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Rencontres d’Arles

Les drôles d’archives des « Géo Trouvetou » du XXe siècle

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Publié le , mis à jour le
Entre 1915 et 1938, les inventions les plus folles étaient documentées au moyen de photographies et de films par l’ancêtre du CNRS. Du « lance-tracts pour avions » à l’« appareil à passer le fil dans l’aiguille », elles révèlent l’esprit d’une époque, marquée par la guerre puis par les révolutions ménagères. Aux Rencontres photographiques d’Arles, ces images d’une modernité de bric-à-brac sont passées au peigne fin.
Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Cornets acoustiques pour le repérage des avions de Georges Mabboux
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Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Cornets acoustiques pour le repérage des avions de Georges Mabboux, 31 mai 1935

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Plaque de verre au gélatino-bromure d’argent • Collection CNRS

Inventer un objet qui révolutionnerait la vie quotidienne : qui n’en rêverait pas ? À en croire les milliers de photographies immortalisant les inventions du début du XXe siècle – dont l’exposition « La Saga des inventions » présente un (petit) échantillon –, l’idée séduisait de très nombreux apprentis sorciers, universitaires et ingénieurs. Tous devaient passer par l’ONRSI (Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions), grand-père du CNRS, pour faire immortaliser et archiver leurs idées. Ces images ne mentionnent pas le nom du photographe, mais celui de l’inventeur et, bien sûr, l’intitulé de l’objet – « radiateur portatif », « masque pour chevaux », « briquette de sciure » (l’auteur n’ayant pas voulu donner sa recette (!), il a été impossible d’y donner suite)…

Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Machine à laver le linge (petit modèle) de Jules-Louis Breton
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Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Machine à laver le linge (petit modèle) de Jules-Louis Breton, 26 mars 1925

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Plaque de verre au gélatino-bromure d’argent • Collection CNRS

Parfois – et c’est souvent très drôle – les objets sont photographiés ou filmés en situation, comme la « trompette de Jean Perrin ». Mais le plus souvent, car cela fut la règle dès 1917, les objets sont photographiés sur fond neutre (ou plus exactement posés sur une planche recouverte de papier blanc). Luce Lebart, commissaire de l’exposition, souligne ici l’émotion qui se dégage, mine de rien, de ces cadrages cliniques : « comme dans un petit théâtre », les objets sont mis en scène de façon à montrer au mieux la simplicité de leurs lignes, leur texture, leur rondeur parfaite. Ainsi la « machine à laver le linge (petit modèle) » de Jules-Louis Breton ressemblerait presque à un coquillage photographié par Edward Weston, tant la perfection de sa forme sphérique se détache avec grâce sur le fond noir ébène.

Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Lunettes obturant le champ visuel de Louis Lapicque
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Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Lunettes obturant le champ visuel de Louis Lapicque, décembre 1926

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Plaque de verre au gélatino-bromure d’argent • Collection CNRS

Aussi, certains intitulés valent leur pesant d’or, et évoquent à la commissaire un « inventaire à la Prévert » : les « cornets acoustiques pour le repérage des avions », le « ronéophone pour aveugles » et les « lunettes obturant le champ visuel » relevant en effet bien plus du poème que de l’objet du siècle. Et pourtant : après les nombreuses inventions liées à la guerre et à la défense, aux avions et aux gaz, les ingénieurs se tournent vers un univers symboliquement fort, celui du ménage. Balayons la guerre, nettoyons en machine vareuses et gamelles, et inventons les premiers objets qui, transformés au fil des années, seront pour le coup réellement révolutionnaires. Et libérateurs. Comme il est amusant de regarder aujourd’hui les toutes premières machines à laver la vaisselle, sortes de marmites remplies d’assiettes !

Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Montage de photos des Arts Ménagers par Jules-Louis Breton
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Office national des recherches scientifiques et industrielles et des inventions, Montage de photos des Arts Ménagers par Jules-Louis Breton, 4 décembre 1923

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Plaque de verre au gélatino-bromure d’argent • Collection CNRS • Collection CNRS

Les longues années de guerre ont également poussé les inventeurs à réinventer les objets employés quotidiennement par les soldats – ceux-ci devant être, à l’instar du lit pliant, facilement transportables et légers. Enfin en paix, le pays se découvre un appétit pour les loisirs, qui réemploient et développent cet amour du gonflable et du démontable : pique-nique, bivouac, après-midi à la campagne ou à la plage… Le design intelligent des objets pensés de façon extrêmement ergonomique a quelque chose de ludique et d’attachant. Ils semblent alléger le monde !

Plus étonnants, les tests d’électroculture, qui invitent l’électricité au cœur des parcelles de plantes et de légumes. Parmi les dernières images de l’exposition, la photographie d’une femme portant un énorme poireau – légume particulièrement sensible à cette méthode d’agriculture peu orthodoxe – témoigne de ce que la folie des inventions peut provoquer de plus drôle. Ou de pire…

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« La saga des inventions. Du masque à gaz à la machine à laver. Les archives du CNRS »

Du 1 juillet 2019 au 22 septembre 2019

www.rencontres-arles.com

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