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Saint-Paul-de-Vence

Les Giacometti, une famille aux doigts d’or

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Publié le , mis à jour le
Qui connaît Giovanni, Augusto, Diego, Bruno ? Bien que très filiformes, les œuvres du célèbre sculpteur Alberto Giacometti ont fait beaucoup d’ombre à celles de ses deux frères, de son père et de son cousin. Pourtant, eux aussi étaient d’excellents artistes qui se sont illustrés en peinture, sculpture ou architecture. À Saint-Paul-de-Vence, une exposition rend hommage à leur talent, aux côtés de chefs-d’œuvre d’Alberto…
Giovanni Giacometti, Il Pittore
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Giovanni Giacometti, Il Pittore, 1921

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Très tôt, le jeune Alberto suit son père dans les montagnes pour croquer des paysages, dans un style d’abord proche de celui de son géniteur, puis de plus en plus sobre et nerveux, annonçant ses travaux à venir. On reconnaît ici sa silhouette et son épaisse chevelure.

Huile sur toile • 111 x 81 cm • Coll. particulière, Suisse • © 2016 Christie S Images Limited

La fée des arts a gâté les Giacometti. Dans cette famille suisse, en à peine un siècle, pas moins de cinq garçons sont devenus des artistes de talent qui ont tous reçu des honneurs de leur vivant ! Mais l’immense gloire de l’un d’entre eux a fini par éclipser les quatre autres. Inaugurée en 1964 à Saint-Paul-de-Vence, la fondation Maeght (du nom des collectionneurs Marguerite et Aimé Maeght) remédie à cette injustice. Sous le soleil éclatant du Midi, une exposition inédite y met en lumière les Giacometti oubliés…

La lumière était justement l’obsession du premier grand talent de la famille : Giovanni Giacometti (1868–1933), père du fameux Alberto (1901–1966). Un artiste méconnu du grand public alors que ses toiles, qui intègrent l’Exposition universelle de 1900 à Paris et le Kunsthaus de Zurich en 1906, font de lui l’un des peintres les plus influents de la modernité suisse du début du XXe siècle ! Ébloui par les contrastes vibrants offerts par les montagnes, les lacs et les pâturages helvètes, ce natif du canton des Grisons, parti étudier l’art à Paris en 1888, juxtapose des aplats ou larges touches de jaune, rose, bleu et vert vifs. Un style unique inspiré par l’audace de Manet, Cézanne et Van Gogh, des Impressionnistes et des Fauves, de son maître Giovanni Segantini et de ses amis Cuno Amiet et Ferdinand Hodler, qui l’accompagnent dans ses virées en altitude.

Giovanni Giacometti, Bambini nel bosco (Les enfants dans la forêt)
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Giovanni Giacometti, Bambini nel bosco (Les enfants dans la forêt), 1909

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Coll. Musée d’art et d’histoire, Neufchâtel • © Photo : S.Iori / Musée d’art et d’histoire, Neufchâtel

Dans les forêts et les clairières de la vallée de Bregaglia, où il vit avec sa famille, l’artiste à barbe rousse peint souvent ses quatre enfants. Alberto (né en 1901), Diego (1902), Ottilia (1904) et Bruno (1907) jouent dans l’herbe ou au bord de l’eau, nus, des ombres violettes sur leur peau orangée. Sur l’une des toiles, Alberto, debout au bord d’un lac, affiche une silhouette si étirée qu’il évoque ses futures sculptures. Très tôt, le jeune garçon suit son père dans les montagnes pour croquer des paysages, dans un style d’abord proche de celui de son géniteur, puis de plus en plus sobre et nerveux, annonçant ses travaux à venir. Son premier mentor le représente à l’âge de vingt ans en train de peindre en plein air, sérieux sous sa tignasse frisée [ill. plus haut]. L’éclosion du génie est là, capturée par celui qui l’a aidé à naître !

Augusto Giacometti, Landschaft (Baum) (Paysage, arbre)
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Augusto Giacometti, Landschaft (Baum) (Paysage, arbre), 1912

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68 × 68 cm • Coll. particulière • © Photo : Peter Schätchli, Zürich

Le cousin de Giovanni, Augusto Giacometti (1877–1947), est lui aussi doué en peinture. Après avoir étudié à l’École nationale des arts décoratifs de Paris et passé plusieurs années à Florence, cet artiste original installé à Zurich s’affirme comme une grande figure de l’Art nouveau… mais pas seulement. Dès 1902, il étudie les couleurs des ailes des papillons et en tire une composition qui fait de lui un pionnier de l’art abstrait, bien avant que Kandinsky, Picabia et Mondrian ne viennent à l’abstraction totale en 1910. Au couteau, il pose des couleurs vives sur un fond clair en les séparant par des espaces pour mieux les faire éclater. Ce style percutant, qu’il utilise aussi pour des affiches publicitaires, lui vaudra tout de même une rétrospective de son vivant à la Biennale de Venise en 1932.

