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Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Discordances/Unconformities, 2017
Techniques mixtes • Dimensions variables • © Centre Pompidou, 2017 / Photo Audrey Laurans
Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, 2017
Courtesy Galerie In Situ — Fabienne Leclerc, Paris / © Jessica Forde
Ils se définissent avant tout comme des chercheurs. De l’installation à la photographie, en passant par la vidéo ou encore le cinéma, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, autodidactes nés en 1969, débutent dans la création suite à la guerre civile libanaise, dans les années 1990. Leur travail, teinté par leur destin personnel et leur activisme, restera à jamais marqué par cette expérience douloureuse. Pourtant, ils ne s’intéressent pas à proprement parler aux images de guerre : « Nous montrons ce que la guerre fait aux images ».
Aujourd’hui partagé entre Paris et Beyrouth, le couple s’attache, depuis bientôt quarante ans, à révéler la part cachée du monde, et ressuscite ce que les hommes seraient, à tort, tentés d’oublier ; car l’Histoire est parfois sans scrupules, gardant la trace de personnes et d’événements pour en laisser d’autres dans l’ombre. C’est donc dans ces interstices, là où la mémoire fait défaut, que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige s’immiscent. En 2013, ils s’ingénient ainsi, dans le film The Lebanese Rocket Society, à mettre en lumière la tentative de mise en place d’un programme spatial libanais dans les années 1960, au travers des rares archives exhumées par les artistes.
Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Wonder Beirut, 1997–2006
Projet à étapes multiples: 1: l’histoire d’un photographe pyromane / 2: cartes postales de guerre / 3: images latentes • DR
Hanté par le passé, le duo tente de rapiécer le fil décousu de l’histoire, versant parfois totalement dans la fiction pour combler les trous de la mémoire, comme dans le projet Wonder Beirut. À partir de 1997, le couple rassemble des cartes postales brûlées de la ville d’avant-guerre. Attribuées à un photographe pyromane imaginaire, elles sont le point de départ d’un corpus s’étalant sur dix ans. Latence, évocation, apparition, disparition, tels sont les thèmes qui régissent le travail de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige.
Leur dernier projet en date : Discordances/Unconformities, présenté pour le Prix Marcel Duchamp. Animé par une quête des origines, le duo a sorti de terre seize échantillons cylindriques telluriques qui témoignent de l’état successif des sols de Paris, Athènes et Beyrouth. Accompagnées d’une vidéo, ces « carottes » flottent dans l’espace d’exposition du Centre Pompidou tels des capsules temporelles ou des « totems », révélant l’hétérogénéité des sols et racontant l’histoire des déplacements humains, des constructions, des destructions, des civilisations déchues. L’empreinte cachée de l’Homme sur la surface terrestre.
Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, Vue de Discordances/Unconformities, 2017
Techniques mixtes • Dimensions variables • © Centre Pompidou, 2017 / Photo Audrey Laurans
Les deux artistes se plaisent souvent à laisser le visiteur interagir avec leurs œuvres. Dans Le Cercle de la Confusion (1997), celui-ci est invité à retirer l’un des trois mille fragments d’une photographie aérienne de Beyrouth. Au Centre Pompidou, avec Discordances/Unconformities, il ne pourra rien emporter avec lui mais sera en mesure de décrypter les gravats, rebuts de briques ou autres, picorant ici et là, sur les frises exposées, des informations sur la provenance potentielle de ces fragments cristallisés dans la résine.
Prix Marcel Duchamp 2017
Du 27 septembre 2017 au 8 janvier 2018
Centre Georges Pompidou • Place Georges Pompidou • 75004 Paris
www.centrepompidou.fr
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