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Musée des Confluences – Lyon

Les Sioux dans l’imaginaire : du cliché à la réalité

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Publié le , mis à jour le
Le saviez-vous ? On ne dit pas « Sioux », mais Lakotas, Dakotas, Nakotas… Depuis que l’homme blanc a posé le pied en Amérique, ceux qu’il s’est empressé de baptiser « Indiens » le fascinent. Du roman au Western en passant par la publicité, la diversité des nations autochtones est réduite à quelques lieux communs, des attaques de diligence menées par des peaux rouges sanguinaires à une vision New Age, idéalisant l’osmose entre l’Indien et la Nature. Au musée des Confluences à Lyon, une exposition s’attaque à ces représentations tenaces tout en dévoilant l’exceptionnelle collection de François Chladiuk.

1. Le mythe du bon sauvage

Des Americae de Théodore de Bry à Hollywood, l’« Indien » est une figure mythique, fantasmée plutôt que réellement connue. L’imaginaire occidental fixe deux polarités : celle du guerrier sanguinaire, qui scalpe au tomahawk, et celle du bon sauvage parlant aux chevaux. Le Sioux incarne à lui seul cet Indien « noble » et proche de la nature. Coiffé de plumes, chassant le bison, fumant le calumet et dormant dans un tipi, il est devenu un archétype immortalisé par Le Dernier des Mohicans, publié par Fenimore Cooper en 1826 et qui relate la bravoure des autochtones ainsi que leur destin tragique. Succès international, le roman ancre en Europe la geste des plaines d’Amérique.

Nicanor Plaza, Le Dernier des Mohicans inspiré du roman historique de Fenimore Cooper
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Nicanor Plaza, Le Dernier des Mohicans inspiré du roman historique de Fenimore Cooper

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bronze • Collection Didier Lévêque • © musée des Confluences / Olivier Garcin

2. L’archétype du grand chef

La pose fière, paré d’une coiffe et d’un manteau majestueux : voici comment on imagine un chef indien. Cette représentation se fonde sur une observation quasi ethnologique des Sioux à laquelle se livre le peintre américain George Catlin entre 1831 et 1838. Persuadé de leur disparition imminente, Catlin met leur culture en lumière grâce à l’Indian Gallery, exposition itinérante mêlant peintures et tableaux vivants où interviennent les danses traditionnelles, préfigurant avec cinquante ans d’avance les shows de Buffalo Bill. Reçu par Louis-Philippe Ier en 1845, Catlin a offert au Tout-Paris une rencontre avec les nations autochtones. C’est à cette occasion que le peintre a réalisé ce portrait de Black Rock (Ee-ah-sa-pa), devenu mythique.

George Catlin, Portrait de Ee-ah-sa-pa (La Roche Noire), chef des Nee-Cow-e-je, bande de la tribu des Sioux
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George Catlin, Portrait de Ee-ah-sa-pa (La Roche Noire), chef des Nee-Cow-e-je, bande de la tribu des Sioux, 1845

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Huile sur toile • Coll. musée du quai Branly – Jacques Chirac, Paris • © Patrick Gries, Bruno Descoings

3. Des clichés immortels

L’air grave, le cavalier contemple la plaine immobile. Il est seul, rare témoin de l’époque révolue de la grandeur de sa tribu. Les photographies d’Edward Curtis sont toutes pétries de cette nostalgie, figurant des Sioux en costume, souvent à cheval et dans les décors arides de la plaine. Dans ces premiers feux du XXe siècle, Curtis les photographie dans des vues spectaculaires et idéalisées qui ont largement forgé nos représentations. L’histoire se répète entre Cooper, Catlin et Curtis : le mythe de l’Indien est associé à celui de l’apocalypse ; tous observent son chant du cygne. À ce titre, il n’est pas étonnant que les cultures autochtones fascinent encore aujourd’hui, dans un contexte de crainte d’une sixième extinction de masse…

Edward Sheriff Curtis, Raven blanket – Nez Percé
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Edward Sheriff Curtis, Raven blanket – Nez Percé, avant le 1er janvier 1915

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tirage argentique • Collection musée du Nouveau Monde, La Rochelle • © musée du Nouveau Monde, La Rochelle

4. Le temps du Wild West Show

Entre 1885 et 1914, des troupes de danseurs, des troupeaux de chevaux et de bisons débarquent en Europe : la légende de l’Ouest Buffalo Bill sillonne le vieux continent pour de vastes démonstrations où sont reconstitués des villages indiens et des attaques de diligence entre deux numéros d’as de la gâchette. Critiqué aujourd’hui et rangé aux côtés des exhibitions coloniales, le Wild West Show ne s’en voulait pas moins éducatif. De plus, les Amérindiens y prenant part étaient volontaires, signant même des contrats au même titre que les artistes de cirque.

Carte de la tournée européenne de 1889 du Buffalo Bill’s Wild West
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Carte de la tournée européenne de 1889 du Buffalo Bill’s Wild West, 1894

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Coll. Buffalo Bill Museum and Grave, Golden, Colorado • © Buffalo Bill Museum and Grave, Golden, Colorado

5. Une coiffe comme neuve

Si l’âge d’or des tournées se situe avant la Première Guerre mondiale, elles ne disparaissent pas tout à fait par la suite. En marge de l’Exposition universelle de 1935 à Bruxelles, un village indien attire les spectateurs. En 2004, le collectionneur belge François Chladiuk met la main sur des caisses entières d’objets créés pour cette même exhibition, miraculeusement bien conservés. Si les vêtements et parures étaient destinés au spectacle, ils n’en demeurent pas moins le produit d’un savoir-faire ancestral et des témoins de l’artisanat des Sioux, ici Lakotas. Parmi eux, cette authentique coiffe de guerre comme on l’a mille fois rêvée, sertie de ses plumes emblématiques et de perles associées selon un sens aigu de la couleur.

Bonnet de guerre ayant appartenu à Joshua Spotted Owl
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Bonnet de guerre ayant appartenu à Joshua Spotted Owl, Avant 1935

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États-Unis, région des Plaines, Dakota du Sud, population lakota Cuir, tissu, perles de verre, plumes • Collection François Chladiuk • © Collection François Chladiuk / D.R.

6. Des noms et des visages

Sous les gilets de perle de sa somptueuse collection se cachent des enfants. Afin d’identifier l’origine de ses trésors, Chladiuk a entrepris un travail de détective, notamment grâce à des cartes postales. Poussant les investigations jusqu’en Amérique, il retrouve la trace des derniers « Littlemoon » (Petite Lune) : parmi eux, Walter, fils de Joe et Rose, présent sur cette photographie, a été associé à la conception de sa vitrine au musée de Confluences. Bien que mises en scène, les expositions européennes étaient l’occasion pour les natifs de parler leur langue, présenter leur culture, revêtir leurs costumes traditionnels… Tout ce qui était interdit dans des États-Unis où ils vivaient l’assimilation forcée et étaient enfermés dans des réserves. Le meilleur moyen de casser les clichés ? Partir à la rencontre des hommes et des femmes, de rendre un nom et un visage aux Indiens, trop longtemps désincarnés.

La famille Littlemoon au village indien de Bruxelles
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La famille Littlemoon au village indien de Bruxelles, 1935

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Collection François Chladiuk • © Collection François Chladiuk / Droits réservés

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Sur la piste des Sioux

Du 22 octobre 2021 au 28 août 2022

www.museedesconfluences.fr

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