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Paolo Roversi, Molly Bair, Chanel haute couture P/E 2015, Vogue Italia, Paris, 2015
Tirage chromogène sur papier Fujiflex • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Audrey Marnay, Comme des Garçons P/E 1997, Paris, 1996
Lanterne magique
Roversi fait systématiquement poser ses modèles dans son studio, qu’il surnomme sa « lanterna magica » : un lieu intime où il se livre à de mystérieuses expériences lumineuses devant de simples tissus tendus. Pour mettre en valeur la collection printemps-été 1997 de la marque japonaise Comme des Garçons, il s’essaie à un éclairage à la torche qui deviendra sa signature. En ciblant certaines zones avec des halos lumineux, l’artiste accentue les reliefs des corps qui deviennent irréels et translucides, et fait vibrer les couleurs des étoffes, comme ce vêtement orange, qui semble flamber sur le fond sombre…
Tirage au charbon • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Tami Williams, Christian Dior A/H 1949-1950, Paris, 2016
Flou féerique
Paolo Roversi adopte un long temps de pose pour, dit-il, « laisser à l’âme le temps de faire surface » et « au hasard le temps d’intervenir ». À l’instar de la photographe Sarah Moon, l’Italien est un grand adepte du flou et de l’accident, qui confèrent du mystère aux images. La silhouette brouillée de cette élégante qui, le dos courbé, nous lance un regard furtif par-dessus son épaule, évoque celle d’un paon inquiet, surpris par l’objectif. Douce et féerique, l’image met en valeur la préciosité onirique de cette scintillante robe Dior, digne d’un conte merveilleux.
Tirage au charbon • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Kirsten Owen, Romeo Gigli P/E 1988, Londres, 1987
Polaroid évanescent
Passionné par le Polaroid, inventé l’année de sa naissance (1947) et qu’il commence à utiliser dans les années 1980, Roversi tire parti de la fragilité des émulsions de ce procédé de développement instantané pour produire des images encore plus pâles et oniriques. Le mannequin Kirsten Owen se change ici en apparition fantomatique, aussi délicate que son vêtement. Le fond blanc irradiant met en valeur aussi bien sa robe noire translucide que ses ballerines rouges, qui ressortent comme des traits de pinceau sur une feuille de papier immaculé.
Polaroid original • 10,7 x 8,8 cm • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Lida et Alexandra Egorova, Alberta Ferretti A/H 1998-1999, Paris, 1998
Tache providentielle
Techniques pour créer ou fixer des défauts, pétales de fleurs et fines feuilles d’or collées sur le film… En véritable plasticien, Roversi réalise toute sortes d’expériences avec le procédé du Polaroid. Ici, l’émulsion au collodion, arrachée pendant le développement, a formé une surprenante tache rose, digne de l’intervention d’un peintre abstrait, au centre de ce portrait en noir et blanc de deux sœurs jumelles. Une photo « ratée » que Roversi considère comme la plus réussie de la série !
Polaroid original • 10,7 x 8,8 cm • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Natalia Vodianova, Paris, 2003
Portrait iconique
Loin d’être de simples images de mode, les photographies de Roversi sont toujours des portraits qui parviennent à saisir l’âme du modèle. Certaines laissent même le vêtement au vestiaire pour se concentrer uniquement sur la peau nue, le visage et les yeux. Le plus connu reste ce portrait magnétique et intemporel du mannequin russe Natalia Vodianova : l’intensité de son regard clair et l’effet de lumière qui caresse sa chevelure lui donnent un aspect irréel, presque extraterrestre !
Tirage pigmentaire sur papier baryté • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Sasha Robertson, Yohji Yamamoto A/H 1985-1986, Paris, 1985
Silhouette pop
Une silhouette sombre découpée nettement sur un fond blanc, des lumières verte et rouge projetées sur le modèle, une forte exposition : avec ces quelques artifices, Roversi signe une photographie proche d’une affiche de graphiste ou d’une lithographie du pop artiste Andy Warhol. Rendu fantomatique par l’éclairage, le visage du modèle nous fixe néanmoins d’un regard intense. Un paradoxe récurrent chez l’Italien, dont les modèles sont toujours à la fois éthérés et puissants !
Tirage pigmentaire sur papier baryté • © Paolo Roversi
Paolo Roversi, Sihana Shalaj, Comme Des Garçons A/H 2023-2024, Paris, 2023
Couleurs électrisantes
Grâce à des effets de lumière et de flou sur fond blanc, qui électrisent les couleurs et dissolvent les contours, le photographe brouille les frontières entre illusion et réalité et accentue l’aspect fantasmagorique de ce vêtement délirant, qu’on pourrait presque prendre pour un accident de développement. Une façon géniale de sublimer l’originalité de cette tenue rose ultra-volumineuse issue de la collection automne-hiver 2023 de la créatrice japonaise Rei Kawakubo (Comme des Garçons), assortie d’une coiffe multicolore de l’artiste Valériane Venance !
Tirage au charbon • © Paolo Roversi
Paolo Roversi
Palais Galliera - Musée de la Mode de la Ville de Paris
Du 16 mars 2024 au 14 juillet 2024
Adresse : 10, Avenue Pierre 1er de Serbie • 75016 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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Éclosion enchanteresse
« Comme un alchimiste, un magicien, Roversi transforme la réalité pour créer des images hors du temps », souligne la commissaire Sylvie Lécallier. Preuve en est avec ce grand tirage. Colorées et transfigurées par des effets de lumière, la peau et la chevelure floue du mannequin deviennent d’étranges matières féeriques, aussi évanescentes que le tulle de soie noire de sa robe brodée de fleurs (signée Karl Lagerfeld pour Chanel) et de son chapeau bouillonnant semblable à un grand nid – l’écrin d’une éclosion ensorcelante !