Exposition « Get on my nerves » à la Alo Galerie à Paris
© Umut Sur
Lorsqu’on a reçu l’annonce de l’ouverture de la Alo Galerie début septembre, plusieurs détails ont attiré notre attention. Déjà, l’adresse : rue Richard Lenoir, en plein cœur du 11e arrondissement de Paris, cette nouvelle venue ne choisissait ni l’évidence du quartier du Marais, surpeuplé de galeries, ni la nouvelle vague de l’avenue Matignon (où vient de s’installer l’influent Jocelyn Wolff, après six ans à Romainville).
Ensuite, les deux jeunes fondatrices, Ayşe Naz Bayam (26 ans) et Derin Demircioğlu (27 ans), toutes les deux originaires de Turquie, s’y définissaient comme des « travailleuses de l’art » et non comme de simples galeristes, laissant transparaître une expérience sensible du quotidien de l’art, de ses acteurs, de ses enjeux et de son marché. Deux jours avant l’inauguration officielle, ce samedi 6 septembre, nous sommes donc allés les voir.
Dans ce quartier très vivant de l’Est parisien (il y a tout de même la galerie de l’agence Magnum à deux pas, et d’excellents restaurants comme le célébrissime Septime), l’espace est simple – une grande pièce de 45 mètres carrés ouverte sur la rue par de grandes vitrines. Anciennement occupé par un magasin de scooters, il a été repeint en blanc et bichonné par un « ami menuisier », qui y a glissé d’élégants éléments en bois pour offrir aux deux jeunes femmes un bureau accueillant et une bibliothèque.
Exposition « Get on my nerves » à la Alo Galerie à Paris
© Alo Galerie
Assises sur des chaises dépareillées entre les œuvres encore posées au sol, Ayşe Naz Bayam et Derin Demircioğlu nous racontent leur rencontre en France, sur les bancs d’une licence d’arts plastiques à la Sorbonne, leur amitié qui a traversé les années. La première venait d’Ankara, la deuxième d’Istanbul. Au fil des masters, des stages et des premières expériences, elles ont aiguisé des profils « complémentaires, entre la production et le commercial », touchant à la régie, à la vente, au commissariat.
Diane Ségard, Le remplacement des organes, 2024
Résine acrylique, savon • 65 × 7 × 30 cm • © Galerie Alo
C’est en 2023, autour d’un café, qu’elles ont lancé l’idée : et si elles créaient leur propre galerie ? Avec l’idéal de la jeunesse, elles l’imaginent alors accessible, axée sur la jeune création (les artistes de leur première exposition collective, axée sur la question du corps et de l’intimité, ont entre 27 et 40 ans), ouverte aux petites bourses. Autour de nous, les œuvres seront vendues entre 500 et 6 500 euros ; surtout, les deux jeunes femmes veulent développer une partie boutique, inspirée des musées. « Quand on va voir une exposition, on en revient souvent avec une carte postale, un cahier. Ici, les visiteurs pourront acheter des objets, des prints de nos artistes… »
Pour leur graphisme, elles ont fait appel à une toute jeune typographe, Yaprak Buse Çağlar, et jouent sur un rouge puissant, une couleur qui défient les codes habituels, sobres et stricts, du marché de l’art contemporain. Quant au nom, Alo, il a été choisi car c’est « un mot transparent dans toutes les langues », et qu’il marque la connexion (artistique plutôt que téléphonique !) entre le public et la galerie. Dans un marché en crise, il n’y a plus qu’à espérer que leur joyeux dynamisme rencontre un bel écho. Elles, en tout cas, restent optimistes : « On est jeunes, on a le temps d’essayer. »
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