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Qui est Khalif Tahir Thompson, nouveau prodige de la peinture afro-américaine ?

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Publié le , mis à jour le
Il n’a même pas encore fini ses études qu’il est déjà montré un peu partout dans le monde. À l’occasion de son accrochage sur les murs de la galerie Zidoun-Bossuyt au Luxembourg et à l’approche de son exposition parisienne au printemps 2024, le peintre américain Khalif Tahir Thompson nous a reçu lors de son séjour en France pour nous raconter son art, qui fait revivre d’anciennes photos de famille. Portrait d’un artiste plus que prometteur.
Portrait de Khalif Tahir Thompson
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Portrait de Khalif Tahir Thompson

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© Zidoun-Bossuyt Gallery

Après Dubaï, Miami, Chicago, Khalif Tahir Thompson (né en 1995) sera pour la première fois à l’honneur d’une exposition en Europe au sein de la galerie Zidoun-Bossuyt, qui défend depuis sa création en 2007 les artistes afro-américains. « On a toujours considéré qu’il était anormal que les artistes américains soient ignorés, alors qu’ils avaient véritablement un message à faire passer », nous expliquait les cofondateurs Audrey Bossuyt et Nordine Zidoun il y a deux ans, lors d’une monographie consacrée à l’artiste Jeff Sonhouse. Aujourd’hui, place à la jeune pousse Khalif Tahir Thompson, actuellement en master au sein de la prestigieuse Université de Yale aux États-Unis, et déjà à la tête d’un formidable corpus de portraits et de vues d’intérieur de grands formats.

Khalif Tahir Thompson, À gauche : Alberta’s Visit. À droite : Vue d’exposition
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Khalif Tahir Thompson, À gauche : Alberta’s Visit. À droite : Vue d’exposition, 2023

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© Zidoun-Bossuyt Gallery

En ce lundi de septembre, c’est chez l’éditeur de livres d’art Skira que nous retrouvons l’artiste, alors qu’il prépare sa première monographie à paraître en novembre. « Le livre sera un grand voyage dans mon travail, qui court des quatre dernières années… à la semaine dernière », nous explique en riant l’artiste au style androgyne, dont l’allure éclectique joue de touches féminines et masculines. « Il est important pour moi de faire le bilan de mes premières années en tant qu’artiste émergent ». Au Luxembourg, la galerie montre quant à elle une quinzaine de ses œuvres : deux vues d’intérieur sans personnage, plusieurs portraits et scènes de vie, toutes datées de 2023.

De la photo de famille à la peinture grand format

À la base de sa pratique, il y a les albums de photographie de sa grand-mère. Autrement dit, des anonymes pour tout un chacun, mais qui peuvent être précieux aux yeux de l’artiste (on y verra notamment sa propre mère, en double dans un duo dansant de jumelles), ou lui être indifférents, telle cette amie de sa grand-mère qu’il n’a jamais rencontrée, mais qui lui a inspiré un portrait saisissant de justesse, hanté d’un regard vulnérable et habillée d’une robe rose, tout en tendresse. Né à Brooklyn, Khalif Tahir Thompson a très tôt montré un talent particulier pour l’art, se consacrant au dessin avant de découvrir la peinture, puis le collage à l’Université de Purchase dans l’État de New York. « Je suis depuis toujours intéressé par le portrait, notamment le portrait honorifique qui met en scène des rois, des reines, des puissants… Raconter la personnalité, la psychologie et l’humanité de quelqu’un dans une peinture me passionne. »

Khalif Tahir Thompson, Cherry Jubilee
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Khalif Tahir Thompson, Cherry Jubilee, 2023

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© Zidoun-Bossuyt Gallery

S’il choisit de travailler à partir de photographies d’archives, Khalif Tahir Thompson ne fait rien moins que s’en émanciper à chaque étape de travail. Déjà, en ajoutant de la couleur et de l’éclat à des images souvent ternes, vieillies, « afin de les faire entrer dans l’histoire de l’art ». Puis en opérant tout un travail sur la matière de l’image, ses peintures à l’huile étant constellées d’ajouts et de collages de morceaux de soie, de cuir, de papiers faits main, de papyrus, qui en complexifient la texture. Enfin, au terme de son processus de travail, l’artiste disperse par-ci, par-là des lettres et des nombres, qui forment comme un code indéchiffrable sur la toile. « J’aime le texte intégré à l’image, dans la lignée de ce qu’ont pu faire des artistes comme Kerry James Marshall ou Jasper Johns. Cela forme comme un dialogue intérieur à la peinture, pensé pour dérouter le regardeur. Aussi, cela donne du rythme, comme les collages. »

Coffee and Cigarettes
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Coffee and Cigarettes, 2023

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© Zidoun-Bossuyt Gallery

Privilégiant le grand format, l’artiste pense « bigger than life » nous dit-il, et entend « faire des œuvres monumentales à partir d’images personnelles » pour conférer à ces dernières une force nouvelle, ample, communicative. Khalif Tahir Thompson souhaite également participer à cet important mouvement d’artistes afro-américains qui conçoivent le portrait comme un genre indispensable pour faire (enfin) entendre les histoires des américains, dans un monde de l’art jusqu’ici dominé par les artistes et les modèles blancs. S’il multiplie aussi dans ses intérieurs domestiques les fenêtres, les miroirs et les œuvres encadrées (d’artistes afro-américains, tels que le génial Bob Thompson), c’est pour mieux ouvrir l’espace et le regard, intégrer les anciens et « créer des conversations » au sein même de l’œuvre… En somme, voir plus loin qu’une simple photographie oubliée au fond d’un album de famille.

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Khalif Tahir Thompson. Who Knows Where The Times Goes

Du 30 septembre 2023 au 11 novembre 2023

zidoun-bossuyt.com

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