En partenariat avec Perrotin

Jason Boyd Kinsella, Vue de l’exposition de Jason Boyd Kinsella “The Impermanent State of Being” au 8 Matignon, 2022
Photo : Tanguy Beurdeley. © Courtesy de l'artiste et Perrotin
Il évoque volontiers Arcimboldo et ses portraits allégoriques faits de fruits, de livres ou de branchages agglomérés. Mais lorsqu’on le rencontre à Paris, dans la galerie Perrotin alors en plein accrochage, Jason Boyd Kinsella (né en 1969) cite plus volontiers Rembrandt et Vermeer, des « héros » dont il a regardé attentivement la peinture et qui lui ont inspiré l’envie de « créer des ponts » entre l’art ancien et l’art contemporain. Ses portraits à lui sont composés de cônes, de sphères et de tubes, autant de formes géométriques qui se détachent en volume sur des fonds unis ou légèrement dégradés, dont les teintes évoquent celles de la peinture ancienne, entre ombre et lumière. Et si, de loin, l’exécution est parfaite et semble réalisée sur ordinateur, un regard rapproché devine aisément le geste imparfait du peintre. Une « parfaite imperfection » revendiquée par l’artiste, signe de son humanité et de sa fragilité.
Jason Boyd Kinsella, Vue de l’exposition de Jason Boyd Kinsella « The Impermanent State of Being » au 8 Matignon, 2022
Photo : Tanguy Beurdeley. © Courtesy de l’artiste et Perrotin
Car Jason Boyd Kinsella aime cette ambivalence qui inscrit sa peinture dans l’air du temps : lui qui travaille en dessinant sur de petits carnets (il nous en montre un, couvert d’esquisses) et qui peint au pinceau, sans assistant, se plaît à inscrire son art dans une époque technophile, où le numérique est partout. D’ailleurs, ses portraits empruntent à l’idée des « avatars » si répandus sur Internet, où l’on peut dissimuler son véritable visage derrière une identité visuelle totalement inventée. On l’interroge : lorsqu’il dessine un portrait, a-t-il quelqu’un en tête ? « Parfois, oui, mais parfois je dessine et je reconnais ensuite la personne qui m’a inspiré ! » Il en va de même pour les paysages, plus rares dans sa pratique mais tout aussi intéressants : ici, il montre une vue large et lumineuse peinte en hommage au cinéma de Sergio Leone et de Clint Eastwood, évocation minimaliste des grands espaces américains brûlant sous le soleil.
Né au Canada, l’artiste vit aujourd’hui à Oslo, où il travaille avec une grande discipline, nous confie-t-il, dans un atelier qu’il adore, illuminé de grandes verrières. Jason Boyd Kinsella est aussi un grand collectionneur de mobilier scandinave, et ce depuis plus de 20 ans – ce qui explique son goût pour les formes épurées, dépouillées d’ornement. Il aime le fait de pouvoir « tourner autour » de ces objets pour en admirer la beauté de toutes parts. C’est justement ce qui l’a convaincu à transposer ses peintures en sculptures – pas toutes, précise-t-il, uniquement celles qui lui donnent envie de « les connaître mieux », d’approfondir leur univers. Ainsi la galerie présente une sculpture polychrome en résine à deux pas de la peinture correspondante, « expression holistique », dit l’artiste, du premier portrait. Comme si le personnage était sorti du cadre pour se laisser observer en trois dimensions…
Cette envie de « donner à voir l’élasticité du langage visuel » le pousse ainsi à aller du papier à la toile, de la toile à la sculpture… Et de la sculpture au film d’animation. Aidé dans cette dernière tâche par un producteur numérique, Jason Boyd Kinsella conçoit des films qui font danser les formes de ses portraits, les font éclater en mille morceaux ou invitent l’œil jusque dans leurs plus infimes détails. Les volumes géométriques prennent alors des allures de villes où l’on se faufile – l’occasion pour l’artiste de nous glisser que l’architecture est pour lui une autre grande source d’influence et de fascination. Défiant les catégories de l’abstraction et de la figuration, le Canadien captive donc avec ses compositions ambitieuses, qui naissent d’abord dans son petit carnet… Presque un journal intime, nous dit-il en souriant, et d’où vient toute « l’énergie » de son travail. Car si les peintures, les sculptures et les films en sont « l’extension » protéiforme, c’est bel et bien le dessin, geste premier et essentiel, qui dicte tout.
The impermanent state of being
Du 26 mars 2022 au 21 mai 2022
Galerie Perrotin - Matignon • 2bis Avenue Matignon • 75008 Paris
www.perrotin.com
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