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Musée Condé - Chantilly

Raphaël, un maître sur toute la ligne

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Publié le , mis à jour le
À l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Raphaël (1483 – 1520), le musée Condé au château de Chantilly présente une remarquable exposition de dessins de l’artiste, de ses maîtres et de ses élèves, et retrace trait pour trait le parcours du jeune maître – qui fût aussi le peintre préféré du duc d’Aumale, héritier du domaine de Chantilly. Plongée en images dans la Renaissance italienne, toute en grâce et en élégance.
Atelier du Pérugin, Buste d’homme
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Atelier du Pérugin, Buste d’homme, XVe - XVIe siècle

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Le Pérugin : un profil de mentor

Né à Urbin en 1483, Raffaello Sanzio, dit Raphaël, est le fils d’un peintre de cour renommé. Il fréquente donc très tôt des grands maîtres, issus de l’entourage paternel, et est lui-même nommé magistere à l’âge de 17 ans ! Si pendant longtemps les historiens ont cru que le jeune prodige s’était formé auprès du Pérugin (vers 1445 – 1523) à Florence, on sait aujourd’hui qu’il était en fait son collaborateur. Linéarité, préciosité du trait… On retrouve une forte influence de l’artiste et son atelier sur le jeune Raphaël, qui sera notamment marqué par cet élégant profil, qui l’inspirera pour le Mariage de la Vierge (1504).

Pierre noire sur contours en pointillé

Atelier de Bernardino Pinturicchio, Deux enfants debout, un enfant assis
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Atelier de Bernardino Pinturicchio, Deux enfants debout, un enfant assis, XVIe siècle

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Pinturicchio : petit peintre, grand talent

Son nom, qui vient de piccolo pintore, signifie « petit peintre » ! Pinturicchio était en effet de petite taille… et d’un grand talent ! Élève du Pérugin (qu’il assistera notamment pour le décor de la chapelle Sixtine), on lui doit aussi les décors de la Libreria Piccolomini à la cathédrale de Sienne. Il sollicite alors Raphaël, qui lui fournit des dessins et cartons. Le musée Condé présente pour l’exposition cette feuille sur laquelle sont dessinés à la plume deux charmants putti – terme désignant ces angelots dodus de la Renaissance –, tirant un char invisible sur lequel se tient un troisième chérubin, qui ne manquera pas d’inspirer notre jeune Raphaël.

Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc et de rose.

Raphaël, Deux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance en présence de six autres enfants nus
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Raphaël, Deux enfants nus montés sur des sangliers et jouant à la lance en présence de six autres enfants nus, XVIe siècle

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Joute d’influences

La scène fait sourire ! Deux enfants bien en chair montés sur des sangliers, se livrent à une étrange joute, entourés de six autres bébés. Cet imposant carton fragmenté apparaît comme une synthèse des influences de Raphaël : les putti évoquent autant ceux du Pinturicchio que du Pérugin, et les sangliers les gravures au burin d’Albrecht Dürer ! En haut à droite, on distingue des petits petons sur un piédestal, qui indiquent que ce carton piqué était en réalité bien plus important, sans doute destiné à un décor architectural de grande envergure.

Pierre noire, traces de stylet, contours piqués pour le transfert. Deux fragments d’un carton fait de douze feuillets de papier assemblés, découpés irrégulièrement.

Raphaël, La Vierge assise avec l’Enfant et le petit saint Jean, dans un paysage
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Raphaël, La Vierge assise avec l’Enfant et le petit saint Jean, dans un paysage, XVIe siècle

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Traits divins

En 1504, Raphaël se rend à Florence, où il s’imprègne de l’art de son temps et en particulier des travaux de Léonard de Vinci (1452 – 1519) et de Michel-Ange (1475 – 1564). Dans le cœur en fusion de la Renaissance, l’artiste y assoit également son style et ses spécialités, comme ses célèbres Madones. Réalisée à la fin de son séjour florentin, cette Vierge est issue d’une longue série de dessins préparatoires à la Belle Jardinière (1505–1508), aujourd’hui conservée au Louvre. C’est assurément grâce à ce long travail en amont qu’il doit le caractère prétendument « divin » de ses toiles.

