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Maxwell Alexandre, Não foi pedindo licença que chegamos até aqui (série “Pardo é Papel”) et Megazord só de Power Rangers Preto (série “Pardo é Papel”), 2018
Latex, cirage à chaussures, défrisant, bitume, teinture, acrylique, vinyle, graphite, stylo à bille, fusain, brique de lait chocolaté et pastel gras sur papier pardo • 320 × 480 cm et Dimensions variables • Courtesy Maxwell Alexandre / Courtesy galerie A Gentil Carioca, Rio de Janeiro / Courtesy galerie Fortes D’Aloia e Gabriel, Courtesy galeries Fortes D’Aloia e Gabriel, São Paulo, Rio de Janeiro, Lisbonne / Photo Blaise Adilon / © Maxwell Alexandre
Au Brésil, les blancs sont des branco, les métisses des pardo et les noirs des preto. En intitulant son exposition « Pardo é Papel » (que l’on pourrait traduire littéralement par « Brun et Papier »), le jeune brésilien Maxwell Alexandre clame non seulement son appartenance à la communauté afro-américaine, mais en fait un objet de fierté. Car c’est ce qui est au cœur de ses immenses peintures, déployées sur des supports aussi inhabituels que des bâches, des portes, des cadres de fenêtre, ou du papier brun… Des œuvres éminemment politiques qui traitent, sur le modèle du cut-up, autant des violences policières et des discriminations que du sentiment d’honneur et de réussite de la communauté noire.
Sur des fonds de couleur se dessinent les silhouettes sans visages de ses modèles : sa famille, ses amis, lui-même, mais aussi des voisins, des travailleurs et des figures historiques (Jean-Michel Basquiat, Nina Simone, James Brown…) ou politiques, avec notamment la députée féministe et LGBT Marielle Franco, retrouvée assassinée à Rio en 2018. « Je veux montrer sur ces grands papiers des corps noirs dans des positions de pouvoir, jouer sur le rapport d’échelle et parler d’estime de soi, d’empowerment », nous confirme l’artiste en montrant – dans une de ses compositions – l’image de Beyoncé et Jay-Z au Louvre, citation du clip Ape**t. Au MAC Lyon, le dernier jour du montage de son exposition monographique, Maxwell Alexandre serpente entre les échelles et ses peintures aussi hautes que les murs. Lorsqu’on lui parle d’un art aux dimensions monumentales, il précise qu’il s’agit, à travers ce papier brun sur lequel on imprime ordinairement des publicités, de rendre visible « un autre style de vie ». Les bâches de piscine découpées renvoient aussi à un motif omniprésent dans la favela de Rocinha, la plus importante de Rio, où règne l’esprit de récup’.
Maxwell Alexandre, Novo Poder (série “Pardo é Papel”), 2019
Latex, cirage à chaussures, bitume, colorant, graphite, fusain, acrylique et pastel gras sur papier pardo • 400 × 960 cm • Courtesy Maxwell Alexandre / Courtesy galerie A Gentil Carioca, Rio de Janeiro / Photo Blaise Adilon / © Maxwell Alexandre
Dans ses installations de papier et de couleurs, on trace son chemin comme dans une ville. « L’influence urbaine est directe », note Matthieu Lelièvre, commissaire de l’exposition. « Tout comme celle du rap, dont il reprend des paroles pour ses titres. » Au MAC Lyon sont exposées une dizaine de peintures de la série « Pardo é Papel », commencée en 2017, ainsi que des œuvres plus récentes réalisées lors de sa résidence de quelques semaines en France. La scénographie joue avec l’espace d’exposition et avec les échelles, créant des fenêtres et des rues en perspective, les observateurs se mêlant aux silhouettes des œuvres. Le parc de la Tête d’Or, sur lequel donne le MAC Lyon, s’invite dans la favela de Rocinha !
