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Vue de l’exposition de Neïl Beloufa, « L’Ennemi de mon ennemi » au Palais de Tokyo, Paris
Courtesy Galerie Balice Hertling, Paris / Photo Aurélien Mole / © Neïl Beloufa / ADAGP, Paris 2018
Celui qui a déjà fréquenté un salon professionnel au parc des expositions de la porte de Versailles sera sans doute moins dérouté par la proposition de Neïl Beloufa. Car c’est bien à cela qu’elle ressemble de prime abord : comme si le Palais de Tokyo avait tout bonnement loué ses espaces à un organisateur de foire. Chaque représentant n’aurait eu que quelques heures pour s’installer dans sa parcelle, mais tout est finalement prêt le jour J, et les détenteurs d’un billet peuvent désormais se perdre dans un dédale de stands.
Comme toute bonne foire qui se respecte, celle de Neïl Beloufa a la facture de tous ces objets « cheap » de promotion : maquettes, feuillets explicatifs, panneaux publicitaires en carton… Et comme tout bon salon, elle s’articule autour d’un thème : ici, la représentation et la légitimation du pouvoir. Une quarantaine de stands présentent ainsi des mémoriaux divers, des affiches politiques, des architectures de musée ou encore des portraits présidentiels… L’artiste a souhaité « que les reproductions soient faites mains, domestiques, proches du spectateur », qu’elles évoquent « presque des exposés de collégiens ».
Vue de l’exposition de Neïl Beloufa, « L’Ennemi de mon ennemi » au Palais de Tokyo, Paris
Courtesy Galerie Balice Hertling, Paris / Photo Aurélien Mole / © Neïl Beloufa / ADAGP, Paris 2018
Ainsi désacralisé par ce dispositif scénographique bricolé, l’espace d’exposition se mue en un lieu précaire à visée presque pédagogique. De la censure au 11 septembre 2001, en passant par le jeu vidéo, chaque kiosque rapporte des anecdotes significatives qui éclairent les manières dont les forces politiques (États, organisations, institutions, personnalités…) écrivent l’Histoire, occupent le paysage médiatique et « markettent » leur image. Constatant que le pouvoir se met en scène au point d’être fétichisé, ne faudrait-il pas imaginer des représentations alternatives et plus justes ?
Vue de l’exposition de Neïl Beloufa, « L’Ennemi de mon ennemi » au Palais de Tokyo, Paris
Courtesy Galerie Balice Hertling, Paris / Photo Aurélien Mole / © Neïl Beloufa / ADAGP, Paris 2018
« Je n’ai évidemment pas de solution, mais en tout cas je me suis dit qu’en sortant d’une zone de confort neutre et morale, peut-être qu’il y a déjà un pas de fait », rétorque Neïl Beloufa. Né en 1985, ce jeune artiste, déjà bien reconnu dans le circuit de l’art contemporain, n’est pas un moralisateur. Que ce soit dans ses vidéos, comme La Domination du monde, ou ses installations chaotiques, il s’attache surtout à mettre à nu les structures et dynamiques qui caractérisent notre époque. Ses œuvres et projets sont autant de tentatives pour habiter le monde d’aujourd’hui. Un monde complexe et instable. À l’image de ce projet intitulé « L’Ennemi de mon ennemi », orchestré par le commissaire Guillaume Désanges.
Vue de l’exposition de Neïl Beloufa, « L’Ennemi de mon ennemi » au Palais de Tokyo, Paris
Courtesy Galerie Balice Hertling, Paris / Photo Aurélien Mole / © Neïl Beloufa / ADAGP, Paris 2018
Car la grande trouvaille de l’exposition demeure cette horde de petits robots qui, sans cesse, déplace les tables thématiques, formant un écosystème vivant, constamment remis en perspective et actualisé. À l’instar d’une page Internet, d’un musée en mouvement ou encore d’un jeu. Mais un jeu sérieux, qui incarnerait le grand manège du pouvoir.
Neïl Beloufa. L'Ennemi de mon ennemi
Du 16 février 2018 au 13 mai 2018
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
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