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Vue de l’exposition d’Olivier Theyskens à Calais
© Photo Thomas Deschamps et Julien Claessens
Lorsque l’on songe à Olivier Theyskens, nous vient l’image d’une palette sombre teintée d’un romantisme tout en sobriété et en élégance. Un cocktail qui somme toute lui ressemble, à l’image du ciel du Nord de son enfance : nuageux et rempli de couleurs énigmatiques. Tour à tour directeur artistique des maisons de couture Rochas, Nina Ricci – deux « belles endormies » qu’il a relancées avec brio dans les années 2000 – et de la marque américaine spécialiste de l’urban wear, Theory, le créateur belge est parvenu à se hisser parmi les couturiers de renom grâce à un style singulier, alliant une grande liberté à une exigence technique fidèle à la tradition de la haute couture. « Dans mon travail, explique Olivier Theyskens, il y a une sensibilité à la beauté, une rencontre entre la force et la fragilité, ce quelque chose d’un peu cassé. J’ai souvent aimé toucher les gens, et comme j’ai une âme un peu mélancolique, je n’aime pas ce qui est trop platement happy. J’aime montrer les ambiguïtés et les ambivalences des émotions. »
Avant même de se lancer dans les salles de l’exposition, baptisée « In praesentia », une préface nous plonge instantanément dans l’univers du créateur, en dévoilant dans l’atrium des silhouettes issues de ses deux dernières collections présentées à Paris : de majestueuses robes noires, ou d’un blanc immaculé, ornées de bustier, de nœud lavallière et de dentelle de chez Darquer, dentelier calaisien qui œuvre depuis 1940. « C’est comme une extension qui donne plus de choses à voir, car elle permet une immersion immédiate », précise Olivier Theyskens.
Vue de l’exposition d’Olivier Theyskens à Calais
© Photo Thomas Deschamps et Julien Claessens
Afin de préparer l’exposition, le couturier d’origine normande s’est rendu régulièrement à Calais et s’est très vite plongé dans les archives des denteliers, afin de toucher de plus près cette matière. « La dentelle occupe une position particulière dans mon travail. Mes toutes premières créations étaient élaborées avec des dentelles anciennes qui provenaient des collections de galons de ma grand-mère », précise-t-il. Ces découvertes et ces souvenirs lui ont ainsi soufflé l’idée de mettre en résonance les silhouettes réalisées dès le début de sa carrière et des pièces provenant des collections permanentes du musée, des robes de collection ou des objets plus utilitaires liés au monde de la dentelle et souvent tombés dans l’oubli.
Par son approche volontairement libre et intuitive, dégagée de toute contrainte chronologique, « In praesentia » jette un regard neuf sur le travail d’Olivier Theyskens en amenant un public « pas forcément amateur de mode à l’approcher sous un autre angle que celui de l’érudition, à la recevoir comme quelque chose de beau, de touchant, sans préjugés, ni appareillages », explique Lydia Kamitsis, la commissaire de l’exposition. « Le fait qu’il y ait une confusion entre passé et présent permet de sortir du cadre un peu rigide qu’on a sur l’appréciation de la mode contemporaine. On veut parler à tout type de public. »
Vue de l’exposition d’Olivier Theyskens à Calais
© Photo Thomas Deschamps et Julien Claessens
« On révèle des détails qui ne sont pas remarquables parce qu’on est déconnecté de la préciosité qu’il y a derrière le travail de la dentelle. »
Olivier Theyskens
Déployé sur la totalité des espaces dédiés aux expositions temporaires, le parcours est découpé par chapitres, à travers des vitrines imaginées comme des arrêts sur image de l’œuvre Theyskennienne, des moments précis, des sources d’inspiration récurrentes. Exemple : le goût du couturier pour les dos affriolants bordés de traînes et de faux-culs volantés, d’amples crinolines qui représentent à ses yeux « un absolu de rêve et de beauté », la troublante nostalgie qui imprègne son univers ou encore sa fascination pour le noir, qui deviendrait presque chez lui une matière…
Car par-delà la couture, l’exposition valorise les gestes, les outils et les savoir-faire propres aux denteliers. « Quand on voit ces objets liés à l’univers de la dentelle – la presse, le petit cahier de tulliste recouvert de poussière de graphite, l’échelle, les outils, les pièces des métiers à tisser – on ressent la présence, la rusticité des meubles. On révèle des détails qui ne sont pas remarquables parce qu’on est déconnecté de la préciosité qu’il y a derrière le travail de la dentelle. Ces objets portent la marque du temps. »
Vue de l’exposition d’Olivier Theyskens à Calais
© Photo Thomas Deschamps et Julien Claessens
Un aspect qui résonne avec la manière qu’Olivier Theyskens a de penser les vêtements, lui qui convertit des détails d’une banalité extrême en acte de création pur. Conçue comme une expérience émotionnelle construite « par fragments et par collisions », cette proposition esthétique inédite décortique les différents aspects de son travail, avec la rêverie pour principal moteur. On retrouve également sa maîtrise absolue de l’art du biais, son obsession pour les agrafes revues et corrigées par ses soins au point de devenir une signature visuelle, ses différentes versions de corsets qui prêtent au corps ce côté baleiné un brin suranné et clairement identifiable, ses recherches sur les motifs, les couleurs et les étoffes dont il a développé en autodidacte un sens aigu, avec toujours, en toile de fond et comme fidèle compagnon, la dentelle. « En l’étudiant à l’échelle de l’histoire, on se rend compte que la dentelle était très en accord avec l’air du temps et les styles de chaque époque. C’est fascinant », conclut-il. Une célébration du regard comme de la pensée vagabonde…
Olivier Theyskens. In praesentia
Du 15 juin 2019 au 5 janvier 2020
Cité de la dentelle et de la mode • 135 Quai du Commerce • 62100 Calais
www.cite-dentelle.fr
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