Barcelone

Picasso et la céramique espagnole : une idylle éclatante

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Publié le , mis à jour le
En commémoration du 50e anniversaire de la mort de Pablo Picasso (1881–1973), le Museu del Disseny de Barcelona (musée du design de Barcelone) présente une exposition de 70 pièces de céramique de sa collection, dont seize signées de la main du célèbre pionnier du cubisme. Elles sont mises en regard avec des créations espagnoles anciennes, qui présentent avec les siennes des similitudes troublantes… Au point que l’artiste lui-même a été foudroyé par leur découverte en 1957 !
Pablo Picasso, Pichet
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Pablo Picasso, Pichet, 1957

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MCB 64668 • © Succession Picasso

« Mais, est-il possible que quelqu’un ait fait cela avant moi ? ». En 1957, Picasso n’en croit pas ses yeux. Au Palais Miramar de Cannes, l’artiste visite une exposition intitulée « La Céramique espagnole du XIIIe siècle à nos jours », en compagnie de journalistes qui relatent l’événement. Devant ces pièces qui, pour les plus anciennes, remontent à l’époque médiévale, il est stupéfait de voir à quel point certaines d’entre elles sont proches de ses créations !

Avec leurs formes simples et géométriques, leurs couleurs vives, leurs contrastes marqués, et leurs décors peints de façon souple et enlevée, figurant notamment des animaux stylisés dans un esprit « primitif », ces céramiques ibériques se rapprochent en effet beaucoup de celles de Picasso, qui pratique cet art depuis la fin des années 1940 à Vallauris, dans l’atelier de Madoura, propriété de ses amis Georges et Suzanne Ramié.

À droite : Pablo Picasso, À gauche : Vase / À droite : Vase
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À droite : Pablo Picasso, À gauche : Vase / À droite : Vase, À gauche : XVIIe siècle / À droite : 1951

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MCB 51811 / MCB 64667 • À droite : © Succession Picasso

Installé de 1948 à 1955 dans cette commune du sud de la France, où il reviendra fréquenter l’atelier jusqu’en 1971, Picasso dessine les formes et décors peints de ses céramiques et expérimente plusieurs techniques comme l’incision au couteau, l’émail et l’engobe – un revêtement mince à base d’argile délayée, parfois colorée, qui s’applique sur une pièce de céramique pour en modifier la couleur –, ou encore le moulage de plaques de linogravures. L’Espagnol crée ainsi une impressionnante collection d’une créativité débordante, estimée à environ 4 500 pièces !

« J’ai fait des assiettes, on vous a dit ? Elles sont très bien. On peut manger dedans », glisse un jour, espiègle, l’artiste dans l’oreille d’André Malraux.

Pichets zoomorphes en forme de chouettes ou de chevaux surmontés de cavaliers, assiettes décorées de colombes, vases-portraits, tuiles ornées de scènes de tauromachie… Picasso décline en terre cuite ses thèmes les plus chers en jouant avec les formes utilitaires des objets fabriqués : les embouchures à becs verseurs deviennent des têtes d’oiseaux, les anses des bras ou des oreilles, et les parties ventrues, des visages ronds ou des formes féminines… « J’ai fait des assiettes, on vous a dit ? Elles sont très bien. On peut manger dedans », glisse un jour, espiègle, l’artiste dans l’oreille d’André Malraux. Avec ces œuvres déclinables en plusieurs exemplaires (qui à l’époque attirent relativement peu l’attention, car elles sont considérées comme relevant du genre « mineur » des arts décoratifs), l’artiste rend son art accessible au plus grand nombre.

À droite : Pablo Picasso, À gauche : Plat / À droite : Plat
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À droite : Pablo Picasso, À gauche : Plat / À droite : Plat, À gauche : XVIIe siècle / À droite : 1948

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MCB 9129 / MCB 64670 • À droite : © Succession Picasso

Emballé par sa visite de l’exposition cannoise de 1957, et sa rencontre avec l’un de ses acteurs, l’historien de l’art et archéologue barcelonais Luis María Llubiá (1906–1973), Picasso décide de faire don de seize de ses céramiques aux musées d’art de Barcelone. Mais à une condition : qu’elles soient exposées au côté d’une importante collection de terres cuites espagnoles afin d’établir un dialogue. Ces seize pièces entrent alors au musée du Design de Barcelone, écrin de nombreuses poteries ibériques datées de l’Antiquité à l’époque moderne, qui les place aujourd’hui au cœur de son exposition-hommage.

