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Léon Pourtau, Scène de plage, 1890-1895
Huile sur toile • 73 × 92 cm • Collection particulière • © Fotoatelier Peter Schächkli, Zurich
Félix Vallotton, La Baignade à Etretat, 1899
Baignade comique
Le plaisir du bain de mer conquiert peu à peu les estivants, qui font trempette dans des maillots couvrants. En 1899, le peintre Félix Vallotton s’offre ses premières vacances estivales à Étretat, sur la côte normande. Inspiré par ses clichés pris sur la plage avec son appareil portatif Kodak, l’artiste zoome sur les baigneurs et les croque avec un humour féroce en accentuant les coups de soleil, le crâne rouge et luisant d’un homme bien en chair et certaines mines maussades, qui tranchent avec ce moment supposé de détente. À la fois malicieux et critique à l’égard de ses contemporains, le peintre y glisse même un enfant en train de se noyer dans l’indifférence générale !
Huile sur carton • 49,6 x 64,7 cm • Collection particulière • © Wikimedia Commons
Louis Abel-Truchet, Le Cirque Médrano, boulevard Rochechouart, 1907
En piste !
Parmi les loisirs appréciés de l’époque, le cirque figure en bonne place. Les artistes se plaisent à saisir le mouvement du spectacle, et jouer avec le potentiel graphique de la piste ronde sur laquelle se détachent les performeurs. Louis Abel-Truchet en tire une composition asymétrique, très photographique, brossée avec rapidité. À droite, le maître de piste et les clowns dirigent notre regard vers une écuyère qui exécute des acrobaties sur le dos d’un cheval blanc au galop, devant des rangées de spectateurs réduits à de grosses touches de couleur. Une œuvre qui dialogue à merveille, dans l’exposition, avec une étude de Seurat pour Le Cirque, une écuyère de Bonnard, Le Cirque d’Auguste Chabaud et des clowns d’Henri-Gabriel Ibels.
Huile sur carton • 28,2 x 36,3 cm • © Paris Musées / Musée Carnavalet-Histoire de Paris
Félix Vallotton, La Troisième galerie au théâtre de Châtelet, 1895
Théâtre soporifique
Comme le prouve cette œuvre décalée de Félix Vallotton, loisir ne rime pas toujours avec plaisir. Au lieu de s’intéresser au spectacle en cours, l’artiste peint en plan resserré une partie des gradins aux deux tiers vides du théâtre du Châtelet pour détailler de façon savoureuse les visages et attitudes des spectateurs, qui semblent mourir d’ennui et sur le point de s’assoupir dans leurs fauteuils, veillés par un gendarme tout aussi amorphe qu’eux !
Huile sur carton marouflé sur bois • 49,7 x 61,7 cm • Coll. du Musée d’Orsay, Paris Legs Carle Dreyfus, 1953 • © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Louis Anquetin, L’Intérieur chez Bruant : Le Mirliton, 1886-1887
Cabaret enfumé
Signé Louis Anquetin, ce chef-d’œuvre du cloisonnisme, éclatant tel un vitrail et comptant plus de trente-cinq personnages, livre un formidable instantané grand format d’une soirée arrosée au Mirliton (ex-cabaret du Chat Noir), fondé en 1885 par Aristide Bruant au pied de la butte Montmartre, cœur du Paris artiste et bohème. On y reconnaît les peintres Émile Bernard (tout à gauche) et Henri de Toulouse-Lautrec (dans le fond, reconnaissable à sa petite taille, sa barbiche et son long cou), Paul Tampier (de dos au premier plan), le chansonnier Marcel Legay (fumant la pipe à droite), le modèle Marie Valette (en rouge, qui allume une cigarette) et Aristide Bruant (dans le fond, perché sur une table, les mains sur les hanches). Au centre, la Goulue, célèbre danseuse de cancan, interpelle le spectateur et l’invite, mutine, à se joindre aux convives !
