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Jacques Monory, Ciel n°16. Le centre de notre galaxie, 1979
huile sur toile • 250 x 400 cm • MAC / VAL, Vitry-sur-Seine • © Adagp, Paris 2019 / Photo Jacques Faujour
Nous sommes le 26 juillet 1971, à 13 h 34 précisément, au centre spatial Kennedy, en Floride. Afin d’explorer le relief lunaire et d’effectuer des prélèvements, la fusée Saturn V est propulsée dans le cadre de la mission Apollo 15. Jusque-là, rien d’inédit. Ce que l’on sait moins, c’est que l’équipage transporte dans son vaisseau une sculpture en aluminium signée Paul van Hoeydonck. D’à peine 9 cm, l’objet en question – un astronaute en combinaison – sera la première œuvre d’art envoyée sur la Lune. Aujourd’hui encore, elle gît au pied d’un massif montagneux, tel un hommage à la petitesse de l’homme face à l’immensité de l’espace.
Onze répliques de cette figurine ont été réalisées pour la Terre, dont une acquise par le musée de Dunkerque. Elle accompagne les premiers pas du visiteur dans cette exposition, dont le parti pris apparaît rapidement comme atypique. Ponctué d’œuvres issues de la collection du LAAC (Lieu d’Art et Action Contemporaine) de Dunkerque, mais aussi de collections privées et publiques françaises, le parcours se déroule sensible et subjectif. On y trouve à la fois des œuvres mineures d’artistes connus (nombre d’entre eux issus de la Figuration narrative) et des pièces plus importantes signées par des artistes (masculins pour la plupart) méconnus. Les enjeux politiques et le récit en lui-même de la conquête spatiale sont laissés de côté ; les commissaires Matthieu Senhadji et Sophie Warlop ayant préféré se concentrer sur « les étonnements poétiques » des artistes face au cosmos.
Vue de l’exposition « COSMOS. Silence on tourne ! » au LAAC, Dunkerque
© Photo Cathy Christiaen / Ville de Dunkerque
La première salle, « Vertiges et Vestiges », présente ainsi plusieurs œuvres de la série Ciels, Nébuleuses et Galaxies de Jacques Monory datant de la fin des années 70 : de larges toiles presque psychédéliques représentant de spectaculaires paysages cosmiques [ill. en une]. Plus loin, les créations oniriques et ludiques de l’artiste Pierre Comte constituent sans doute la plus belle découverte de l’exposition. Inventeur du « space art », ce graphiste méconnu a conçu des sculptures articulées, à activer dans l’espace. Inertes au sol, elles se meuvent avec élégance dans un contexte de microgravité, seules ou grâce à l’astronaute.
Vue de l’exposition « COSMOS. Silence on tourne ! » au LAAC, Dunkerque avec la série « Donut » d’Alain Jacquet
© Photo Mathilde Coquel / Ville de Dunkerque
Moins liée à l’exploration spatiale, la section « Énergies » se consacre aux développements technologiques de l’époque. Signées Laurent Bolognini, Hugo Demarcq ou encore Frank Malina, des œuvres cinétiques (majoritairement des années 60) clignotent, s’activent et tournicotent de toutes parts, comme les éléments d’un vaisseau imaginaire devenu fou. Cette libération énergétique annonce la salle suivante – très surprenante –, dédiée à la « charge érotique liée à la conquête de l’espace ». Chez Bernard Rancillac, des véhicules fantaisistes foulent le sol lunaire comme s’il s’agissait… de caresses. Chez Alain Jacquet, des planètes très suggestives en forme de saucisses et de donuts se font la cour et se pénètrent sur des écrans luminescents…
Fred Biesmans et Eric Gunera, Meat Grow (détail), 2019
terre crue • © Photo Cathy Christiaen / Ville de Dunkerque
L’exposition se clôture par une note plus amère, opposant un contrepoint critique à la poésie joueuse des salles précédentes. Fred Biesmans et Eric Gunera s’en prennent au désir insatiable d’exploitation des ressources par les humains. Ils présentent leur série de sculptures, Meat Grow (2013) : des personnages miniatures colonisent chaotiquement une terre fertile, construisant maisons, outils et machines. Jean-Luc Vilmouth expose de son côté son projet utopique de colonisation de Mars en disposant une série de ventilateurs autour d’une représentation de la planète rouge. Les appareils sont censés lui fournir une atmosphère respirable…
De quoi les êtres humains sont-ils capables afin de réaliser leurs rêves les plus fous ? La conquête spatiale ne serait-elle pas finalement absurde et indécente ? Si l’on sort de l’exposition des étoiles dans les yeux, on finit donc par atterrir et revenir à la gravité de notre monde. Crise environnementale, exacerbation des inégalités, montée des populismes… Peut-être serait-il plus urgent de regarder sous nos pieds avant de lever les yeux vers le ciel.
Cosmos, silence, on tourne !
Du 16 novembre 2019 au 15 mars 2020
Musée du LAAC de Dunkerque • 302 Avenue des Bordées • 59140 Dunkerque
www.musees-dunkerque.eu
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