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Ces néo-galeries qui font souffler un vent de liberté sur l’art contemporain

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Publié le , mis à jour le
Qui n’a jamais ressenti un soupçon d’intimidation en poussant la porte d’une galerie d’art contemporain ? Concepts innovants, expositions dans des lieux insolites, rapports plus chaleureux avec le public… Une nouvelle garde de galeristes fait bouger les lignes du marché de l’art. Beaux Arts est allé à leur rencontre.
Vue de l’exposition « Bonjour tendresse » à la galerie Maestria Collection
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Vue de l’exposition « Bonjour tendresse » à la galerie Maestria Collection, 2022

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© Alice Mesguich

Léa Coussy et Lucie Marquand-Gairard, fondatrices de la galerie Maestria Collection
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Léa Coussy et Lucie Marquand-Gairard, fondatrices de la galerie Maestria Collection

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© Alice Mesguich

À peine a-t-on passé la porte qu’on s’y sent comme à la maison. Et pour cause, explique Léa Coussy, « c’est chez moi ! ». En 2020, alors que la pandémie a contraint les lieux culturels à garder portes closes, la jeune femme a cofondé, avec Lucie Marquand-Gairard, Maestria Collection, une galerie « d’un genre nouveau ». Pensé d’abord comme une galerie en ligne, le projet évolue rapidement : « quand j’ai pris cet appartement, ce n’était pas censé être un ‘appartement-galerie’, mais sa situation en plein Marais a fait que ça a tout de suite fonctionné, se souvient-elle. On y a organisé des vernissages et présenté deux collections. » Collections ? C’est le terme choisi par les jeunes femmes pour « expositions ». Et de préciser : « Notre idée est de créer des collections sur la durée, y compris pour des hôtels et des particuliers. L’idée est de réunir plusieurs médiums autour d’une thématique pensée et élaborée avec les artistes. » Exit l’appartement, qui fait maintenant office de bureau et de lieu de rendez-vous, désormais les jeunes femmes préfèrent se déployer hors les murs. L’été dernier, elles ont ainsi investi, avec le dessinateur Jacques Merle, l’orangerie d’un manoir situé à la lisière de la forêt de Barbizon… Et sont aujourd’hui en quête du lieu qui accueillera leur prochain événement.

À gauche : Vue extérieure de la galerie Hors-Cadre / À droite : Portrait de Manon Sailly, directrice de la galerie
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À gauche : Vue extérieure de la galerie Hors-Cadre / À droite : Portrait de Manon Sailly, directrice de la galerie

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© Grégory Copitet

« Avec la période Covid, il est certain que de nouveaux modèles ont éclos. »

Manon Sailly

« Galerie nomade », « project space », « plateforme curatoriale »… Difficile de mettre un nom générique sur ces initiatives qui fleurissent en marge des codes traditionnels de la galerie d’art contemporain. « Avec la période Covid, il est certain que de nouveaux modèles ont éclos », affirme Manon Sailly, à la tête de Hors-Cadre, une galerie nomade tournée vers la jeune création, fondée  en 2017 après plusieurs expériences dans de belles galeries parisiennes. Elle le reconnaît volontiers, le lieu est indissociable de l’identité d’une galerie, un peu comme une signature. Mais les structures nomades à l’image d’Hors-Cadre témoignent selon elle des usages de sa génération, plus connectée que jamais et qui a la bougeotte. « Ce qui a façonné l’idée de la galerie nomade, c’était l’envie d’être flexible, et surtout d’avoir la possibilité de bouger, non seulement à Paris, mais aussi en province ou à l’étranger. » Travailler avec de jeunes talents fait aussi clairement partie de l’ADN du projet. « Ils sont jeunes, ils ont envie de transmettre et ont eux aussi une approche assez décloisonnée. » Et tendent par là-même à toucher un public plus large que celui du cercle confidentiel des collectionneurs…

Vue de l’exposition collective « Garage Band » à la galerie Hatch
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Vue de l’exposition collective « Garage Band » à la galerie Hatch, 2022

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© Adrien Thibault

« Le mot plateforme correspond à l’idée de diversité et d’inclusion qu’on ne retrouve pas forcément avec le terme galerie, qui peut parfois faire peur. »

Margot de Rochebouët et Giovanna Traversa

Cette volonté d’inclusivité est aussi au cœur des préoccupations de Hatch, toute jeune « plateforme curatoriale » créée cette année par Margot de Rochebouët et Giovanna Traversa, et tournée également vers la jeune création. Alors qu’elles s’apprêtent à participer à Asia Now, où elles présenteront le travail de Kara Chin et Zohreh Zavareh, elles expliquent : « Le mot plateforme correspond à l’idée de diversité et d’inclusion qu’on ne retrouve pas forcément avec le terme galerie, qui peut parfois faire peur. Pour nous, c’est synonyme de dialogue. » Hyperactif, le duo a, entre mars et juillet dernier, organisé trois expositions collectives dans des lieux alternatifs, comme un ancien garage… En parallèle, elles accompagnent de jeunes artistes dans le processus de sélection à des prix et à des résidences en France ou à l’étranger.

