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Son nouveau lieu couvre près de 150 m2 dans un espace majestueux et imposant à faire pâlir de jalousie les galeries d’art contemporain. Bientôt, à deux pas, s’installera justement le musée d’art contemporain initié par la fondation Pinault dans l’ancienne Bourse de commerce. C’est dire si le pari de Daniel Maghen est ambitieux. Mais pas si fou ! Le galeriste a, dans son écurie, quelques-uns des artistes de bandes dessinées les plus vendeurs du moment. Jean-Pierre Gibrat, bien sûr, qu’il défend depuis ses débuts et dont certaines illustrations atteignent des prix records, mais aussi Brüno, Graffet, Kim Jung Gi, Lacombe, Lepage, Meyer, Vance… Pas d’avant-garde, chez lui, ni de prouesses plastiques novatrices, mais de la bonne vieille BD classique et réaliste. Voici une sélection de cinq de ces planches merveilleuses, commentées par Daniel Maghen en personne, qu’il a vendues dans ses murs ou chez Christie’s, la maison de ventes pour laquelle il officie en tant qu’expert.
« Sala est un aquarelliste formidable. Il a une palette de couleur unique avec des camaïeux de rose, bleu, violet, vert. Ici s’exprime tout le désarroi et la force mentale de Monsieur B., le personnage du joueur d’échecs dans le roman de Stefan Zweig. Il utilise chaque pièce, chaque carré ou carreau de sa cellule pour ses parties imaginaires d’échecs. Au centre de l’image, une succession de cases se superposent sur le visage de Monsieur B., métaphore des batailles féroces des pions sur cet échiquier mental. »
David Sala, Le Joueur d’échecs
Aquarelle sur papier • 35,4 × 50,9 cm • Éd. Casterman, 2017
« Le pinceau de Cuzor dépeint ici avec force et expression une scène de bataille au milieu des Ardennes enneigées, durant la Seconde Guerre mondiale. Le dessinateur traite avec un réalisme inouï la violence et la brutalité du conflit en rendant tangibles les explosions et la puissance de feu des machines de guerre, froides et implacables. Des effets de neige rendus par du dentifrice. Les machines de guerre sont vivantes. Les sous-bois, la nature ont une présence formidable. Le travail de Cuzor rappelle les plus belles œuvres de Joe Kubert, le grand maître américain. »
Steve Cuzor, Cinq Branches de coton noir
Planche originale n° 27, issue du Chapitre 3, signée. D’après un scénario d’Yves Sente.
Vendue 9 750 euros chez Christie’s, le 3 mai 2018.
Encre de Chine et rehauts de gouache blanche sur papier • 47,8 × 62 cm
« Gibrat a une tendresse, une humanité dans son dessin qui touche tous les publics. Ici, le visage d’Amélie, l’héroïne de la série Mattéo, est d’une finesse, d’une sensibilité et d’une émotion incroyable. La composition est superbe. Le contraste entre le premier plan mis en couleur et tout le reste du dessin laissé à l’encre de chine et au crayon donne tout son relief au visage de la jeune femme. »
Jean-Pierre Gibrat, Mattéo
Couverture originale du tirage de tête. Signée
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Vendue 39 000 euros chez Christie’s, le 3 mai 2018
Encre de Chine, mine de plomb et encres de couleur sur papier • Quatrième époque, éd. Futuropolis, 2017
« Vance est surtout connu pour sa série XIII. Mais avant XIII, il a notamment réalisé une autre série : Bruce J. Hawker. C’est l’un des plus grands dessinateurs réalistes du XXe siècle. Il est particulièrement à l’aise pour les éléments déchaînés, la mer, tout ce qui touche à la nature. C’est aussi un grand portraitiste. Ici, les marins ont des trognes à la limite du fantastique, avec leurs regards hallucinés. Dans la première case, l’effet des vagues est rendu par un grattage à la lame de rasoir sur la planche. Cette planche est symbolique. On y trouve le talent de Vance pour restituer les ambiances maritimes et la force de ses personnages. »
William Vance, Bruce J. Hawker
Planche originale n°20 prépubliée dans Le journal de Tintin n° 207 du 28 août 1979, chapitre Les entrailles du HMS Thunder, et dans Femmes d’aujourd’hui. Signée. Vendue 13 000 euros chez Christie’s le 17 juin 2017.
Encre de Chine et gouache blanche sur papier • 32,7 × 44,3 cm • Press gang tome 3, éd. du Lombart 1987
« Cette double-page extraite des Voyages d’Ulysse est une synthèse des capacités graphiques d’Emmanuel Lepage. La maîtrise de la couleur directe, adoptée depuis la Terre sans mal, lui permet de varier les nuances et les plans, en ébauchant par exemple la ville dans la dernière case. Pour apporter plus de lisibilité, les premiers plans sont cernés avec une grande finesse : les personnages, les bateaux et les cordages sont traités avec un encrage qui rappelle celui de Névé, sa première série. Et l’on retrouve bien sûr l’amateur de carnets de voyage et de dessin sur le vif dans le dynamisme, l’apparente rapidité d’exécution et la palette réduite de couleur, qui donne à l’ensemble sa force et son harmonie. »
Emmanuel Lepage, Les Voyages d’Ulysse
Double planche originale, signée. Valeur 10 000 euros en vente à la galerie Maghen.
Aquarelle sur papier • Éd. Daniel Maghen 2016
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Planche originale n° 46 d’après le roman de Stefan Zweig. Vendue 3 700 euros chez Christie’s le 3 mai 2018