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Centre Pompidou

Saul Steinberg, extravagant roi des dessinateurs new-yorkais

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Artiste hors normes, génie du dessin de presse, Saul Steinberg a officié 60 ans au New Yorker à qui il a offert quelques-unes de ses couvertures les plus fameuses. À Paris, deux expositions, au Centre Pompidou et à la galerie Maeght, donnent à voir toute l’ampleur de son œuvre prolifique et surtout inclassable. Jubilatoire !
Saul Steinberg, Feuille d’album
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Saul Steinberg, Feuille d’album, 1971

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Huile sur toile • 78 x 108 cm • © Maeght 2021 - Image non contractuelle - Document de travail

Portrait de Saul Steinberg
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Portrait de Saul Steinberg

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© Archives Galerie Maeght

Il se qualifiait lui-même « d’écrivain qui dessine » et son existence, c’est vrai, est digne d’un roman. Car se plonger dans l’œuvre de Saul Steinberg (1914–1999), c’est aussi s’immerger dans l’histoire de XXe siècle. De son travail, on connaît surtout ses illustrations pour le célèbre magazine américain New Yorker avec lequel il a collaboré durant 60 ans, mais son œuvre prolifique ne saurait être réduite à ce (long) chapitre de sa vie. C’est en tout cas ce que démontre l’exposition qui lui est dédiée au Centre Pompidou et celle qui se tient conjointement à la galerie Maeght. Illustrateur, graphiste, scénographe, calligraphe, dessinateur de mode, de publicité et même muraliste, Saul Steinberg a tutoyé à peu près tous les mondes de la création, et bien d’autres encore !

De sa jeunesse marquée par l’exil, il gardera cette curiosité infinie pour les hommes, leurs trajectoires, leurs langues… Et, aussi, une folle capacité à rire de ses propres malheurs. Né en Roumanie en 1914, il fuit son pays natal face à la montée de l’antisémitisme. Steinberg s’installe alors en Italie, où il suit des études d’architecture et publie des dessins satiriques dans la revue antifasciste Bertoldo. En 1940, ses premières illustrations paraissent dans les pages d’Harper’s Bazar et LIFE. Dépourvu de visa étudiant, considéré comme « Juif étranger » par l’Italie de Mussolini, il tente une première fois de fuir. Interné dans un camp des Abruzzes, Saul Steinberg obtiendra un visa pour la République dominicaine et gagnera finalement les États-Unis.

Saul Steinberg, [Paysage]
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Saul Steinberg, [Paysage], 1969

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© The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021. Photo © François Fernandez

Saul fréquente Alexander Calder, Pablo Picasso ou encore Le Corbusier.

La réception de son travail outre Atlantique est enthousiaste. Dès 1942, il participe à deux expositions au Metropolitan Museum et côtoie, par l’intermédiaire de son épouse Hedda Sterne, artiste roumaine proche des expressionnistes new-yorkais, le vivier des avant-gardes artistiques. Saul fréquente aussi Alexander Calder, Pablo Picasso ou encore Le Corbusier. L’architecte ne tarit d’ailleurs pas d’éloges envers le dessinateur, à qui il écrit « vous dessinez comme un roi ». Steinberg rencontre également les photographes Henri Cartier-Bresson, Walker Evans ou encore Inge Morath. Avec cette dernière, il immortalise sur la pellicule, à la fin des années 1950, sa série des masques, soit de drôles de visages dessinés sur de simples sacs en papier, portés comme des couvre-chefs.

Saul Steinberg, Art viewers, détail
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Saul Steinberg, Art viewers, détail, 1966

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Impression sur toile de lin et papier avec rehauts au crayon de couleur • Dimensions variables • Coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Don de la Saul Steinberg Foundation, New York • © The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021

« Je crois qu’aucun autre artiste n’a su comme lui ou n’a réussi comme lui à faire de la caricature un langage et une critique métaphysiques. »

Eugène Ionesco

Son trait léger et poétique lui permet de prendre une distance toujours amusée avec son sujet. Dans la banalité du quotidien, Steinberg saisit une réalité souvent plus complexe qu’il n’y paraît, à l’image de ses paysages au coucher du soleil, a priori classiques, que Steinberg rehausse de coups de « rubber stamp » (tampons de caoutchouc) et d’écritures, comme pour mieux montrer combien notre perception de la nature est façonnée par les codes de la peinture de paysage. Ses œuvres sur papier (qui mêlent dessins à l’encre et à la mine graphite, aquarelle, crayons de couleur ou encore gouache) renvoient souvent à son passé de jeune étudiant en architecture. La ville, en particulier New York, l’obsèdera tout au long de sa carrière.

Saul Steinberg, Sans titre
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Saul Steinberg, Sans titre, 1974

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Mine graphite et crayon de couleur sur papiers assemblés • 52,7 × 35 cm • Coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Don de la Saul Steinberg Foundation à la Centre Pompidou Foundation • © The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021. Photo © Centre Pompidou, MNAM- CCI/Audrey Laurans/Dist. RMN-GP

Avec Steinberg, l’histoire de l’art se mue en formidable matière à créer. L’artiste y puise des codes visuels qu’il détourne à l’envi, ressuscitant ici une ligne cubiste, là une couleur fauviste, un motif de Stijl ou encore une silhouette renaissance. Saul imite, pastiche, s’amuse et notre œil jubile avec lui, décodant un vaste univers de références teinté d’absurde. Grand maître en la matière, son compatriote et ami Eugène Ionesco disait : « Je crois qu’aucun autre artiste n’a su comme lui ou n’a réussi comme lui à faire de la caricature un langage et une critique métaphysiques. »

Saul Steinberg, Sans titre
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Saul Steinberg, Sans titre, 1966

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Encre de Chine sur papier • 37 × 61,5 cm • © The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021. Photo © Centre Pompidou, MNAM- CCI/Audrey Laurans • © The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021. Photo © Centre Pompidou, MNAM- CCI/Audrey Laurans

Bien souvent, la ligne du dessin se mêle à celle de l’écriture. Saul Steinberg est l’inventeur d’une calligraphie singulière, volontairement illisible. Arabesques et entrelacs forment un récit personnel impénétrable et pourtant curieusement universel. Là encore, le pastiche et le jeu ne sont jamais loin, comme lorsqu’il réalise pour ses amis de faux diplômes et attestations qu’il couvre de signatures extravagantes. La ligne, le mot, la couleur mais aussi l’humour, le mouvement… L’œuvre inclassable et irrésistible de Saul Steinberg nous embarque dans un formidable tourbillon de formes et de signes. Plus de vingt ans après sa disparition, on ne peut s’empêcher d’imaginer l’artiste encore attablé face à une feuille blanche, prêt à faire jaillir un grand trait. De buildings en arabesques, libre et joyeux, il s’échappe du cadre. Et notre esprit avec lui !

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Saul Steinberg. Entre les lignes

Du 29 septembre 2021 au 28 février 2022

www.centrepompidou.fr

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Saul Steinberg

Du 30 septembre 2021 au 4 décembre 2021

www.maeght.com

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