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André Villers, Pablo Picasso dessinant des colombes pour son temple de la paix, 1953
Épreuve gélatino-argentique • © Succession Picasso 2019
Y a-t-il une chose que Pablo Picasso (1881 – 1973) n’ait pas faite ? Sculpteur, céramiste, peintre, dessinateur, créateur de décors, l’artiste a également illustré, entre 1905 et 1973, une cinquantaine de livres des plus grands auteurs… bien que lui-même clame malicieusement n’avoir « jamais rien illustré ». Car, évidemment, l’Espagnol n’était pas du genre à retranscrire fidèlement un texte sous forme d’images. Toujours prompt à ne pas suivre le mode d’emploi, Picasso a inventé sa propre façon de faire…
Tout commence à Paris dans les années 1900. Dans la Ville Lumière, Picasso rencontre de nombreux écrivains qui deviennent ses amis. André Salmon, Max Jacob, Guillaume Apollinaire et Pierre Reverdy sont les premiers dont il nourrit les ouvrages de ses dessins – d’abord des frontispices, puis des collaborations plus étendues. Mais un domaine le fascine particulièrement : l’Antiquité. Après en avoir tiré de nombreux dessins, peintures et céramiques, Picasso finit par illustrer des textes antiques dont, en 1934, la comédie Lysistrata d’Aristophane, la VIIIe Pythique du poète grec Pindare… et, surtout, les Métamorphoses d’Ovide. À la demande de l’éditeur Albert Skira, l’artiste réalise trente eaux-fortes pour ce célèbre recueil de récits mythologiques. Sur le blanc de la page, des lignes pures d’une exquise finesse tracent les contours intemporels d’un Orphée ou d’un Phaéton. Une impression de calme et de sérénité se dégage de ces images aériennes… au point qu’on oublie l’extrême violence de ces histoires de meurtres, de combats et de viols !
Pablo Picasso, « Le Banquet et Cinésias » et « Myrrhine », 17 janvier 1934
Eau-forte sur cuivre. Épreuve sur papier vergé d’Arches à la main, tirée par l’artiste, annotée « I » • 25,7 x 34,5 cm 22 x 31,3 cm (hors marge) • © Succession Picasso 2019
La même année, Le Chef-d’œuvre inconnu, célèbre nouvelle d’Honoré de Balzac publiée initialement en 1831, paraît accompagnée de douze eaux-fortes de Picasso, commandées par Ambroise Vollard. Obsédé par la relation entre le peintre et son modèle, l’Espagnol s’identifie au héros, le peintre Frenhofer, absorbé par sa quête désespérée de réaliser un portrait de femme idéal. Mais au lieu de dessiner le personnage de Balzac, Picasso représente une sorte d’allégorie de l’artiste en quête d’absolu.
Pablo Picasso, Peintre et son modèle tricotant, 1927
Eau-forte sur cuivre, Faisant partie des 14 eaux-fortes illustrant le chef d’oeuvre inconnu • © Succession Picasso 2019
Au grand dam des lecteurs attachés à une fidèle mise en image, le peintre ne se soumet pas au récit. Libre comme l’air, il dessine ce qui lui plaît, des motifs déjà présents dans son œuvre et dont il trouve des échos dans l’ouvrage. « Avec Picasso, l’artiste n’est plus là pour « mettre en lumière » le texte, selon le sens d’origine du mot « illustration », mais pour créer une nouvelle lecture », explique Yannick Courbès, co-commissaire de l’exposition.
Autre temps fort, de superbes scènes de corrida réalisées au printemps 1957 pour La Tauromaquia o Arte de torear, un manuel destiné aux toreros ! Fasciné depuis toujours par cet affrontement spectaculaire entre l’homme et le taureau, qui pour lui incarne la fougue espagnole, Picasso signe vingt-six estampes d’une grande beauté, où le noir puissant et direct des coups de pinceau tranche sur la blancheur de la feuille. Quelle virtuosité dans sa manière de saisir les mouvements fugaces du combat ! Ici, l’artiste a opté pour l’aquatinte au sucre (mélange de gomme, d’encre et de jus de sucre), qui lui permet d’atteindre, au pinceau sur une plaque de cuivre, la même fluidité qu’avec de l’aquarelle sur papier.
Pablo Picasso, Le Poussin, mai 1907
Bois de fil (bois fruitier) gravé au ciseau. Épreuve sur papier vélin de récupération, tirée à la gouache en bleu, rouge et vert, par l’artiste • 19,8 × 13,4 cm 16,5 × 7,7 cm (hors marge) • © Succession Picasso 2019
Le taureau n’est pas le seul animal prisé par Picasso. En 1907, l’artiste fait des essais de gravure sur bois pour Le Bestiaire d’Apollinaire, résumant chaque bête – poussin, aigle… – à un minimum d’indices visuels, jusqu’à la transformer en idéogramme ou en logo hiéroglyphique. En 1942, pour illustrer l’Histoire naturelle de Buffon, il s’amuse à représenter une sauterelle, une chèvre, un chat… et même une puce sur le postérieur d’une demoiselle !
D’après Pablo Picasso, Affiche « Amnistie ! », 1959
Lithographie en couleurs, éditée par le Comité national d’aide aux victimes du Franquisme • 75 × 51,5 cm • © Succession Picasso 2019
Motif récurrent dans son œuvre, la colombe tient aussi une grande place dans les dessins qu’il réalise pour Le Visage de la paix de Paul Éluard (1951). En 1956, ce sont d’élégants équidés qui dansent avec le texte des Chevaux de minuit (1956), recueil posthume de la poétesse Roch Grey. À la fin des années 1940, que ce soit avec les Vingt Poèmes de Luis de Gongora y Argote (poète espagnol du Siècle d’or) ou ses propres Poèmes et lithographies, Picasso finit par abolir totalement la frontière entre l’image et les mots. Pour le Chant des morts de Pierre Reverdy (1948), le texte, écrit à la main par Picasso lui-même, est scandé de grands signes abstraits de couleur rouge, tracés rapidement au pinceau comme des clés sur une partition musicale. Ou comme les caractères d’une langue nouvelle…
Picasso illustrateur
Du 19 octobre 2019 au 13 janvier 2020
MUba Eugène Leroy • 2, rue Paul Doumer • 59200 Tourcoing
www.muba-tourcoing.fr
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