Giovanna Traversa et Margot de Rochebouët, fondatrices de la galerie Hatch
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Giovanna Traversa et Margot de Rochebouët, fondatrices de la galerie Hatch, 2022

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Courtesy Gabriel Moraes Aquino et Joana Zimmermann

Pas de loyer exorbitant à payer chaque mois, une grande flexibilité, la possibilité de faire du sur-mesure en fonction des projets des artistes… Les avantages du nomadisme sont nombreux. Mais cette grande marge de manœuvre a aussi ses inconvénients. Pour Manon Sailly, la première contrainte est d’abord celui du coût de la location d’espaces pour une courte durée, qui s’ajoute à une fastidieuse période de recherches et de visites. « L’autre point est que ce modèle singulier ne peut pas participer à certaines foires ou bénéficier par exemple d’aides émanant du CNAP, car les critères de recevabilité nécessitent de disposer d’un lieu d’exposition permettant d’accueillir les œuvres, des artistes et le public de manière professionnelle et permanente » note la jeune femme, qui participe depuis deux ans à Art Paris. En 2023, Hors-Cadre deviendra « semi-nomade » et occupera la majeure partie de l’année un espace dans le 3e arrondissement, où Manon Sailly présente d’ailleurs actuellement le travail de Clara Rivault. Avant, peut-être, de finalement se sédentariser ?

Vue de l’exposition collective inaugurale « Grand Opening » de la galerie Superzoom et son fondateur Ferdinand Gros
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Vue de l’exposition collective inaugurale « Grand Opening » de la galerie Superzoom et son fondateur Ferdinand Gros, 2022

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© Cyrille Lallement

D’autres ont sauté le pas. À la tête de Superzoom, Ferdinand Gros a, lui aussi, d’abord opté pour le nomadisme, avant de s’installer tout récemment dans le Marais. Plus de problème de stock envahissant à gérer, tout est soigneusement rangé dans les réserves de son nouvel espace. Surtout, il peut désormais accueillir plus facilement les collectionneurs, et ce dans des conditions optimales. Lui aussi insiste sur l’expérience du visiteur, qu’il veut chaleureuse, en opposition au cadre impersonnel du white cube. Pour admirer les œuvres exposées, on entre d’abord par son bureau aux murs roses ! Canapé, platine vinyle… « C’est un lieu de vie », se réjouit celui qui accueille aussi des artistes en résidence dans une propriété familiale en Ardèche.

Vue de l’exposition « The Great Spaghettification » de Tanja Nis-Hansen à la galerie Sans Titre
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Vue de l’exposition « The Great Spaghettification » de Tanja Nis-Hansen à la galerie Sans Titre, 2022

Investir un lieu, c’est aussi gagner en crédibilité. Directrice de la galerie Sans Titre, un ancien project space itinérant, Marie Madec se souvient : « il y avait toute une catégorie de collectionneurs qu’on n’arrivait pas à atteindre, parce qu’ils considéraient que ce qu’on faisait, à relativement juste titre, était très ‘jeune’. Ne pas avoir d’espace physique n’était pas un gage de sérieux pour eux. » Après avoir investi un espace du 10e arrondissement, la galerie vient de déménager dans le Marais et peaufine les derniers préparatifs de sa participation à Paris+. Mais l’esprit de l’ancien project space, dont les premières expositions se sont déroulées dans l’appartement Marie Madec, avant d’investir des lieux insolites, demeure. « Beaucoup d’artistes qu’on représente sont des artistes avec qui on a commencé à travailler à ce moment là. On a aussi conservé quelque chose de l’ordre de la spontanéité dans les expositions qui sont présentées, un certain goût pour la domesticité… » D’un appartement à un garage désaffecté, en passant par un manoir bucolique ou un white cube plus traditionnel, une nouvelle génération de galeristes invente, innove, avec l’envie de toujours resserrer les liens entre les artistes et le public. Et l’on ne peut que s’en réjouir !

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