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Genesis Belanger, Masculine Still Life, 2021
Acier thermolaqué, grès, laiton • © Photo : Pauline Shapiro / Courtesy Genesis Belanger et de la galerie Perrotin, Paris
Il y a, chez Genesis Belanger (née en 1978), quelque chose qui nous rappelle la pop star Lana del Rey. Un goût commun pour les décors et les accessoires rétro, les ongles longs, les mises en scène désenchantées, la mélancolie amoureuse… En résumé, un univers profondément américain, hollywoodien même, comme pavé d’indices sortis d’un film d’Alfred Hitchcock. Et qui, par la magie de l’impérialisme culturel des États-Unis, parle à tout le monde. C’est pourquoi on se sent d’emblée en terrain connu dans son exposition « We were never friends », enveloppante comme un décor de théâtre. Toutes ses œuvres prenant la forme de meubles et d’objets communs, l’artiste basée à Brooklyn donne à l’espace une très forte impression domestique, terreau fertile d’une fiction que l’on tricotera nous-mêmes.
Genesis Belanger, Folly, 2021
Acier thermolaqué, tissu de parasol, tissu en laine, grès, peinture à l’huile • © Photo : Pauline Shapiro / Courtesy Genesis Belanger et de la galerie Perrotin, Paris
Sans l’imposer, Genesis Belanger suggère la piste d’une amourette. Celle-ci commence avec une première pièce – bluffante –, un pique-nique dont la nappe ondule comme un tapis volant au-dessus du sol. Un moment d’été, léger, qui traduit les débuts d’une relation amoureuse, quand chacun n’est encore que gourmandise. Le tissu à carreaux bleus et blancs supporte une myriade d’objets en céramique : tranche de pastèque, cerises, sandwich juste croqué, fromage, hot dog, soliflore et… Tiens, surprise ! Un pied aux ongles rouges sortant d’un panier. Il y a toujours, dans ses installations, un détail insolite, le surgissement d’un corps découpé, qui vient rappeler un peu des associations du surréalisme, du fauteuil à pied de Salvador Dalí à la Table de Giacometti jonchée d’objets et de fragments humains.
Cette attirance pour les corps morcelés – obsession, même, au vu du nombre de mains, jambes et pieds qui parsèment l’exposition – lui vient du monde de la mode et de la publicité, qu’elle a bien connu pour y avoir travaillé : à mille lieues d’une scène de crime, Genesis Belanger reproduit en réalité une manie bien connue, qui transforme les femmes en objets de désirs et chérit, isolément, leurs hanches, leurs mollets fins ou leurs poitrines… Mi-critique, mi-cruelle, l’artiste maîtrise parfaitement ces codes de séduction et les décline à sa façon en sculptures sensuelles, étranges, qui joue de l’évident binôme attraction/répulsion. Ainsi, dans la boîte d’un instrument posé sur un fauteuil, sont soigneusement rangés un avant-bras et un œil ; sur une méridienne, des fesses rebondies, un pied et une main se détendent, posés là comme une énigme.
Genesis Belanger, « Henri’s Dream », 2021 (à gauche) et « Let’s Call It a Night », 2021 (à droite), 2021
Acier thermolaqué, tissu de parasol, mousse, grès, peinture à l’huile • © Photo : Pauline Shapiro / Courtesy Genesis Belanger et de la galerie Perrotin, Paris
L’artiste a étudié le film d’animation et en est restée imprégnée.
Passée par la Rhode Island School of Design, la School of the Art Institute de Chicago et le Hunter College de New York, l’artiste est une très grande technicienne : ses œuvres en grès et porcelaine non émaillées sont stupéfiantes de précision, de douceur. Il est horriblement tentant de les toucher du bout du doigt – évidemment, c’est interdit – : l’artiste explique ne pas utiliser d’émail précisément pour renforcer le côté tactile de ses textures mates. Sur une cheminée, un vase laisse échapper de larges fleurs aux tiges survoltées, aux côtés de bougies à la flamme rose : on pense alors à l’univers des dessins animés de Walt Disney, La Belle et La Bête en particulier, comme si l’on venait nous aussi dans un château où chaque objet est enchanté. De fait, l’artiste a étudié le film d’animation et en est restée imprégnée.
Genesis Belanger, Vue de l’exposition « We were never friends » de Genesis Belanger au Consortium, Dijon, 2021
© Photo : Tanguy Beurdeley / Courtesy Genesis Belanger et de la galerie Perrotin, Paris
Dans la pièce d’à côté, l’amourette déchante. Le lit est en désordre, de très grosses pilules suggèrent un abandon aux médicaments, deux oreilles sont nichées dans une coquille d’huître, une main sort d’un coquillage (clin d’œil à la célèbre photographie de Dora Maar ?). Sur une desserte, un gros sandwich attend d’être mangé ; quasiment le même que celui qui était sur la nappe du pique-nique, mais cette fois-ci seul, loin de l’abondance des victuailles de la première œuvre. En 2019, l’artiste expliquait au magazine Renaissance : « J’aimerais que mes pièces agissent comme des déclencheurs mentaux. Vous voyez quelque chose et vous vous y identifiez immédiatement. La nourriture nous fait penser à manger, autant qu’à ce à quoi on associe nos habitudes de consommation, du désir (je veux ça, j’aime ça, j’en ai besoin) au dégoût de soi (je suis dégoûtant de manger cela, de vouloir cela, d’avoir besoin de cela). De cette façon, en ajoutant un beignet à une installation, j’inclus ces associations dans les récits que je construis. » Il y a donc un peu de chacun de nous dans cette gigantesque nature morte… jusqu’à nos angoisses les plus secrètes.
Genesis Belanger. « We were never friends »
Du 7 juillet 2021 au 9 janvier 2022
Le Consortium • 37, rue de Longvic • 21000 Dijon
www.leconsortium.fr
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