Ils se sont lancés avec appétit dans le monde de l’art ! Innovantes, leurs galeries tentent de sortir des sentiers battus ; soit en travaillant à la redécouverte d’artistes femmes oubliées, soit en abattant les frontières entre art et design, ou encore en s’installant dans une petite commune de Moselle.
Leurs profils sont variés : artistes, historiens de l’art, ex-employés de grandes galeries. Ces jeunes pousses racontent un marché de l’art en mouvement, qui évolue avec son temps. Présentation de cette nouvelle garde, qui n’a rien à envier à ses aînés !
Laetitia Ferrer et Sébastien Borderie ont ouvert la galerie Prima à Paris, après 10 ans de collaboration
Courtesy Galerie Prima, Paris / © Lucas Trotouin
Laetitia Ferrer (39 ans) et Sébastien Borderie (34 ans) se sont rencontrés il y a une dizaine d’années ; collègues au sein de la galerie Les filles du calvaire, ils ont quitté le nid il y a environ un an pour prendre l’air… Ainsi se sont-ils décidés à ouvrir leur propre galerie. Tout est allé très vite, nous racontent-ils : « En juin, on s’est vu pour en parler, puis on s’est laissé l’été pour chercher et on a ouvert en octobre. »
La galerie Prima à Paris
Courtesy Galerie Prima, Paris / © Rebecca Fanuele
Le lieu ? L’ancienne boutique d’une marque de streetwear, en plein cœur de la rue Notre-Dame de Nazareth, un « hub de galeries plutôt jeunes », résument-ils. Leur nom, choisi « en ponçant le dictionnaire latin », parle de primeur, de « première exposition, première œuvre achetée ou même de primauté sur une série ». Soucieux d’accompagner au mieux les (jeunes) artistes, ils les conseillent, et veulent leur offrir « plus que des murs : des projets ». Un engagement déjà couronné de succès, puisque la galerie participera aux prochaines éditions d’Art Paris et Art Brussels.
Quentin Derouet et Pauline Pavec, co-fondateur et co-fondatrice de la Galerie Pauline Pavec, Paris
Courtesy Galerie Pauline Pavec, Paris / © Sarkis Torossian
Pauline Pavec n’avait que 22 ans lorsqu’elle a ouvert sa galerie, avec pour collaborateur son compagnon, l’artiste Quentin Derouet. Ensemble, ils travaillent depuis six ans à la « redécouverte d’artistes historiques » comme Jacques Prévert, dont l’œuvre graphique est actuellement célébrée au musée de Montmartre. Avec une préférence toutefois pour les artistes femmes comme Jacqueline Lamba ou Juliette Roche : « un choix qui me tenait à cœur en tant que jeune galeriste », affirme Pauline Pavec.
Vue de l’exposition « Les Déserteurs » à la galerie Pauline Pavec, Paris
Courtesy Galerie Pauline Pavec, Paris / © Sarkis Torossian
Méticuleuse, elle explique n’avoir dans son équipe que des diplômés de l’École du Louvre, avoir créé un centre de recherches au sein de la galerie et travaillé très volontiers avec des historiens de l’art, des conservateurs et même des sociologues, avec lesquels elle multiplie les publications. Installée depuis un an dans un hôtel particulier proche de la place des Vosges, la galerie crée aussi des dialogues avec la création contemporaine. Prochain rendez-vous ? Un duo entre la peintre Marie Bracquemond et la plasticienne Thu-Van Tran.