Huile sur toile • 145 × 157 cm • Collection particulière • © Fotoatelier Peter Schächkli, Zurich
Pierre Bonnard, Le Moulin Rouge ou Place Blanche, 1896
Spectacle nocturne
À la fin du XIXe siècle, l’arrivée de l’électricité transforme le paysage nocturne en animant la ville de scintillements festifs qui imprègnent les œuvres d’une magie nouvelle. Pierre Bonnard représente ici l’entrée du Moulin Rouge, décorée d’ampoules rouges qui luisent dans l’obscurité, et vers laquelle affluent de nombreuses personnes avides de se divertir, réduites à des silhouettes noires de théâtre d’ombres. Installé à une terrasse de café sur le trottoir d’en face, l’artiste prend soin de représenter les têtes des buveurs de dos au premier plan, comme s’il était assis au deuxième rang dans une salle de spectacle.
Huile sur panneau • 61 x 40 cm • Collection particulière • © Fondation Bemberg, Toulouse / Mathieu Rabeau
Auguste Chabaud, Le Moulin de la Galette, vers 1908-1909
Mélancolie électrique
Dans cette vue nocturne de l’entrée du Moulin de la Galette, célèbre bal public montmartrois immortalisé par Renoir, la féérie des lumières artificielles se mue en mélancolie moderne, induite par le profil d’un cheval fatigué et la silhouette d’un promeneur solitaire. Avec ses cadrages insolites, ses vues brossées grossièrement, ses contrastes forts et ses lettrages stridents, le peintre d’avant-garde Auguste Chabaud transpose en peinture la puissance graphique du collage et de l’affiche, créant une ambiance singulière qui annonce le cinéma expressionniste.
Huile sur carton marouflé sur contreplaqué parqueté • 83 x 61,5 cm • Coll. du musée Fabre, Montpellier, dépôt du musée national d’Art moderne – Centre Pompidou, Paris • © Photo CNAC/MNAM Dist. RMN - Christian Bahier / Philippe Migeat
Pierre Bonnard, Jardin de Paris, 1896-1902
Étranges oiseaux de nuit
L’exposition se clôt sur ce chef-d’œuvre inédit de Pierre Bonnard, redécouvert il y a une dizaine d’années, roulé dans l’une des caches du marchand Ambroise Vollard. Cette saisissante peinture de grand format nous immerge dans la foule des clients du Jardin de Paris, un parc d’attractions pour la haute société du quartier des Champs-Élysées qui regroupait un music-hall, un cirque, un théâtre et un bar – à moins, doutent les experts, qu’il ne s’agisse du promenoir du Moulin Rouge. Éclairée à la lumière électrique, la scène détaille subtilement les coulisses moins reluisantes de la fête : une buveuse solitaire et déprimée en bas à gauche, et des mondaines aguicheuses cherchant à mettre le grappin sur un homme riche. Situé au centre, un homme inquiétant nous fixe en se frottant les mains. Serait-ce le maître des lieux ? Mystère…
Huile sur toile • 118 x 190 cm • Collection particulière • © Jean-Louis Losi
On sort ! Les loisirs avec Bonnard et son époque
Du 1 juillet 2023 au 5 novembre 2023
Musée Bonnard • 16 Boulevard Sadi Carnot • 06110 Le Cannet
www.museebonnard.fr
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Tous à la plage !
À la fin du XIXe siècle, le bord de mer a le vent en poupe grâce au développement du chemin de fer. Les jours de beau temps, il y a foule sur les plages ! Comme en témoigne cette joyeuse toile pointilliste de Léon Pourtau, inspirée d’Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte (1884–1886) de son ami Georges Seurat, toutes les classes sociales s’y pressent, mais on s’y met encore assez peu en maillot, et le bronzage n’est pas recherché. Beaucoup, encore vêtus de leur costume de ville, préfèrent simplement s’y asseoir sous une ombrelle pour pique-niquer, respirer l’air marin, admirer le paysage ou (pour les plus jeunes) s’essayer aux pâtés de sable.