Omar Ba, “Récompense” extrait du livre “Kaïdara”, publié par les éditions Diane de Selliers, 2024
Acrylique, encre, huile, stylo, Typex et crayon sur kraft avec polyester • 100 × 120 cm • © Omar Ba / Adagp, Paris, 2024 / Photo © Annik Wetter © Éditions Diane de Selliers
Heureux celui qui, comme Hammadi, aura fait ce beau voyage… Avec ses comparses Hamtoudo et Dembourou, il est le héros de Kaïdara, un conte peul qui se transmettait à l’oral d’une génération à l’autre dans les familles africaines, des jeunes aux anciens, au coin du feu. Dans ce récit initiatique, Hammadi, Hamtoudo et Dembourou vont cheminer « au pays des génies-nains », sur les terres de « Kaïdara », le dieu de l’or et de la connaissance, qu’ils finiront par rencontrer, non sans épreuves. Seul Hammadi en reviendra vivant… N’aspirant qu’au savoir, l’homme sage aura su renoncer aux biens matériels.
En 1968, quelques années avant de publier L’Étrange Destin de Wangrin (1973), qui lui apportera la reconnaissance, Amadou Hampâté Bâ (1901–1991) a transcrit ce récit oral en un long poème versifié. De l’écrivain malien, ami de Théodore Monod, tout le monde connaît la formule, si fameuse qu’elle sonne comme un proverbe : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Kaïdara est devenu son trésor littéraire.
Le livre d’Hampâté Bâ refermé, pour « ne pas trop se laisser parasiter », il s’est appliqué à illustrer Kaïdara pendant des mois et des mois.
Aussi complexe que puissant, ce classique peuplé d’apparitions mystérieuses crépite désormais sous nos yeux par l’entremise du pinceau éblouissant de l’artiste sénégalais Omar Ba (né en 1977), dont les visions s’effeuillent dans un livre à la mise en page ciselée, qui paraît aux éditions Diane de Selliers. Pour accompagner la sortie de l’élégant volume, la cosmogonie foisonnante de couleurs d’Omar Ba rayonne, jusqu’aux vacances de Noël, dans une exposition gratuite à la galerie Templon, rue du Grenier-Saint-Lazare.
Vue de l’exposition d’Omar Ba, “Kaïdara” à la galerie Templon, Paris
© Adrien Millot
Invité par l’éditrice Diane de Selliers, Omar Ba a lu le texte d’Amadou Hampâté Bâ « une fois, c’est tout », nous assure-t-il au milieu des grands formats sélectionnés par son galeriste Daniel Templon. À Paris, le peintre n’avait pas exposé depuis six ans. Le livre d’Hampâté Bâ refermé, pour « ne pas trop se laisser parasiter », il s’est appliqué à illustrer Kaïdara pendant des mois et des mois, dans ses ateliers de Bambilor, dans la région de Dakar, ainsi qu’en Suisse, où il partage son temps depuis une vingtaine d’années.
Le résultat du projet, qui compte une quarantaine d’œuvres, est propice aux rêves. Le Kaïdara d’Omar Ba est habité de créatures hybrides, il est jalonné d’une faune énigmatique – bélier, caméléon, outarde, coq –, surgissant dans une profusion de plumes, que le peintre fait vibrer avec une touche texturée ultra sensorielle. On pense à Marc Chagall, lequel avait prêté sa fantasmagorie pour illustrer Les Fables de La Fontaine.
« Kaïdara » d’Amadou Hampâté Bâ illustré par Omar Ba, publié aux Éditions Diane de Selliers
268 pages • 24,5 × 33 cm • © Éditions Diane de Selliers
Avant de se faire un nom dans l’art contemporain au début des années 2010, Omar Ba est né en 1977 au Sénégal, d’une mère sérère et d’un père peul. L’artiste n’en parle pas la langue mais, petit, il a été baigné dans les récits de cette ethnie, transmis par la voix des griots. Sur des fonds en papier enduits de peinture noire, jaune ou orange, celui qui s’est formé entre l’Afrique et l’Europe croise avec maestria protagonistes en blue-jean et références peules. Ses personnages trônent avec une magnificence royale.
Au fil des images, le ravissement pour l’œil, tout comme les interprétations, semblent inépuisables. Les illustrations d’Omar Ba sont une invitation à voir au-delà du visible et à chérir le merveilleux. « Tu sauras que tu sais quand tu sauras que tu ne sais pas », nous intime ainsi le dieu Kaïdara.
Kaïdara par Omar Ba
Du 30 octobre 2024 au 21 décembre 2024
Galerie Templon • 28 Rue du Grenier-Saint-Lazare • 75003 Paris
www.templon.com
À lire
Kaïdara. Amadou Hampâté Bâ illustré par Omar Ba
Un volume relié sous coffret · 40 œuvres · 70 détails · 268 p. · éditions Diane de Selliers Prix de lancement : 230 € ; prix définitif au 1er février 2025 : 250 €.
Un tirage de tête rassemble le livre et une gravure signée par l’artiste et numérotée, 100 exemplaires disponibles exclusivement auprès de l’éditeur : 1 000 €
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