrent leur visage et leur corps d’une pâte colorée, et portent des tenues faites de matières végétales tressées et de coquillages, ainsi que des coiffes vertigineuses en feuilles, perles et plumes.

Collection MEP, Paris, Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018, © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Mudman, Paya, province des Hautes-Terres occidentales, Papouasie-Nouvelle-Guinée
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Sebastião Salgado, Mudman, Paya, province des Hautes-Terres occidentales, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 2008

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Vision surréaliste

Sommes-nous dans un rêve, sous l’emprise de champignons hallucinogènes, ou sur une autre planète ? En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les « Mudmen » (« hommes de boue ») de la tribu Asaro portent d’étonnants masques confectionnés avec de la boue claire argileuse (dont ils barbouillent aussi leurs corps) et de longs faux ongles en bambou, semblables à des griffes. Une tradition dont l’origine et le sens demeurent mystérieux. En embuscade à proximité d’une chute d’eau, comme prêt à bondir pour effrayer une proie ou un ennemi, l’un d’eux se transforme ici, magnifié par une parfaite maîtrise du noir et blanc et des contrastes, en une vision surréaliste.

Collection MEP, Paris, Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018, © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Les femmes zo’é se teignent le corps avec un fruit rouge, l’urucum ou roucou, village de Towari Ypy, État de Pará, Brésil
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Sebastião Salgado, Les femmes zo’é se teignent le corps avec un fruit rouge, l’urucum ou roucou, village de Towari Ypy, État de Pará, Brésil, 2009

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Bulle de verdure

Coiffées de leurs traditionnelles tiares blanches en plumes de vautours papes, des femmes de la tribu zo’é, dans la forêt tropicale brésilienne, au nord du fleuve Amazone, appliquent sur leurs corps nus une pâte rouge vif antioxydante confectionnée à partir de graines de roucou écrasées, et se prélassent dans des hamacs en fibres végétales. Salgado les saisit dans un moment d’harmonie, fondues comme des caméléons dans leur maison en feuilles de palmiers. Polyandres et polygames, les Zo’é se distinguent par leur labret en bois (poturu) logé dans la lèvre inférieure. Respectueux de l’environnement et pacifiques, ils résolvent les conflits par le rire, à travers des duels de chatouilles. Mais cette petite tribu isolée est très vulnérable aux maladies venues de l’extérieur : à la fin des années 1980, un quart d’entre eux ont péri après avoir échangé avec des missionnaires.

Collection MEP, Paris, Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018, © Sebastião Salgado

Sebastião Salgado, Manchots à jugulaire sur un iceberg, îles Sandwich du Sud
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Sebastião Salgado, Manchots à jugulaire sur un iceberg, îles Sandwich du Sud, 2009

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Saut de l’ange

En file indienne, des manchots dévalent la pente d’un iceberg pour sauter l’un après l’autre dans l’eau. L’un d’eux est saisi en plein plongeon, les nageoires écartées, suspendu gracieusement dans le vide. Salgado, qui a photographié de nombreux animaux (tortues, rennes, phoques, baleines…), a pris plusieurs clichés extraordinaires de cette immense communauté d’oiseaux, dont 5 millions de couples vivent là où cette photo a été prise, sur les îles Sandwich du Sud – onze îles volcaniques polaires inhabitées, situées entre l’Amérique du Sud et l’Antarctique. Ces petits volatiles, entraînés par la pente abrupte du bloc de glace qui semble en train de sombrer, symbolisent la fragilité de ce paysage grandiose, menacé par le réchauffement climatique… Un rappel de la beauté que nous nous devons de préserver.

Collection MEP, Paris, Don de Sebastião Salgado et Lélia Wanick Salgado en 2018, © Sebastião Salgado

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Sebastião Salgado, Collection de la MEP

Du 1 mars 2025 au 1 juin 2025

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