Plume et encre brune, traces de stylet

Raphaël, Madone d’humilité, couronnée par deux anges volant et entourée par six autres anges
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Raphaël, Madone d’humilité, couronnée par deux anges volant et entourée par six autres anges, 1500 - 1510

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Un virtuose de la technique

Assise à même le sol et non sur un trône, cette vierge est dite Madone d’humilité. Pour ce dessin préparatoire à une toile aujourd’hui disparue (mais dont il existe deux copies), Raphaël travaille la lumière grâce à un lavis brun. Cette technique complexe consiste à révéler les nuances et les contrastes d’un dessin en diluant et en étalant une couleur (ici, du marron) sur le papier. La jambe de la vierge, qui est légèrement repliée, rappelle celle de la Sainte-Anne (1503 – 1519) de Léonard de Vinci, que Raphaël a fréquenté à Rome.

Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc, tracé préparatoire à la pierre noire. Mis au carreau à la pierre noire traits d’encadrement à droite et à gauche incisé au stylet et partiellement repassés à la plume et encre brune. Traces de pierre noire au verso.

Raphaël, Étude pour la Dispute du Saint Sacrement : vingt clercs et ecclésiastiques discutant
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Raphaël, Étude pour la Dispute du Saint Sacrement : vingt clercs et ecclésiastiques discutant, XVIe siècle

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Raphaël au Vatican

Deux groupes d’ecclésiastiques se font face – parmi lesquels on distingue saint Jérôme (le vieil homme à la barbe blanche et tête levée, à droite) et Dante (debout, au centre) – et débattent de l’Eucharistie. Ce lavis est la feuille préparatoire d’une des premières commandes de Raphaël à Rome : une fresque destinée à orner le studiolo du pape Jules II au Vatican. Le subtil travail de la lumière, tout comme l’expression des visages, rend ici hommage à Léonard de Vinci, et notamment à L’Adoration des mages (1594).

Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc. Mise au carreau à la pierre noire (0,022 de côté), sur papier brun ; traits d’encadrement à la plume et encre brune. Bords supérieur et inférieur découpés irrégulièrement et complétés. Annotation à la pierre noire, en bas vers la droite : Raffal d’urbino.

Raphaël, Homme à demi drapé, de trois quarts vers la droite, portant un fardeau
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Raphaël, Homme à demi drapé, de trois quarts vers la droite, portant un fardeau, XVIe siècle

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Traits sanguins

Lors de son séjour à Rome, Raphaël a de plus en plus recours à la sanguine, qui lui permet de travailler avec plus de précision les modelés et d’appuyer les contours. Preuve en est avec cette feuille préparatoire représentant Homme à demi drapé, portant un fardeau pour le décor de la chambre de l’Incendie du Bourg au Vatican, commandée à l’artiste par le pape Léon X, successeur de Jules II. La silhouette sculpturale de ce porteur rappelle aisément Michel-Ange, à qui l’on doit le plafond de la chapelle Sixtine.

Sanguine, lavis de sanguine. Papier filigrané.

Perino del Vaga, Projet de décor avec quatre lunettes
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Perino del Vaga, Projet de décor avec quatre lunettes, XVIe siècle

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Splendeurs grotesques

Grotesque, vous avez dit grotesque ? Ce style ornemental connaît son avènement au début du XVIe siècle, suite à la découverte, dans ce que l’on pensait être une grotte, de la Domus Aurea (« maison dorée ») de Néron. Les ornements graciles et représentations de scènes mythologiques très travaillées de celle-ci inspireront Raphaël et ses élèves, parmi lesquels Perin del Vaga. Formé auprès de Domenico Ghirlandaio, celui-ci rejoint l’atelier de Raphaël à Rome vers 1516–1517. Le sac de la ville, en 1527, le pousse à s’exiler à Gênes, où il se met au service d’Andrea Doria, puissant « censeur perpétuel » de la cité. Celui-ci lui confie la décoration de sa villa à Fassolo, le palazzo Doria, pour laquelle Del Vaga réalise ce dessin préparatoire, dont les courbes et arabesques sont tout à fait représentatives du style grotesque.

Musée Condé

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Raphaël à Chantilly. Le maître et ses élèves

Du 7 mars 2020 au 30 août 2020

www.domainedechantilly.com

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