Vue de l’exposition « Sentience, écouter le parfum de la couleur » à l’Abbaye de Maubuisson
Conseil départemental du 95 / Photo Catherine Brossais
Laissez-vous guider par le bout du nez… C’est de cette manière inédite qu’on traverse, tous les sens en éveil, l’exposition de l’été présentée à l’abbaye de Maubuisson, une église cistercienne dont les fondations remontent au XIIIe siècle, dans le Val-d’Oise.
Il s’agit ici de réveiller votre « sentience » ! Le titre de l’expo emprunte à ce concept (du latin sentiens, « ressentant »), nouvellement entré dans le dictionnaire, pour décrire la « capacité à ressentir les émotions, la douleur, le bien-être, etc., et à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie. » Tout au long de la visite, des pièces historiques, réunies grâce aux prêts du musée archéologique du Val-d’Oise et du musée François-Tillequin de la Faculté de pharmacie de Paris, dialoguent avec des œuvres d’art contemporain. Plusieurs d’entre elles ont été spécialement imaginées pour l’occasion, touchant à des horizons aussi divers que la parfumerie, la céramique ou l’architecture.
Marie Amar, Pneuma, 2023
Vidéo • 3 minutes • Coll. particulière • Courtesy Abbaye de Maubuisson / © Marie Amar
Écoutons donc « le parfum de la couleur », comme nous y invitent les commissaires de l’exposition Marie Ménestrier et Sumiko Oé-Gottini. Ces dernières ont convié Daniel Pescio, lequel explore des associations olfactives inédites mariant les traditions du kōdō japonais et les parfums occidentaux, et donne à sentir, selon un calendrier bien huilé, l’installation Sphère du temps où brûlent ses encens. Voisinant une armoire d’apothicaire médiévale et les plantes qui respirent dans une vidéo (Pneuma) de la photographe Marie Amar (née en 1962) ; dès l’entrée, on se laisse happer par cette thérapie muséale.
Cette connexion sensorielle continue en pleine nature. En chemin, on croise Daniela Busarello qui a transformé des matières glanées sur le site de l’abbaye, où poussait jadis un jardin des simples. Réduits en pigments, ils ont servi à peindre de grands paysages abstraits odorants, tels des orgues de parfumeur faits de boue, de pollen…
À gauche, détail de l’œuvre « torna te aquilo que és » de Daniela Busarello (2023). À droite, « Attendu/tendue » de Julie C. Fortier (2022)
Courtesy Abbaye de Maubuisson / © Daniela Busarello © Julie C. Fortier
Autrement inspirée, Julie C. Fortier (née en 1973) invite le visiteur à fouler son grand tapis de laine coloré et parfumé. On perçoit aussitôt : d’un côté la terre, le foin, l’herbe coupée ; de l’autre la mer et son odeur iodée. L’artiste d’origine canadienne a aussi suspendu un chemin de voiles de soie teintée avec un jus végétal dont elle seule a le secret, aux nuances du rose au rouge. Soulevés par l’air à notre passage, on y décèle comme un bouquet de ronces, de framboises…
Morgan Courtois, JOY, 2023
Céramique émaillée • Dimensions variables • Coll. particulière • © Morgan Courtois Adagp, Paris 2024 / Conseil départemental du 95 / Photo Aurélien Mole
Un parfum est un patrimoine fragile. Pour ne pas voir s’évaporer celui de la xatardie, une fleur endémique des Pyrénées en voie de disparition, le duo Berdaguer & Péjus (nés en 1968 et 1969) a imaginé plusieurs protocoles pour la conserver sous plusieurs formes (imprimée en 3D, en cire dans une bougie…).
L’odeur, c’est aussi sentir le mauvais. Narines sensibles, gardez-vous de vous approcher de trop près des installations aux relents d’urine de Morgan Courtois (né en 1988) qui achèvent ce parcours. Sensations jusqu’au bout !
Sentience
Jusqu’au 1 septembre 2024
Abbaye de Maubuisson • Avenue Richard de Tour • 95310 Saint-Ouen-l'Aumône
www.valdoise.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique