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Musée de l’Image d’Épinal

L’insolite histoire du poster

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Avant les photos de Brad Pitt ou les affiches de concerts, ce sont les « images à un sou » qui ornaient nos intérieurs. Provenant des centres imagiers et coloriées de vives couleurs, elles sont l’ancêtre du poster de notre adolescence. À l’occasion d’une exposition pédagogique au musée de l’Image d’Épinal, Beaux Arts revient sur cette pratique ancestrale qui n’a cessé d’évoluer depuis le XVe siècle.
Imagerie Pellerin, Galerie Religieuse. Sainte Eugénie
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Imagerie Pellerin, Galerie Religieuse. Sainte Eugénie, vers 1850

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Gravure sur bois coloriée au pochoir • 63 cm x 40.4 cm • Coll. Musée de l’Image, Épinal, dépôt MDAAC. • © Musée de l’Image –Ville d’Épinal / cliché E. Erfani

Qu’accrochait-on aux murs avant les portraits hollywoodiens, les calendriers ornés de chatons et les photographies d’îles paradisiaques ? Réponse : des « images à un sou ». Dès le XVe siècle, ces imprimés aux vives couleurs sont très prisés pour leur capacité à protéger, éduquer et décorer. Il suffisait d’attendre la visite d’un colporteur ou de se déplacer en ville pour en acquérir. L’Église catholique distribue elle aussi des feuilles de Saints, destinées à s’immiscer dans l’intimité des demeures. Collées dans les malles de voyage, fixées au fond d’un coffret, accrochées au mur… Elles s’exposent aussi sur l’intérieur des portes d’armoire que l’on ouvre comme un diptyque au moment de la prière, et que l’on referme ensuite pour protéger le papier de la lumière.

Gustave Stoskopf, Le Messager boiteux
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Gustave Stoskopf, Le Messager boiteux, 1935

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Huile sur bois • 93 × 73 cm • Coll. Musée historique, Haguenau, dépôt Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris • © Musées de Haguenau

Le Christ en croix, Sainte Lucie des maux des yeux, la Sainte Famille… Les icônes religieuses sont le plus souvent représentées au centre de la composition et, autour d’elles, des motifs floraux ou des cases représentant des scènes de la Bible décorent. Le tout est simplement dessiné dans une sombre tonalité et grossièrement colorié au pochoir à l’aide de couleurs surprenantes, du rose fuchsia au bleu saphir, pour égayer les intérieurs souvent bien ternes. Puis, vers le XVIIIe siècle, les dessinateurs des centres imagiers commencent à prendre exemple sur les grands peintres tels Rubens ou Raphaël, insufflant un vent d’histoire de l’art dans la culture populaire. Les sujets évoluent ensuite de la Vierge à la reine, puis de Napoléon et ses glorieux soldats aux degrés des âges imposant les règles à suivre pour mener une bonne vie.

Sabine Weiss, Étude photographique sur les habitants du Val-de-Marne
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Sabine Weiss, Étude photographique sur les habitants du Val-de-Marne, 1986

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Tirage noir et blanc sur papier baryté au gélatino-bromure d’argent • 30 × 40 cm, 21.6 × 32.2 cm • Coll. MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine • © Sabine Weiss Photo / © Jacques Faujour

Mais au milieu du XIXe siècle, les images d’Épinal et des autres centres imagiers développés dans l’est de la France – sans doute grâce à leur spécialisation dans la production de cartes à jouer – perdent de leur popularité. Les exemplaires jugés archaïques ne sont conservés que par les plus modestes et par les enfants, qui se font une joie de les découper. Cependant, certains artistes, à l’heure d’un retour à l’imagerie populaire, n’oublient pas ce précieux héritage et puisent leur inspiration dans les sujets bibliques aux codes connus de tous, dans les contours sombres et les coloris francs de l’esthétique venue d’Épinal. Ce sont les peintres de Pont-Aven : Louis Anquetin, Émile Bernard (qui va même jusqu’à les copier), ou encore Vincent Van Gogh apprécient leur caractère « primitif » provoqué par des teintes peu réalistes.

À gauche, “Paysans bretons” d’Émile Bernard (vers 1889) et à droite, “Affiche pour Gismonda” d’Alphonse Mucha (1894)
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À gauche, “Paysans bretons” d’Émile Bernard (vers 1889) et à droite, “Affiche pour Gismonda” d’Alphonse Mucha (1894)

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Huile sur toile. Lithographie en couleur • Coll. particulière. Coll. Fondation Mucha, Prague • © Christie's Images / Bridgeman Images/Leemage. © Mucha Trust 2018

Il faut le rappeler, les affiches de théâtre raffinées d’Alfons Mucha ou les surprenantes compositions d’Henri de Toulouse-Lautrec pour le Moulin-Rouge sont autant de supports publicitaires désormais bien célèbres ! Et pour cause, ce sont des collectionneurs avisés qui les ont déplacées jusque dans l’intimité de leur appartement. Ces « affiches d’intérieur » fièrement encadrées sont devenues de réels posters… En 1950, le tourisme de masse et l’essor des techniques de reproduction amplifient la fièvre qui se propage au-delà de l’Atlantique. Black power, peace and love, groupes de rock en vogue… Le poster est iconique et personnel, reflet de notre consommation excessive, mais également de nos sociétés depuis le XVe siècle !

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Images sur les murs. De Bessans à Pont-Aven

Du 1 décembre 2018 au 29 septembre 2019

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