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Joan Miró, Portrait de Vicenç Nubiola (Homme à la pipe), 1917
Huile sur toile • 104 x 113 cm • Coll. Museum Folkwang, Essen • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Bridgeman Images / Peter Willi
Joan Miró, Cheval, pipe et fleur rouge, 1920
Le cubisme façon Miró
Si Miró s’imprègne du cubisme avec ses droites et ses angles qui abolissent la perspective, on est loin des tons austères de Picasso, Juan Gris ou Jean Metzinger. Ici, le Catalan se place même aux antipodes avec des tons purs et des contrastes brutaux, le rapprochant du modernisme. Logique : Barcelone en est l’un des épicentres avec, en tête de proue, l’architecte Antoni Gaudí, à qui Miró voue un culte sans limites.
Huile sur toile • 82,6 x 74,8 cm • Coll. Philadelphia Museum of Art • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © The Philadelphia Museum of Art, dist. RMN-GP
Joan Miró, Cheval de cirque, 1927
Cercles et spirales
Miró s’éloigne du réalisme pour, à partir de 1925, entrer dans sa période onirique. La rupture est brutale, et l’artiste en profite pour peindre une dizaine de toiles ayant pour sujet les chevaux et le cirque. Pourtant, Miró n’éprouve pas de passion particulière pour les spectacles équestres de la famille Bouglione : il est plutôt obsédé par le mouvement circulaire, et les spirales donnant à son abstraction une douceur et une liberté que l’on retrouvera bien plus tard dans son œuvre.
Huile et tempera sur toile • 24,2 x 33 cm • Coll. The Art Institute of Chicago • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Art Institute of Chicago, dist. RMN-GP
Joan Miró, Paysage (Le Lièvre), 1927
Il n’oublie jamais la Catalogne
À l’automne de la même année, Miró revient sur l’un de ses sujets favoris : la campagne catalane. C’est un lièvre détalant devant la masia familiale qui lui inspire cette toile. Les yeux exorbités de l’animal ne traduisent pas sa peur de l’homme, mais sa rencontre avec une forme céleste : une spirale faite de pointillés et comme sortie d’une corne d’abondance. Si Miró est capable d’envolées cosmiques stupéfiantes, Paysage (Le Lièvre) démontre qu’il reste aussi attaché au monde réel. On est ici ancré dans la terre natale, celle sur laquelle la nature a encore une signification, celle qui est capable d’offrir des couleurs uniques à l’artiste.
Huile sur toile • 129,6 x 194,6 cm • Coll. The Solomon R. Guggenheim Museum • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Photo The Solomon R. Guggenheim Foundation / Art Resource, NY, dist. RMNGP
Joan Miró, Intérieur hollandais III, 1928
L’influence hollandaise
En 1928, Miró part une quinzaine de jours en Belgique et en Hollande. Depuis son atelier parisien de la rue Tourlaque, il réalise plusieurs dessins préparatoires, d’après des cartes postales qu’il a rapportées de son voyage. Inspiré de Femme à sa toilette de Jan Steen, Intérieur hollandais III représente une femme donnant naissance à… une chèvre. La mare de sang qui coule de son vagin et son bras en arabesque dénotent une précision de la construction qui n’a d’égale que la répartition des couleurs.
Huile sur toile • 130 x 97 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © The Metropolitan Museum of Art, dist. RMN-GP / Malcom Varon
Joan Miró, Personnage, 1934
La menace fantôme
Retour à Mont-roig, où Miró réalise une série de grandes « peintures sauvages », selon ses propres mots. Ces pastels abolissent ses aplats de couleurs pures et mettent en scène des figures inquiétantes, faites de membres hypertrophiés et de sexes incandescents. Exécutés sur du papier velours, ces tableaux abandonnent l’écriture cursive et font la part belle au modelé. Résultat tétanisant : une menace inconnue plane sur la quinzaine d’œuvres qui composent la série.
Pastel sur papier velours • 106,3 x 70,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-GP
Joan Miró, Peinture-poème (« Une étoile caresse le sein d’une négresse »), 1938
Poésie, j’écris ton nom
Plus féru de poésie que de peinture, Miró entretient des rapports étroits avec Paul Éluard, pour lequel il réalisera 80 gravures lorsque celui-ci écrira À toute épreuve. En 1924, il réalise sa première « peinture-poème » en traçant sur une toile « Le sourire de ma blonde ». Quatorze ans plus tard, il peint d’une écriture souple « Une étoile caresse le sein d’une négresse », qui contraste avec les deux couleurs pures qui composent le reste du tableau. L’équilibre entre les mots et les formes est un modèle du genre.