Comptant environ 70 céramiques assorties de documents, cette dernière présente une sélection d’œuvres de l’exposition cannoise de 1957 qui avait tant marqué Picasso, ainsi que les céramiques de l’artiste (dont elle raconte l’histoire de la donation) aux côtés de pièces espagnoles plus anciennes issues de la collection du musée – et continue ainsi d’honorer son vœu. Parmi les pièces présentées, une superbe cruche en terre cuite en forme de sirène (1957) [ill. en Une], décorée d’oxydes métalliques, d’engobes et d’une épaisse anse incurvée, montre toute l’inventivité avec laquelle le maître du cubisme jouait avec les formes traditionnelles (notamment celles de ses cruches-gargoulettes) de la poterie espagnole.

À droite : Pablo Picasso, À gauche : Vase à deux anses / À droite : Vase à deux anses
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À droite : Pablo Picasso, À gauche : Vase à deux anses / À droite : Vase à deux anses, À gauche : XII-XIIIe siècle / À droite : 1954

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MCB 51876 / MCB 64673 • À droite : © Succession Picasso

Mais une question demeure. Picasso, qui a passé son enfance à Malaga et son adolescence à Barcelone, puis a séjourné à Gósol, n’avait-il vraiment aucune connaissance de ces céramiques espagnoles avant cette visite de 1957 ? Leurs traits communs avec les siennes sont-ils vraiment fortuits ? On peut s’étonner de la surprise de Picasso, tant l’Espagne, son pays natal, était depuis des siècles un haut lieu de cet artisanat. Et surtout au Moyen Âge et à la Renaissance, époques où les céramiques lustrées hispano-mauresques, décorées de motifs géométriques ou d’éléments figuratifs, fabriquées selon une technique orientale importée en Espagne lors des conquêtes arabo-musulmanes, et majoritairement produites à Valence à partir du XIIIe siècle, étaient recherchées dans toute l’Europe !

Poteries rouges à motifs gravés, vaisselle décorée de figures peintes, fontaines, murs et sols tapissés d’azulejos Ces trésors peuvent être admirés aux quatre coins du pays, du Museu del Disseny de Barcelone au musée national de la céramique et arts somptuaires González Martí de Valence, en passant par le musée d’archéologie de Madrid, les musées de la céramique d’Alcora et de Séville, et plusieurs monastères. Sans compter de nombreux ateliers de potiers historiques qui, à Séville, Grenade, Huelva ou Malaga, continuent de perpétuer la tradition.

Barcelone et la céramique
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Barcelone et la céramique

Antoni Gaudí (1852–1926) et ses trencadis constituent une autre facette mythique de la céramique espagnole. On serait même tenté de voir une certaine parenté entre ces compositions éclatantes et dansantes réalisées avec des brisures de céramiques, et le cubisme de Picasso, dont les sujets – telles ses Demoiselles d’Avignon (1907) – semblent s’être brisés en éclats. Lorsque le jeune Picasso arrive à Barcelone, la Sagrada Família est en construction depuis douze ans et, même si les chantiers du parc Güell (1900–1914) et de la Casa Batlló (1904–1906) ne débutent qu’après son départ pour Paris, la ville est déjà essaimée de plusieurs créations achevées de l’architecte, dont la Casa Vicens et le Palais Güell. Picasso dessine alors des caricatures de Gaudí, tant il déteste ce catholique conservateur qui, malgré l’originalité de ses créations, méprise les jeunes artistes progressistes et subversifs. Mais on ne peut exclure que cette architecture moderniste et son usage intensif (et déstructuré) de la céramique aient laissé une empreinte dans l’esprit du peintre catalan… À chacun d’en juger !

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La volonté de Picasso. Les céramiques qui ont inspiré l'artiste

Du 22 juin 2023 au 17 septembre 2023

www.spain.info

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Pour aller plus loin

Retrouvez dans l’Encyclo : Pablo Picasso

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