À gauche, “Bruno (le plus jeune fils de l’artiste)” par Giovanni Giacometti et à droite, le plan de l’Hôtel de Ville d’Uster de
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À gauche, “Bruno (le plus jeune fils de l’artiste)” par Giovanni Giacometti et à droite, le plan de l’Hôtel de Ville d’Uster de, 1916 et 1958

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© Koller Auktionen, Zürich / © Stadtarchiv & Kläui Bibliothek Uster, Gemeindearchiv, Neubau Gemeindehaus, C.V.10

Bruno Giacometti (1907–2012), le plus jeune frère d’Alberto, s’illustre dans un domaine différent. Un stade (le Hallenstadion, 1938–1939) et un bâtiment d’université à Zurich, le pavillon suisse de la Biennale de Venise de 1951–1952, un musée d’histoire naturelle, des hôpitaux… Méconnu en France, cet architecte a conçu de nombreux bâtiments modernes à toits plats et angles droits proches des principes du Bauhaus et sobrement inscrits dans le paysage. Une discrétion qui se retrouve dans sa façon d’exister au sein de la famille, lui qui a dédié une grande partie de sa vie à organiser des expositions d’œuvres de son père et de ses deux frères, Alberto et Diego…

Diego Giacometti, Chat maître d’hôtel
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Diego Giacometti, Chat maître d’hôtel, vers 1955

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Bronze patiné • H : 30 cm • Coll. Adrien Maeght, Saint-Paul-de-Vence • © ADAGP, Paris 2021 / Photo : Claude Germain

Véritable alter-ego d’Alberto qui est son aîné de dix-huit mois, Diego Giacometti (1902–1985) vit et travaille avec lui dans le même atelier à Montparnasse. Pendant près de 50 ans, il est son confident, son modèle favori et son assistant qui prépare pour lui argile, plâtre et moules, exécute fontes, ciselures et patines. Tout en créant de superbes meubles et objets en bronze filiformes d’une pureté antique, ornés de branchages, de hiboux, d’oiseaux, de grenouilles ou de petites souris placés avec malice. D’une exécution rapide et nerveuse qui rappelle celle des sculptures longilignes d’Alberto, ces merveilles de poésie, de facture brute mais d’allure fine et gracieuse, séduisent de nombreux clients de renom. Parmi eux, le galeriste Pierre Matisse, le photographe Cecil Beaton, le couturier Hubert de Givenchy… et le couple Maeght. Outre tables, coiffeuse, appliques, serre-livres et miroirs, ce dernier va jusqu’à lui confier son échelle de piscine !

Consécration ultime, c’est Diego que choisit le Mobilier national pour meubler le musée Picasso, inauguré à Paris en 1985. De temps à autre, Alberto crée lui aussi des meubles, dont un superbe lustre orné de personnages effilés et de lotus rappelant l’art égyptien. L’irrésistible Chat maître d’hôtel de Diego (1955–1967), dont Alberto aurait eu l’idée, symbolise leur complicité. Défiant Diego qui adore les chats et en possède, son frère, irrité de les voir tuer des oiseaux, décide de venger les volatiles en plaçant ce chat en bronze dans la cage à serins de sa mère. Dressé sur ses pattes arrière, le félin porte docilement un plateau dans lequel sont disposées des graines… et se retrouve couvert de fientes !

Vue de l’exposition “Les Giacometti : une famille de créateurs”
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Vue de l’exposition “Les Giacometti : une famille de créateurs”

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© Archives Fondation Maeght / Photo : Roland Michaud

Dédiée à Alberto, la dernière salle de l’exposition déploie un florilège de chefs-d’œuvre de l’artiste issus de l’extraordinaire collection Maeght. Entre autres, deux versions du célébrissime Homme qui marche (1960), une impressionnante rangée de Femmes de Venise (1956) alignées comme des notes de musique, Tête de Diego au col roulé (1951–1952), Le Chat et le Chien (1951), La Clairière et La Forêt (1950), ainsi que des pièces uniques de sa période cubiste et surréaliste, telles que sa Femme cuillère (1926–1927) influencée par l’art africain, si différente de face et de profil. Un bouquet final qui rappelle, malgré tout, pourquoi c’est Alberto que l’histoire a (d’abord) retenu…

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Les Giacometti : une famille de créateurs

Du 3 juillet 2021 au 9 janvier 2022

www.fondation-maeght.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Art nouveau Alberto Giacometti

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