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Robert Zünd, Lac des Quatre Cantons avec vue sur la chaîne de Vitznau, non daté
Huile sur toile • 85 x 113 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Albert Anker, Grand-père avec deux petits enfants, 1881
Albert Anker, peintre du monde paysan
Peu connu en France, Albert Anker (1831–1910) – dont Christoph Blocher possède pas moins d’une centaine de toiles – est pourtant une grande figure de l’histoire de l’art suisse, à tel point qu’on le surnomme le « peintre national ». Ses sujets de prédilection ? La vie rurale du Seeland et le monde de l’enfance qu’il retranscrit avec charme et bienveillance. Ce père de famille nombreuse se montre exceptionnellement attentif à la psychologie et à la vie des enfants. Ici, un grand-père et sa petite fille sont représentés dans un moment de grande tendresse autour d’un bébé paisiblement endormi. Ce type de scène intimiste et les figures humbles d’Anker lui valurent l’admiration de Vincent Van Gogh et de Camille Corot.
Huile sur toile • 99 x 75 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Albert Anker, Nature morte : thé et madeleines, 1873
Petite leçon de virtuosité à l’heure du thé
Impossible de ne pas être tenté par ce goûter réconfortant arrangé avec soin. Les natures mortes qu’Albert Anker réalise pour lui-même témoignent de son savoir-faire pictural acquis lors de ses années de formation en France, dans l’atelier du peintre académique Charles Gleyre. Texture veloutée des gâteaux, reflets éclatants sur le métal, nacrés sur la porcelaine, lumière diffuse… Il fait ici montre de son habileté technique avec un sujet d’une grande simplicité. L’atmosphère recueillie et le dépouillement du décor évoquent la magie silencieuse des natures mortes de Jean Siméon Chardin.
Huile sur toile • 51 x 42 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Ferdinand Hodler, Arbuste de lilas, vers 1890
L’éclosion d’un maître : Ferdinand Hodler
Connu pour ses grands paysages épurés confinant à l’abstraction, Ferdinand Hodler (1853–1918) est un des maîtres de l’art suisse. Avant d’être associé à la mouvance symboliste, qui traverse l’Europe dès la fin du XIXe siècle, le peintre fait ses armes en peignant de sages paysages naturalistes, dans la pure tradition de l’école suisse d’Albert Anker ou d’Alexandre Calame. Dans les années 1880, son style évolue et porte un regard plus singulier sur la nature. Elle se fait plus expressive et synthétique à l’image de ce fragile arbuste de lilas battu par le vent. Tandis que ses fleurs roses sont peintes avec précision et volume, le champ de pissenlits autour est brossé en de larges aplats, annulant tout effet de perspective : bientôt la marque de fabrique de l’artiste.
Huile sur toile • 54 x 37 cm • Coll. Christoph Blocher • © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Ferdinand Hodler, Le Lac Léman vu de Chexbres, vers 1904
Entre ciel et lac, l’infini
C’est un des sujets favoris de Ferdinand Hodler. Le lac Léman, tantôt turquoise tantôt mauve, inspire au peintre des paysages radieux, d’une grande épure, où le miroir d’eau répond au ciel dans une parfaite symétrie. Dans cette énième vue du lac, d’une simplification extrême, la ligne courbe du littoral et les volutes de nuages viennent dilater l’espace tout en réunissant le haut et le bas de l’image. Ciel et lac s’épousent en un tout cohérent, infini. Dotées de grandes qualités rythmiques, les toiles d’Hodler revêtent aussi une forte symbolique cosmique. Le paysage, ici pourtant caractéristique de la Suisse, s’affranchit de tout pittoresque, de toute anecdote, pour tendre à l’universalité.
Huile sur toile • 81 x 100 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Giovanni Segantini, Repas à l’ombre, 1892
La nature vibrante et mystique de Segantini
La nature se retrouve également célébrée avec dévotion chez Giovanni Segantini (1858–1899), artiste symboliste d’origine italienne qui dépeint un monde rural empreint de spiritualité. Alors qu’il s’installe en Suisse, dans les Grisons, en 1886, sa peinture trouve une évolution originale : elle se gorge d’une lumière qui apparaît comme diffractée, riche d’une multitude de nuances. Cette recherche formelle proche du divisionnisme est mise chez lui au service de l’expressivité et d’une forme de mysticisme. En témoigne cette paysanne allongée face contre terre, sur une pelouse ombragée, le long d’une houe. À sa tête, une barrière semble former une funeste croix, tandis que le soleil inonde la ferme à l’arrière-plan.
