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Au Wiels de Bruxelles, la planète brûle et les imaginaires s’embrasent

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Publié le , mis à jour le
Avec « Réalisme magique : imaginer la nature en dés/ordre », le Wiels de Bruxelles réunit une trentaine d’artistes contemporains pour comprendre quels récits restent possibles dans un monde en train de s’effondrer. Une grande fresque où l’éco-anxiété s’estompe face à la puissance du collectif et du soin.
 Exposition “Réalisme magique : imaginer la nature en dés/ordre” au Wiels de Bruxelles
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 Exposition “Réalisme magique : imaginer la nature en dés/ordre” au Wiels de Bruxelles

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© Eline Willaert

« Le titre, ‘Réalisme magique’, part moins du mouvement littéraire et artistique, même si on y fait allusion inévitablement, que de la volonté d’allier deux termes très opposés dans l’histoire de la modernité occidentale et globalisée », précise d’emblée la curatrice Sofia Dati, qui assure le commissariat de cette exposition d’envergure aux côtés de Helena Kritis, curatrice en chef, et Dirk Snauwaert, directeur du Wiels.

La porosité entre magie et réalité, dans un contexte de crise climatique, nous inviterait « à considérer différemment notre rapport au monde et aux environnements naturels ». Du fin fond du cosmos aux forêts urbaines, des laboratoires aux rivières, les univers d’une trentaine d’artistes, dont Marisa Merz et Cecilia Vicuña, investissent les salles de l’ancienne brasserie Wielemans transformée en centre d’art contemporain en 2007.

Les traces du futur

Un paysage brûlé et stérile, fracturé par un arbre mort : en préambule, l’artiste nigériane basée à Anvers Otobong Nkanga (née en 1974) nous projette dans une époque terriblement réaliste, où l’extractivisme aurait épuisé la terre. Pourtant, la vie résiste au sein de bulles de verre reliées les unes aux autres. Ces écosystèmes de plantes, mousses et champignons continueront de se développer le temps de l’exposition, en symboles de résilience.

Otobong Nkanga, Alignment
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Otobong Nkanga, Alignment, 2022

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Coll. Kröller-Müller Museum, Otterlo, Netherlands • © Marjon Gemmeke

« Dans un scénario de fin du monde, quelle pourrait être la dernière sculpture avant l’extinction de l’imagination ? C’est la question qui est à la base de ce travail », confie la curatrice devant l’imposante installation de l’Argentin Adrián Villar Rojas (né en 1980).

 Exposition « Réalisme magique : imaginer la nature en dés/ordre » au Wiels de Bruxelles
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 Exposition « Réalisme magique : imaginer la nature en dés/ordre » au Wiels de Bruxelles

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© Eline Willaert

Sous la lumière clinique des néons, on peut méticuleusement observer les détails de cette sculpture cinématographique, où les machines fusionnent avec le métal et la matière organique. Issue de la série « The End of Imagination », à la croisée de l’artisanat et de l’IA, elle a été co-conçue avec un système informatique qui génère des mondes virtuels.

Hybridation entre nature et high-tech

Les chants d’oiseaux, qu’on entend plus loin dans l’exposition, pourraient nous emmener vers une nature idyllique. Enregistrés par l’artiste belge Edith Dekyndt (née en 1960), ils proviennent en réalité des abords de sites industriels, où les volatiles reproduisent le bruit des machines et des nuisances sonores générées par les humains. L’artiste présente aussi Animal Methods [part. 2, Fogo Island] (2024) – une vidéo dans laquelle des mues de serpent volent au vent, en prolongement d’un bras humain –, ainsi que des exemplaires de bois flottés sculptés par la mer complétés par des prothèses imprimées en 3D. Une hybridation entre nature et high-tech sublimée par la présence au sol d’un bois pétrifié vieux de 55 millions d’années.

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© Eline Willaert

Cette alliance entre nature et technologie fait également partie des recherches d’Ann Veronica Janssens (née en 1956), qui expose de séduisants panneaux irisés composés de couleurs structurelles. À la manière des ailes de papillons, ces couleurs ne proviennent pas de pigments mais de la façon dont la lumière interagit avec leur structure microscopique. L’artiste belge a travaillé avec la chimiste María Boto Ordoñez pour donner vie à cette impressionnante simulation de la nature.

La célébration de la résilience et du soin

Cecilia Vicuña, Angel de la Menstruación
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Cecilia Vicuña, Angel de la Menstruación, 1973

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Huile sur toile • Collection privée • © Cecilia Vicuña 2024

Ici, l’artiste permacultrice Suzanne Husky (née en 1975) tisse tout en délicatesse des propositions de collaborations entre humains et non-humains pour régénérer le vivant. Là, l’artiste et activiste chilienne Cecilia Vicuña (née en 1948) célèbre les savoirs indigènes face aux questions environnementales et sociales contemporaines. Avec sa poétique huile sur toile Ángel de la Menstruación (1973), elle honore la connexion entre la Pachamama, la Terre-Mère nourricière, et le cycle menstruel des femmes.

Dans cette grande hétérogénéité de récits, Sofia Dati souligne l’importance du recours « à des univers qu’on pourrait apparenter au réalisme magique, à l’intrusion d’éléments plus invisibles […] de fictions spéculatives comme des outils nécessaires pour commencer à concevoir autrement notre rapport à la planète et notre rapport les un·e·s aux autres ».

Chez Gaëlle Choisne (née en 1985), cela se manifeste à grande échelle. Dans Safe space for a passing History_What is love? (1–6), la lauréate du prix Marcel Duchamp 2024 déploie des portraits de personnes noires générés par le logiciel « This Person Does Not Exist » et projeté dans un vortex cosmique. « C’est une manière pour l’artiste de raconter comment les corps noirs ont été historiquement vidés de la possibilité d’avoir et d’exprimer une subjectivité, comment on en a fait des représentations génériques », indique la curatrice.

Fidèle à sa technique de scrap painting, l’artiste afro-descendante enrichit ses portraits de petits objets trouvés aux puces de Bruxelles, de photos découpées dans des magazines, d’inscriptions, de chiffres. Une écriture dite talismanique, convocation de forces invisibles qui viennent soigner, « célébrer, et donner de nouveaux chemins d’existence à ces images, d’où ces portails cosmiques qui mènent vers des ailleurs », analyse Sofia Dati.

Exposition « Réalisme magique : imaginer la nature en dés/ordre » au Wiels de Bruxelles
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© Eline Willaert

Cet espace de guérison poétique, on le retrouve aussi dans l’œuvre de Minia Biabiany (née en 1988). Avec Dlo a rasin [l’eau des racines] (2025), l’artiste guadeloupéenne explore les blessures de la terre, de l’eau et des corps contaminés au chlordécone, à travers un ensemble minimaliste de racines carbonisées. Mais elle invoque également des plantes médicinales endémiques, traditionnellement utilisées pour lutter contre les poisons. Au cœur de son installation, elle dresse un gigantesque potomitan en terre, pilier central des espaces domestiques et temples afro-caribéens, et désignant aussi la mère. Ce dialogue entre dessins de plantes thérapeutiques et potomitan rend hommage à la résilience et à la vie qui continue malgré l’empoisonnement.

Finalement, cette profusion de discours complémentaires et contradictoires, tout comme le pari de les articuler ensemble, racontent combien le dérèglement climatique et ses conséquences pèsent sur notre inconscient. Une perte de repères fertile, entre dystopie et utopie.

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Réalisme magique : Imaginer la nature en dés/ordre

Du 29 mai 2025 au 28 septembre 2025

www.wiels.org

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