Huile et inscription à la main sur toile • 130 x 195 cm • Coll. Tate Gallery, Londres • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Photo Successió Miró Archive / presse
Joan Miró, Peinture (Oiseaux et Insectes), 1938
La couleur de ses rêves
« La présence des oiseaux est telle que c’est à croire qu’ils l’habitent comme un arbre et que cet arbre, quand ils doivent partir, se déplace pour se porter à leur rencontre », écrit André Breton à propos de Miró. Symboles de liberté (mais aussi, en catalan, synonymes de « pénis »), les oiseaux traversent donc un grand nombre de toiles de l’artiste qui, après ses peintures sauvages, s’apprête à se lancer dans ses Constellations. Fuyant la guerre civile espagnole, Miró imagine Oiseaux et Insectes comme un monde apaisé, loin de la folie humaine, baigné d’un bleu particulier : « la couleur des rêves » de l’artiste.
Huile sur toile • 116 x 89 cm • Coll. The Albertina Museum, Vienne • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © The Albertina Museum, Vienne – The Batliner Collection / presse
Joan Miró, Femmes encerclées par le vol d’un oiseau, 1941
L’extrême spatialité
Entre 1939 et 1941, Miró réalise un ensemble de tableaux intitulé Constellations. Les titres des œuvres se déroulent comme des poèmes délicats et cocasses, comme ces Femmes encerclées par le vol d’un oiseau, et le graphisme, peuplé de signes et de formes, n’est pas sans rappeler les œuvres de Calder, avec qui Miró est en relation. Sans profondeur de champ, les Constellations ont ce caractère d’infinie spatialité qui influencera plus tard la peinture américaine des années 1950.
Gouache et huile sur papier • 46 x 38 cm • Coll. particulière • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / Courtesy Galerie 1900-2000, Paris
Joan Miró, Femme et oiseau dans la nuit, 1945
Expérimentations à tout-va
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Miró retourne vivre à Barcelone, où il va expérimenter tous les matériaux : gouache, pastel, fusain, crayon… Les éléments qu’il fait danser sur ses tableaux sont principalement une femme, des animaux et des astres. Cette période, Miró la traverse dans un certain isolement et une réflexion intense. Il se concentre d’abord sur le papier, avant de revenir à la peinture à l’huile sur des tableaux de grand format. Sur la partie inférieure de l’oiseau, on remarque des coulures : une bavure qui sera bientôt reprise par des artistes américains comme Jackson Pollock sous le nom de dripping.
Huile sur toile • 146 x 114 cm • Coll. Fundació Joan Miró, Barcelone, en prêt dans une collection particulière • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Photo Successió Miró Archive / presse
Joan Miró, La Course de taureaux, 1945
Le taureau vaincu
Si le thème de la course de taureaux apparaît dans son œuvre dès 1937, Miró ébauche ce tableau en 1942 pour l’achever en 1945. Le taureau, symbole de la brutalité animale et métaphore de l’état de l’Europe ? Oui, sauf que ce bovidé est ici ridiculisé, mi-chien mi-chat coincé entre le torero sur la droite et un ectoplasme sur la gauche. Pour témoigner du combat entre la bête et l’homme, Miró gratte la peinture jusqu’à faire apparaître le lin par endroits. Le tout semble en état de dilatation, rappelant l’œuvre de Jean Arp, que Miró a rencontré à Paris et avec lequel il a noué des liens d’amitié.
Huile sur toile • 114 x 144 cm. • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-GP / Adam Rzepka
Joan Miró, Toile brûlée II, 1973
Au feu !
Miró, doux rêveur à la poésie aérienne ? Oui, mais pas toujours. Au début des années 1970, il conçoit cinq peintures faites de violence gestuelle et malmenées par le feu. Dans cette série, il attaque ses toiles au couteau puis y verse de l’essence avant de les brûler au chalumeau. Le trou béant au centre, résultat de la lacération, laisse alors apparaître le châssis en forme de croix, tandis que la peinture noire, sous l’effet des flammes, trouve une nouvelle matité.
Acrylique sur toile coupée et brûlée • 130 x 195 cm • Coll. Fundació Joan Miró, Barcelone, en prêt dans une collection particulière • © Successió Miró / Adagp, Paris 2018 / © Photo Successió Miró Archive / presse
Miró
Du 3 octobre 2018 au 4 février 2019
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr
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L’ombre de Van Gogh
Miró a à peine 24 ans quand il s’attelle au Portrait de Vicenç Nubiola, un professeur de l’école de la Llotja. Mélange de fauvisme et de cubisme, cette toile montre toute l’influence que Cézanne (pour l’attitude) et Van Gogh (pour les couleurs et la composition) exercent sur Miró. Un an plus tard, elle sera montrée à la galerie Dalmau de Barcelone, lieu de la première exposition de l’artiste catalan.