Nathan Chiche, directeur-fondateur de sa galerie installée à l’Ecole Jean Prouvé, Vantoux
© Studio Rémi Villaggi, Metz
À 24 ans, Nathan Chiche ne pouvait rêver mieux : il est le directeur-fondateur d’une galerie riche de 250 m2 d’espace d’exposition, installée dans une ancienne école primaire conçue par l’architecte Jean Prouvé. Canon ! Mais pas illogique… Car son histoire, c’est celle d’un enfant de la balle : « J’ai baigné dans l’art dès mon enfance puisque ma mère avait une galerie boulevard Saint-Germain, et ma grand-mère était experte en céramique. »
Vue extérieure de l’exposition « L’école des mondes » de Mircea Cantor présentée par la Galerie Nathan Chiche dans l’ancienne école Jean-Prouvé
Photo Rémi Villaggi_Metz
À 14 ans, il achète pour 40 euros une petite gouache lors d’une vente aux enchères. Rien de très précieux, jusqu’à ce qu’une expertise confirme qu’il s’agit en réalité d’une œuvre de Sonia Delaunay. « J’ai aimé ce côté redécouverte ! Puis, je m’en suis séparée pour pouvoir ouvrir ma galerie », en répondant à un appel d’offres de la mairie de Vantoux (Moselle), désireuse d’occuper son ancienne école. Depuis, il a exposé Jean-Pierre Raynaud et Mircea Cantor, « des amis », et se prépare à collaborer avec la galerie Lelong pour accueillir Barthélémy Toguo. « C’est un atout d’être jeune car on te tend le bâton, on veut t’aider, te faire confiance. »
Masha Novoselova et Bianca Lee Vasquez, artistes et fondatrices de la Sainte Anne Gallery, Paris
Courtesy Sainte Anne Gallery, Paris
Si on vous dit que, non loin de l’Opéra Garnier, une galerie expose des pièces en céramique dans lesquelles vivent des oiseaux, des chaises ornées de champignons ou encore des sculptures en marbre où poussent des fleurs, le croiriez-vous ? Désireuse de faire dialoguer l’art et le vivant, la Sainte Anne Galery s’emploie aussi depuis son ouverture en 2021 à décloisonner les frontières entre le design, les arts appliqués et les beaux-arts, et à mettre en avant des créatrices. Elle a été fondée par deux artistes, Masha Novoselova et Bianca Lee Vasquez, « sans aucune expérience commerciale », nous raconte cette dernière, mais animées par l’envie d’ouvrir un lieu d’art et de vie.
Vue de la Sainte Anne Gallery
Courtesy Sainte Anne Gallery
« On voulait que les visiteurs se sentent accueillis de manière chaleureuse, pas avec des lumières blanches trop fortes comme on en voit dans les galeries traditionnelles, pas avec cette énergie assez masculine que l’on retrouve souvent. » Elles ont ouvert leur galerie rue Sainte-Anne, en pleine période de Covid, dans une ancienne agence d’architecture, avec une « sculpture en savon de Berta Blanca T. Ivanow, que les gens touchaient pour se laver les mains »… Un premier rendez-vous révélateur de leurs préoccupations esthétiques, généreuses et sensuelles.
Paul William, fondateur de la MAÂT Gallery, Paris
Courtesy MAÂT Gallery, Paris / © Kevin Bago
Pour l’ouverture de Maât Gallery, Paul William avait envie d’aller vite, très vite. Il faut dire que le trentenaire n’en était pas tout à fait à son coup d’essai. « Déjà pendant mes études en droits des affaires, je travaillais dans une galerie le samedi dans le Marais, galerie qui m’a proposé lorsque j’avais 23 ans la direction de son nouvel espace. » À 25 ans, il prend son envol et crée la Nil Gallery avec un ami : « On a commencé avec un tout petit bureau de sept ou huit m2 boulevard Richard-Lenoir… Car on ne faisait que des salons ! » Il y a deux ans, il revend ses parts, et ouvre dans la foulée la Maât Gallery.
Vue de l’exposition de Delia Hamer « Fluye sin Cesar » à la MAÂT Gallery, Paris
Courtesy MAÂT Gallery, Paris
Il voit grand et choisit d’investir dans un élégant et vaste espace de 180 m2 au cœur du Marais, tout en continuant à multiplier les foires, y compris en Corée du Sud ou au Mexique. Un argument de taille, nous explique-t-il, pour séduire les artistes : « C’est une force d’aller trouver des endroits où ils n’ont pas encore été exposés. » Eux-mêmes viennent majoritairement d’ailleurs, notamment d’Afrique de l’Ouest et d’Amérique latine. Le fil rouge qui les réunit ? « Ce sont tous des coloristes à leur manière, qui prennent beaucoup de risque avec les couleurs… Mais ça paie ! » Ambitieux, Paul William est également manager d’artistes, et travaille à nouer des collaborations entre ses poulains et de grandes entreprises (Apple, Balmain). En ce moment, il prépare aussi le lancement d’un projet d’éditions limitées, qui entend « démocratiser l’accès aux grands artistes »… Entre marchand international et entrepreneur à la Française, Paul William dessine une trajectoire qui en dit long sur les mutations du métier de galeriste.
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