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Manufacture de Roubaix

Parures : une autre façon de s’habiller… avec une œuvre d’art

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Publié le , mis à jour le
À la fois ornement, vêtement et objet d’art, la parure met en majesté le corps tout en le resculptant. Un format singulier qui la rend propice à toutes les excentricités contemporaines et à l’expression des savoir-faire. La Manufacture de Roubaix, musée de la mémoire et de la création textile, en présente une soixantaine d’exemples extrêmement variés. Et questionne au passage notre rapport à la consommation de la mode et des vêtements. Bluffant ! Et palpitant.
Saadia Zafar Schober, Shhhhh be quiet
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Saadia Zafar Schober, Shhhhh be quiet

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Matériaux : chaînes de laiton, plumes de paon, perles noires - Technique : couture à la main de tissus métallique ou de cotte de maille inventée par l'artiste et brevetée • Pakistan • Photo Antoine Guilloteau

Elle a été l’une des premières à tirer la sonnette d’alarme : Isabelle Quéhé, commissaire de l’exposition « Parures », a fondé en 2004 le salon Ethical Fashion Show. L’idée ? Mettre en lumière une création textile raisonnée, humaine et écologique. Car la mode, ou plus exactement la grande distribution, est loin d’être irréprochable. Employés sous-payés et paysages dévastés sont les seules et uniques conditions possibles pour produire des t-shirts vendus 5 euros. Et ces grands magasins, qui ouvrent jusque dans les régions les plus pauvres de la planète, contribuent également à la disparition de savoir-faire centenaires. C’est pourquoi il faut lutter, et lutter en beauté : c’est en tout cas ce que cette superbe collection de parures semble plaider.

Prakash Shetty & Isabelle Quéhé, Paris-Mumbai
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Prakash Shetty & Isabelle Quéhé, Paris-Mumbai

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Matériaux : perle de verre rondes dorées et colorées, cristal rouge, paillettes, pétales d’organza de soie sur dentelle ancienne chinée – Technique : Broderies aari et zardosi, savoir faire traditionnels indiens, utilisés à l’origine à la cour moghole • France – Inde • Photo Antoine Guilloteau

Car si son propos est éminemment politique, cette exposition est, avant toute chose, une ode à la créativité, à la finesse d’exécution, à la patience et à l’invention. Comment ne pas rester bouche-bée devant la parure de Rosalie Mazars, qui fait courir tout autour du cou et jusqu’au nombril une écharpe de taillures de crayon ? Roulées à la main en de toutes petites fleurs roses et vertes, ces taillures qui auraient pu finir au rebut se trouvent ici magnifiées en un vêtement sculptural d’une élégance folle, rendant hommage à l’éphémère. Ainsi, le propos revendiqué par Isabelle Quéhé apparaît parfaitement clair et fécond : plus le soin apporté à un vêtement est grand, moins on est tenté de le « consommer », de l’acheter vite pour le jeter encore plus vite. Plus fort encore : ces parures, par leur aura, dégoûtent volontiers de ce qu’on appelle la fast-fashion – tout comme on dédaignerait les reproductions d’un grand magasin de mobilier après avoir cassé sa tirelire pour une œuvre véritable, énigmatique, aimée.

À gauche, “Artémis” de Rosalie Mazars et à droite, “Peanut” d’Anaïs Beaulieu
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À gauche, “Artémis” de Rosalie Mazars et à droite, “Peanut” d’Anaïs Beaulieu

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Matériaux : taillures de crayon, colle, reste de veste. Technique : couture, collage / Matériaux : gilet de sauvetage, fils de coton - Technique : broderie • France • © La Manufacture

Pas si « importables », ces parures engagent une réflexion sur l’importance des savoir-faire textiles au secours d’une mode éthique.

Les techniques sont variées, et témoignent de l’appétit actuel des créateurs pour l’upcycling, autrement dit le recyclage anoblissant de matériaux : Marie-Paule Thuaud réunit des centaines de sachets de thé en une collerette rougeoyante, Armel Barraud dessine des figures en fils de fer pour un pectoral poétique, Janaïna Milheiro réunit de chatoyantes plumes d’autruche autour de la poitrine, Anaïs Beaulieu brode des roses sur un gilet de sauvetage fluo, Faiza Hajji Wozniak tisse des sacs plastique et les transforme en dentelle colorée… Certains sont si inventifs qu’ils en deviennent presque drôles ! On sourit devant la parure façon gros collier de perles de Thomas Dominique, qui a enfermé des balles de ping-pong dans des bas de nylon, ou devant les têtes de poupées pour enfants qui émergent du vêtement pensé par Mona Luison.

Mona Luison, Goal!!!
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Mona Luison, Goal!!!

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Matériaux : matériaux de récupération – Technique : crochet, couture • France • Photo Antoine Guilloteau

Sculpturaux ou vaporeux, ces ornements – qui descendent parfois jusqu’aux pieds ou remontent sur le crâne – font du corps une cimaise, et viennent s’y accrocher comme des œuvres d’art. Pas si « importables » qu’il n’y paraît pour certaines, elles engagent en tout cas une réflexion sur l’importance des savoir-faire textiles au secours d’une mode éthique. À noter : le dimanche 20 octobre, un défilé et une vente aux enchères seront organisés. L’occasion de voir ces œuvres, pour le moment sages et immobiles sous les spots de la Manufacture, s’animer joyeusement.

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Parures. Objets d’art à porter

Du 7 septembre 2019 au 28 octobre 2019

lamanufacture-roubaix.com

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