Maxwell Alexandre, Só quando tu tá com as folhas geral gosta de salada (série « Pardo é Papel ») et Meus manos, minhas minas, meus irmãos, minhas irmãs e meus cães (série « Pardo é Papel »), 2018
Latex, cirage à chaussures, défrisant, bitume, teinture, acrylique, graphite, fusain et pastel gras sur papier pardo • 320 × 480 cm et 320 × 480 cm • Courtesy Maxwell Alexandre / Coll. Frances Reynolds / Courtesy galeries Fortes D’Aloia e Gabriel, São Paulo, Rio de Janeiro, Lisbonne / Photo Blaise Adilon / © Maxwell Alexandre
« Il est encore trop tôt pour parler de l’influence de mes voyages sur ma peinture : je reste attaché à ce quartier et à ses habitants. » Maxwell Alexandre y est né en 1990 ; il connaît le moindre recoin de Rocinha, qu’il a sillonnée sur roulettes pendant des années. Skateur professionnel, il est un observateur attentif de la rue, mais aime aussi la vitesse et les figures. Pour ses premières toiles, en 2015, il enduit ses roues de peinture et se lance sur la toile dans un geste expressionniste qui n’est pas sans rappeler les drippings de Jackson Pollock ou certaines performances de Carolee Schneemann. Il délaisse pourtant rapidement l’abstraction pour représenter les infrastructures de la ville. Ses réseaux invisibles, rues et couloirs, routes et trottoirs, que l’on emprunte sans regarder, le passionnent. Il les peint alors avec ce qu’il a sous la main, des matériaux du quotidien. Dessinateur obstiné lorsqu’il était au lycée, il retrouve le plaisir du crayon alors qu’il étudie le design graphique à la PUC-RJ (Université pontificale catholique de Rio de Janeiro), dont il sort diplômé en 2016. Son truc ? Mixer les motifs d’une culture populaire – héros de comics, jouets d’enfants ou mascotte Danonino – à un propos politique sur la communauté noire pour proposer une chronique, tour à tour tendre et mordante, de la vie dans la favela.
Maxwell Alexandre, Até Deus invejo o homem preto (série « Pardo é Papel »), 2018
Acrylique, pastel gras sur papier pardo et toile de piscine • 430 × 510 cm • Courtesy Maxwell Alexandre / Courtesy galerie A Gentil Carioca, Rio de Janeiro / Courtesy galerie Fortes D’Aloia e Gabriel, Courtesy galeries Fortes D’Aloia e Gabriel, São Paulo, Rio de Janeiro, Lisbonne / Photo Blaise Adilon / © Maxwell Alexandre
Maxwell Alexandre s’est très rapidement fait remarquer par les institutions brésiliennes. Dès sa première exposition collective – « Carpinteria para todos » – en août 2017, il surprend tout le monde. Et en premier lieu les galeristes de Fortes D’Aloia & Gabriel, qui se proposent alors d’exposer toute œuvre de jeune artiste qui pourrait passer leur porte. Maxwell Alexandre les prend au mot : il ramène une toile roulée, si grande qu’elle ne peut être accrochée que sur la façade de la galerie, où elle attire immanquablement les regards.
L’artiste, qui a déjà exposé à Art Basel Miami avec sa galerie A Gentil Carioca, n’est pas dupe du marché de l’art, « réservé à des privilégiés ». Conserver son engagement social lui tient à cœur, notamment à travers son organisation collective, la Igreja do Reino da Arte (ou « église du royaume de l’art »), autrement appelée A noiva (littéralement « l’épouse ») par ses membres. L’artiste a organisé son propre baptême, à la manière d’une performance, et n’a de cesse depuis d’agrandir cette communauté. Il fait de chaque lieu d’exposition, même modeste, une chapelle, et de chaque accrochage l’occasion d’un rassemblement. L’église a ses rituels, ses processions et déjà, à Rocinha, ses fidèles, soutiens de la première heure de Maxwell Alexandre.
Maxwell Alexandre - Pardo é Papel
Du 8 mars 2019 au 7 juillet 2019
macLYON - Musée d'art contemporain de Lyon • 81, quai Charles de Gaulle • 69006 Lyon
www.mac-lyon.com
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