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Robert Mapplethorpe, Pictures / Self Portrait, 1977
Tirages gelatino-argentique • 35,1 x 34,6 cm chaque • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Ajitto, 1981
Un néoclassicisme politique
Tête rentrée et jambes pliées sur un piédestal, un modèle nu est ici mis en scène dans une position classique du corps masculin, rendue célèbre au XIXe siècle par la peinture Jeune homme nu assis au bord de la mer (1836) du néoclassique Hippolyte Flandrin. Mais en prenant un sujet de couleur noire, Robert Mapplethorpe questionne aussi son objectification aux temps de l’esclavage : il photographie ce modèle sous quatre angles différents (dont celui-ci), comme le dictaient les pratiques pseudo-scientifiques qui « indexaient » les différences raciales. À nouveau, l’artiste joue du contraste entre classicisme et radicalité.
Tirage gelatino-argentique • 45,6 x 35,6 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Ken and Tyler, 1985
50 nuances de gris
Robert Mapplethorpe utilise pour cette œuvre deux métaux photosensibles devenus obsolètes dans les années 1970 : le platine et le palladium. Ce double-portrait traduit à merveille les tonalités subtiles, les textures veloutées et le fini mat que produit ce processus développé à la fin du XIXe siècle. Le contraste des couleurs de peaux s’en trouve sublimé, et la richesse des nuances de gris – comme l’ombre portée sur les jambes – ajoute à la force de l’image.
Tirage platinum-palladium • 59,4 x 50,2 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Self Portrait / Self Portrait, 1980
Masculin / Féminin
Ces autoportraits de 1980 questionnent cette fois les représentations du genre. Robert Mapplethorpe exprime dans un cas sa féminité au travers du maquillage, d’une coiffure vaporeuse et d’un manteau de fourrure ; l’autre image le montre au contraire en bad boy viril, blouson de cuir, cigarette au bec et regard assuré. La fluidité avec laquelle il évolue d’une identité à l’autre illustre son idée que le genre est, avant tout, une construction sociale.
Tirage gelatino-argentique • 35,6 x 35,6 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Lisa Lyon, 1982
Plutôt féline que féminine
Robert Mapplethorpe rencontre Lisa Lyon, première championne du monde de culturisme, en 1979. Elle est avec Patti Smith une des rares femmes qu’il photographiera à plusieurs reprises (plus de cent fois pour Lisa Lyon !). Il s’amuse ici à représenter son corps musculeux vêtu d’un attirail ambigu, mi ingénu mi dominant. Comme en écho à la définition donnée par Lisa Lyon à la beauté féminine : une « vision d’un corps animal, ni masculin ni féminin, mais félin ».
Tirage gelatino-argentique • 48,7 x 38,7 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Candy Darling, 1973
Entrer dans le cadre ?
Robert Mapplethorpe ne se contente pas de travailler minutieusement la composition de ses photos ; il se plaît également à imaginer leur encadrement. Ici, par exemple, il monte chacun des quatre Polaroids sur un support en plastique peint dans des couleurs pastel, puis encastre la composition résultante dans un cadre en acrylique transparent. L’artiste élève ainsi au rang d’œuvre d’art à part entière la photographie, que de nombreux collectionneurs ont à l’époque tendance à dédaigner.
Polaroïds avec cadres en plastique peints • 14,3 x 38,3 x 6,7 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Louise Bourgeois, 1982
Louise, tout sauf bourgeoise
Robert Mapplethorpe est mandaté pour un portrait de Louise Bourgeois lors de la rétrospective de cette dernière au MoMA en 1982–1983. Louise Bourgeois ne connaît pas le photographe et craint que la séance ne soit un désastre. Elle décide alors d’apporter en guise d’accessoire une de ses œuvres, Fillette, un phallus de 60 centimètres de long. L’utilisation de la sculpture et le sourire malicieux de la septuagénaire agissent comme un clin d’œil amusant à un sujet récurrent chez les deux artistes : la sexualité.
Tirage gelatino-argentique • 38,7 x 38,6 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Patti Smith, 1976
Patti Smith, l’âme sœur
Patti Smith et Robert Mapplethorpe se rencontrent en 1967 et resteront proches jusqu’à la mort du photographe. Amants puis amis, ils collaborent ensemble à divers projets créatifs. Il produira notamment les couvertures de trois de ses albums. Patti Smith dira de Robert Mapplethorpe qu’il est son âme sœur. Leur relation fusionnelle s’apparentait, selon elle, à celle d’« un artiste et sa muse, chacun de ces rôles étant [entre nous] interchangeable ».
Tirage gelatino-argentique • 35,2 x 34,9 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Calla Lily, 1986
Dites-le avec des fleurs…
En 1978, Robert Mappethorpe publie le X Portfolio, figurant des photos explicites de la scène sadomasochiste new-yorkaise, puis le Y Portfolio, une sélection de natures mortes délicates représentant des fleurs. Si certains voient là une manière pour l’artiste de séduire les collectionneurs choqués par la crudité de la série X, on ne peut nier la sexualité émanant de ses compositions florales. D’ailleurs, l’artiste commentait lui-même : « Fondamentalement, c’est la même chose… la même vision ».
Tirage gelatino-argentique • 48,9 x 49,1 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
Robert Mapplethorpe, Self Portrait, 1988
La mort en étendard
Cet autoportrait aux accents morbides est le dernier de Robert Mapplethorpe, peu de temps avant son décès des suites du SIDA en 1989. Son visage émacié paraît flotter dans un abîme en retrait de sa main, qui agrippe au premier plan une cane sculptée d’un crâne. Comme si l’artiste acceptait sa condition tout en gardant une forme de contrôle sur son destin, tenant fermement la mort en son poing.
Tirage platinum • 58,7 x 48,4 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim Museum, New York • © Robert Mapplethorpe Foundation. Used by permission.
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Mapplethorpe à pile ou face
Tout au long de sa carrière, Robert Mapplethorpe a recours à l’autoportrait ; il se met en scène de diverses manières, explorant ainsi la notion d’identité et de perception de soi. On retrouve ici deux facettes de son travail : à la fois l’attachement à des compositions classiques et un érotisme radical. Les représentations SM sont très présentes dans l’œuvre de l’artiste, pour qui d’ailleurs « SM veut dire sexualité et magie, pas sadomasochisme ».