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CAPC – Bordeaux

Sous le ciel de Samara Scott

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Publié le , mis à jour le
S’emparer de la nef du CAPC n’est pas chose aisée. L’espace immense, chargé d’histoire coloniale, est marqué par de grands noms de l’art venus y déployer des œuvres monumentales… Samara Scott, jeune artiste anglaise, relève le défi avec brio ! En tendant un faux plafond de 1000 mètres carrés entre le rez-de-chaussée et le premier étage, elle bouleverse radicalement l’ensemble du musée. Et montre autant la beauté acide d’objets communs qu’un certain état du monde. À découvrir dès le 15 décembre !
Samara Scott, Vue de l’installation, “The Doldrums”
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Samara Scott, Vue de l’installation, “The Doldrums”, 2020

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CAPC, Musée d'art contemporain de Bordeaux • © Arthur Péquin

« Nous avions l’habitude de voir les gens et d’observer leurs réactions depuis le premier étage. » Alice Motard, commissaire en chef du CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux, le reconnaît en souriant : Samara Scott (née en 1985), a complètement « changé les usages de l’espace », en coupant la vue plongeante qu’offraient les coursives de l’étage sur la nef. Pour ce faire, elle a tendu de longs filets opaques et très solides, récoltés dans une entreprise d’échafaudages, au-dessus du rez-de-chaussée.

Samara Scott, Détails de l’installation « The Doldrums »
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Samara Scott, Détails de l’installation « The Doldrums », 2020

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CAPC, Musée d’art contemporain de Bordeaux • ©Arthur Péquin

Mais lorsqu’on est en dessous, mystère : à quoi correspondent ces formes colorées qui animent les filets, jamais les mêmes, dont on perçoit vaguement le volume et les ombres ? Sont-ce des formes peintes, des installations ? À l’étage, réponse : ce sont tout simplement des dizaines d’objets sans valeur répartis sur les bâches. Des cigarettes, des frites, des parasols, des vêtements, des pizzas, des morceaux de carton, des lasagnes sèches, des bandes de tissu, des coques de cacahuètes…

Jusqu’au dernier moment, jusqu’au vernissage même, l’artiste a complété cette vaste fresque en ajoutant ceci ou cela. « C’est quelqu’un de boulimique », souligne Alice Motard, mais également d’extrêmement précis, contrairement à ce que pourrait laisser penser ce vaste désordre. Les filets ont été tendus un à un ; perchée sur une nacelle, Samara Scott les a recouverts d’objets selon une logique instinctive, mais impérieuse, avant qu’ils ne soient cousus entre eux. L’artiste n’a donc pas jeté ces « rebuts » depuis les coursives, mais les a patiemment répartis sur les grands voiles petit à petit assemblés, comme une « princesse au petit pois », avoue-t-elle elle-même, à la « précision obsessionnelle ».

Samara Scott, Vue de l’installation « The Doldrums »
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Samara Scott, Vue de l’installation « The Doldrums », 2020

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CAPC, Musée d’art contemporain de Bordeaux • ©Arthur Péquin

« C’est aussi une métaphore de la peau, des tripes, des entrailles, puisque d’en haut on voit tout ce qu’il y a derrière. »

Alice Motard

Leur provenance ? Bordeaux et sa région. Récoltés par l’équipe du musée, les emballages et produits bruts issus de l’agroalimentaire ont été ensuite triés et sélectionnés par l’artiste. Nous avons ici le « portrait d’une ville, de ce qu’elle produit comme déchets », comme l’explique Alice Motard, qui a découvert le projet dans une première version au Tramway de Glasgow en 2018. De fait, on pense à ces objets épars jetés par les automobilistes sur les bords du périphérique : toutes sortes de saletés, d’objets brisés, de paquets éventrés, qui racontent à leur façon la vie d’une métropole contemporaine, indifférenciée. « C’est aussi une métaphore de la peau, des tripes, des entrailles, puisque d’en haut on voit tout ce qu’il y a derrière. »

Samara Scott s’intéresse toujours de près au contexte. Au CAPC, où étaient autrefois stockées les denrées venues des colonies, elle a voulu défier cet « espace perçu comme autoritaire, masculiniste ». Avec des voiles, des effets de transparence, de couleurs acidulées, cette installation gigantesque a quelque chose, nous glisse la commissaire, de « sexy », qui nous parle de chair, de gourmandise gloutonne, de corps qui digère. « Il y a une ambiguïté entre le sublime et le sordide. »

Samara Scott, Détails de l’installation “The Doldrums”
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Samara Scott, Détails de l’installation “The Doldrums”, 2020

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CAPC, Musée d'art contemporain de Bordeaux • ©Arthur Péquin

Née à Londres, vivant à Douvres, diplômée du Camberwell College of Arts en 2008 et du Royal College of Art en 2011, Samara Scott a grandi dans un monde global en plein désastre écologique, dont on perçoit très fortement l’influence sur sa pratique. Mais devant cette œuvre qui évoque le « septième continent de plastique », la commissaire nuance : « tout ce qu’elle fait est politique, mais elle ne le formulera jamais en ces termes. » Représentée par la galerie The Sunday Painter à Londres et peu exposée en France, l’artiste a collaboré en 2018 avec la maison Thierry Mugler à des trench-coats en PVC empli de substances de produits de beauté. Au CAPC, elle rejoue la carte de la collaboration à l’occasion de Palacon, une performance menée par The Dirty Art Foundation qui se tiendra en huis-clos, confinement oblige, du 7 au 11 décembre. L’idée ? De jeunes diplômés du Dirty Art Department du Sandberg Instituut d’Amsterdam déploieront une sculpture performative à base d’oignons. Un film restituera ce projet « parasite », qui sublime encore une fois un matériau ultra-commun pour parler du monde, d’union et de communion – dans des odeurs d’épluchures.

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Samara Scott - The Doldrums

Du 18 septembre 2020 au 23 mai 2021

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