Théodore Josef Herbert, Vue panoramique de Paris en 1588, depuis les toits du Louvre, avec le Pont-Neuf en construction
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris
Au milieu de Paris coule la Seine… Et sommeillent bien des trésors ! Le temps d’une exposition à la crypte archéologique de l’île de la Cité, les vestiges exhumés du lit du fleuve ou trouvés sur ses berges, nous racontent l’histoire de la capitale, strate après strate, de ses paysages à ses populations successives, des modes de vie aux croyances. Une enquête archéologique passionnante révélée en 150 trouvailles, faites souvent par hasard au fil des siècles, au gré de chantiers, d’opérations d’aménagements ou de sécurisation.
Commençons par la première couche, qui nous propulse à l’ère glaciaire où vivaient les mammouths il y a plus de 25 000 ans. En cette lointaine période, le lit de la Seine est très large et jalonné de bancs sableux. Ses berges, comme l’a mis au jour en 2020 à Clichy-la-Garenne une équipe de préhistoriens de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), sont peuplées de grands mammifères, des rennes, des chevaux, bisons et rhinocéros laineux.
Ensemble des outils en silex, retrouvés sur le site de Clichy-La-Garenne, octobre 2020, Paléolithique moyen
© Denis Glicksmann / Inrap
Sur ce même site, un groupe d’hommes et de femmes de Néandertal feront une halte pour tailler des outils en silex tranchants : sur les bords de la Seine, on chasse !
Dans l’Antiquité, on pêche aussi. Si on n’a conservé aucune installation antique sur les berges de Lutèce, l’exposition s’appuie sur un modèle de pêcherie qui existait dans le département de l’Aube, au Ier siècle de notre ère, pour illustrer les ingénieux systèmes de pièges (grandes nasses et harpons) qui permettaient aux ancêtres des Parisiens de se rassasier de gardons, d’anguilles, de perches, de brochets… La Seine, ce sont aussi des ports, lesquels, dès l’époque gallo-romaine, vont faciliter les échanges commerciaux.
Honneur au fleuve ! Les Gaulois jettent aux sources du fleuve des ex-voto en calcaire, une façon de prier ou de remercier pour un vœu exaucé. Puis, avec la romanisation de la Gaule, le culte de Sequana, déesse guérisseuse des sources de la Seine, se répand. L’eau est sacrée ! Une dizaine d’ex-voto retrouvés dans le sanctuaire antique dédié à Sequana témoignent des croyances et rituels.
Que nous cache la Seine ? Bien des mystères ! Au fil des siècles, les travaux de dragage et les différents chantiers d’aménagements mettent au jour tout un bric-à-brac d’objets aux origines et aux fonctions parfois mystérieuses. Ils ont été volés, volontairement cachés ici, ou encore perdus… Tous ces rebuts profitent au XIXe siècle aux chiffonniers dits « les ravageurs » de la Seine qui recyclent ou revendent ces découvertes de seconde main, des appliques en étain, des médailles métallique… Sachez que le plus souvent – et dès l’époque mérovingienne –, ce sont les armes qui finissent à l’eau.
à gauche : Statuette de chevalier ou de guerrier, alliage de plomb, Époque moderne
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Autrement plus fascinants sont ces petits cavaliers de plomb, atterris on ne sait comment dans le lit du fleuve. Des chevaliers qui sont collectionnés, en leur temps, par le sculpteur Alberto Giacometti ou le surréaliste André Breton, lequel les a étiquetés comme des « objets magiques ou maléfiques ». Grâce au travail de la brigade fluviale, créée avec l’Exposition universelle de 1900 par le préfet Lépine, les étonnantes collectes se poursuivent.
Mascaron retrouvé en novembre 2014 dans la Seine, au pied du Pont-Neuf, par les plongeurs de la brigade fluviale de Paris
© Brigade fluviale de Paris / DRAC d’Ile-de-France, Service régional de l’archéologie
L’imaginaire du fleuve n’en finit pas d’irriguer la création. La crypte archéologique de l’île de la Cité a ainsi convié dans son exposition des artistes contemporains inspirés par Sequana : Yan Tomaszewski dévoile sa sculpture « martyre » ayant servi lors d’une procession sur la Seine au cours de la Nuit Blanche 2023 ; tandis que, sous la voûte de la crypte, le duo Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ont accroché leur Time Capsules, une installation faite de carottages des sous-sols figés dans la résine. Symbole d’une histoire encore enfouie…
Dans la Seine – objets trouvés de la Préhistoire à nos jours
Crypte archéologique de l’île de la Cité
Du 31 janvier 2024
Adresse : 7 Parvis Notre Dame - Place Jean-Paul II • 75004 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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