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Utagawa Yoshitsuya, Album d’estampes japonaises. Yorimitsu rencontrant Kintoki au mont Ashigarayama, 1858, Exposition universelle de Paris de 1867
Coll. Bibliothèque municipale de Rouen
Éblouis par le raffinement extrême des estampes, kimonos chatoyants, éventails, porcelaines et autres objets précieux en laque noire parsemés de papillons, pagodes et fleurs de cerisier en nacre, de nombreux artistes européens – dont des impressionnistes français et des représentants de l’Art nouveau – s’inspirent de l’art japonais durant le dernier quart du XIXe siècle. Une fascinante exposition retrace les origines de ce fameux « japonisme », véritable fièvre du Soleil-Levant, remontant des décennies d’échanges et de voyages en mer.
Médaillon représentant le peintre Pierre Mignard, d’après une gravure de « L’Europe illustre » de Dreux du Radier, fin du XVIIIe siècle
Cuivre, laque noir et or • Coll. Musée d’Histoire Naturelle, Lille • © Musée d’Histoire Naturelle de Lille / Philip Bernard
Le chemin ne fut pas des plus aisés, car à partir de 1603, les shoguns Tokugawa, installés à Edo, imposent au Japon un système féodal dominé par les samouraïs. Dès 1641, les missionnaires chrétiens portugais (puis finalement tous les étrangers) sont expulsés du pays que les Japonais, eux, n’ont plus le droit de quitter. Seuls les Chinois et les Hollandais – protestants opposés aux catholiques portugais – sont autorisés à commercer avec le Japon via leurs comptoirs de Deshima, îlot artificiel de la baie de Nagasaki. Ce verrouillage n’empêche pas tout échange, comme le montrent de surprenants médaillons en laque noire de la fin du XVIIIe siècle représentant des célébrités occidentales. Peints à l’or, ces portraits d’empereurs romains et d’hommes en perruque poudrée furent commandés par les Hollandais à des artisans japonais… qui les réalisèrent d’après les gravures d’un ouvrage français écrit par un intellectuel des Lumières : L’Europe illustre de Dreux du Radier !
Mais c’est au XIXe siècle à Paris, au Bazar Bonne-Nouvelle, que les Français ont droit à leur premier véritable aperçu de la culture nipponne. De 1840 à 1842, ce magasin où sont présentés des panoramas et des spectacles de magie expose une collection d’objets acquis en Chine par un négociant marseillais. Parmi les théières et les tortues en terre vernissée, un merveilleux palanquin miniature (sorte de chaise à porteurs abritant un petit passager en kimono noir et or) et un modèle réduit de maison japonaise avec panneaux peints, tatamis et cloisons de papier, font rêver.
Utagawa Kunisada I, Album d’estampes japonaises. Les acteurs de kabuki Bandô Kamezô et Sawamura Totsuben, 1862, Exposition universelle de Paris de 1867
Coll. Bibliothèque municipale de Rouen
Point d’orgue de la visite, une splendide série de peintures d’Hokusai et de son atelier, acquises en 1826 par un Hollandais puis léguées à la Bibliothèque nationale de France. Ces images colorées documentent la vie quotidienne du peuple japonais de l’époque : finement détaillés, de petits personnages pêchent du poisson, portent des marchandises, étendent des tissus teints, déchargent des pastèques, s’affairent dans une boutique de laques et de bougies, fabriquent des tuiles ou s’appliquent à peindre une lanterne géante.
Non signé, attribué à Hokusai, Peinture d’une lanterne à Kayabachô, vers 1823-1826
Lavis de couleur et encre sur papier japonais • Coll. & © BnF, Paris
Une peinture représentant la traversée d’un cours d’eau sous une pluie de flocons témoigne de l’influence de la perspective occidentale et de la peinture flamande chez Hokusai, qui inspirera quant à lui de nombreux peintres comme Monet, Van Gogh, Gauguin ou Sisley. Sirènes en apnée, ses pêcheuses d’ormeaux et de perles plongent dans des volutes de vagues stylisées annonçant l’Art nouveau et les illustrations du Danois Kay Nielsen (1886–1957) !
Nécessaire à pique-nique acquis par le baron de Chassiron au milieu du XIXe siècle, Époque Edo
Coll. Musées d’Art et d’Histoire de La Rochelle • © C. Chassé / MAHLR
En 1844, les signataires d’un traité commercial franco-chinois rapportent dans leurs malles des objets japonais, dont un précieux secrétaire noir incrusté de nacre aux reflets verts, roses et argentés, style qui inspirera les meubles du Second Empire, aux décorations multicolores sur fond noir. Un traité de commerce et d’amitié entre la France et le Japon signé en 1858 accélère les échanges : parmi les trouvailles du baron Chassiron (qui se ruine littéralement au bazar de Shimoda), un nécessaire à fumer l’opium moucheté de papillons, une boîte à pique-nique avec flacons de saké intégrés et des liasses d’estampes colorées. Acquises par le colonel Dupin, de superbes boîtes à documents en laque ornées de grappes de fleurs et de poissons en relief s’apprêtent à inspirer l’Art Nouveau.
James Tissot, Le Vase japonais, vers 1870
Huile sur toile • 61 × 89 cm • Coll. particulière • © Peter Nahum at The Leicester Galleries, London / Bridgeman Images
Envoyés à Paris en 1862 et 1864, les membres des ambassades japonaises font sensation avec leurs habits traditionnels et leur allure guerrière. Devant l’objectif d’un photographe français, ministres, ambassadeurs et hommes d’affaires nippons posent fièrement en kimono, de face et de profil, l’air grave, un katana à la ceinture, témoignant de la dernière génération de samouraïs avant leur abolition lors de la restauration Meiji en 1868. À Paris, l’exposition universelle de 1867, où le pays du Soleil-Levant déploie pavillons, armures, textiles et gravures, marque le début d’une ère d’ouverture : Monet et Van Gogh achèteront bientôt des centaines d’estampes, tandis que les peintres Tissot, Whistler, Moreau, Klimt, Gauguin (et bien d’autres) participeront à l’envol du japonisme…
À l’aube du japonisme. Premiers contacts entre la France et le Japon au XIXe siècle
Du 22 novembre 2017 au 20 janvier 2018
Maison de la culture du Japon à Paris • 101Bis Quai Branly • 75015 Paris
www.mcjp.fr
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