Huile sur toile • 45 x 68 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Giovanni Giacometti, Maternité, 1908
Giovanni Giacometti : tel fils, tel père
Il a été quelque peu éclipsé par son fils, Alberto Giacometti, qui apparaît ici assis dans l’herbe avec son frère Diego et sa mère Annetta donnant le sein au petit Bruno. Dans cette grande toile, construite à la manière d’une madone de la Renaissance, Giovanni Giacometti (1868–1933) exalte, au moyen de la couleur, le bonheur familial avec une nature luxuriante en toile de fond. Cet élève de Segantini et d’Hodler, trouve sa voie dans une peinture aux couleurs franches, aux formes charpentées et à la touche épaisse, qui sera exposée aux côtés des Fauves. Un style que l’on retrouve en 1914 dans un majestueux paysage de montagnes peint par son fils Alberto, âgé de… 13 ans.
Huile sur toile • 103 x 91 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Augusto Giacometti, La Fuite en Égypte, 1916
Augusto Giacometti, l’insaisissable
Dans la famille Giacometti, je demande… Augusto (1877–1947), le jeune cousin de Giovanni. Inclassable, ce proche des dadaïstes dans les années 1917–1918, se distingue par ses expérimentations qui font de lui un pionnier de l’art abstrait, sans cesse en quête d’immatérialité. Grand coloriste, ses recherches le mènent aussi vers l’art du vitrail dont il est un novateur. La Fuite en Égypte surprend par son sujet biblique traité avec une grande liberté : l’équipage de la Vierge, Joseph et l’enfant Jésus apparaît comme de minuscules silhouettes devant un gigantesque halo lumineux décentré, qui semble absorber l’espace entier dans une frénésie cosmique.
Huile sur toile • 140 x 138 cm • Coll. Christoph Blocher • © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Félix Vallotton, Une rue à Cagnes, 1922
Félix Vallotton sous le soleil du Midi
Ce panorama de l’art suisse ne serait pas complet sans un de ses talents les plus singuliers : Félix Vallotton (1865–1925). Formé dans sa prime jeunesse à Lausanne, son art s’épanouit à Paris au contact des Nabis et des milieux bohèmes, notamment la presse anarchiste. Malgré une grande synthétisation des formes, qui doit autant à Ingres qu’aux estampes japonaises, ses tableaux offrent une impression d’hyper-réalité troublante, chargée de sous-entendus. À la fin de sa vie, en 1920, Vallotton en quête de soleil et de douceur gagne le Sud de la France, pour Cagnes-sur-Mer. De cette petite ville médiévale perchée sur une colline, il retient ici une impression fugace, celle de l’ombre fraîche qui s’infiltre dans les ruelles à la tombée du jour, installant une atmosphère paisible. Cette petite toile est emblématique du regard acéré de l’artiste, de ses cadrages cinématographiques et de son art de la ligne.
Huile sur toile • 81 x 65 cm • Collection Christoph Blocher © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Adolf Dietrich, Martin-pécheur en plein vol, 1950
Adolf Dietrich ou la vie sauvage
Autodidacte issu d’un milieu rural modeste, surnommé le « Rousseau allemand », Adolf Dietrich (1877–1957) est à l’origine d’une œuvre curieuse et fascinante qui rappelle autant les peintures de Pieter Brueghel l’Ancien que celles de la Nouvelle Objectivité. Outre des paysages, ce passionné d’ornithologie, qui vivait entouré d’une multitude d’animaux, produit des natures mortes et scènes de la vie sauvage inspirées par ses randonnées dans les bois. Ici, un martin-pêcheur piquant vers un lac, qui témoigne d’un style très personnel, mélange de rigueur quasi-scientifique – il prenait pour modèle des oiseaux empaillés – et assemblage d’éléments juxtaposés sans réel effet de perspective. En résultent des images étranges et pleines de poésie.
Huile sur contreplaqué • 40,5 x 51 cm • Coll. Christoph Blocher • © Photos SIK-ISEA, Zurich (Philippe Hitz)
Chefs-d'œuvre suisses. Collection Christoph Blocher
Du 6 décembre 2019 au 22 novembre 2020
Fondation Pierre Gianadda • 59 Rue du Forum • 1920 Martigny
www.gianadda.ch
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Paradis bucolique
Quelques vaches se désaltérant suivies d’une paysanne et de ses deux enfants, un chalet au loin et les majestueux sommets de la Suisse centrale en toile de fond. Une véritable Arcadie ! Le peintre lucernois Robert Zünd (1827–1909), célèbre dans la seconde moitié du XIXe siècle, est connu pour ses vues pastorales de son pays natal qu’il dépeint avec une touche minutieuse et délicate. Baignée d’une douce lumière dorée, cette œuvre trahit l’influence de la grande peinture classique de Claude Gellée, dit le Lorrain, admiré au Louvre par l’artiste durant un séjour de formation. Héritier du romantisme, Zünd célèbre une Suisse intemporelle encore préservée de toute trace de modernité, mais aussi une nature souveraine, source d’harmonie et de spiritualité.