En partenariat avec Musée d'art moderne André Malraux

François Gérard, Flore caressée par Zéphyr, 1802
Huile sur toile • 169 x 105 cm • Musée de Grenoble, don de Léon de Beylié, 1900 • © Ville de Grenoble / Musée de Grenoble – J.L. Lacroix
Ludolf Backhuysen, Marine
Tempête existentielle
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les scènes de tempête en mer ont le vent en poupe. Car pour les peintres classiques, la violence du vent est un bon moyen de mettre en scène la vulnérabilité de l’homme face aux forces de la nature, expressions de la puissance divine. Dans cette marine, le ciel et l’eau occupent quasiment tout l’espace, tandis que de petits personnages luttent contre les éléments, dans des bateaux aux voiles tendues sur le point de chavirer. Une tension dramatique qu’exploiteront également les romantiques, mais cette fois pour traduire les tourments de l’âme…
Huile sur toile • 84,5 x 97,3 cm • Le Havre, MuMa © MuMa / Florian Kleinefenn
Denis Etcheverry, Coup de vent à Trouville, avant 1907
Débandade sur la plage
À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les peintres se mettent à quitter leurs ateliers pour peindre en plein air. Jadis dramatique, épique ou biblique, le vent devient un simple élément divertissant du quotidien, qui renverse les parasols sur la plage, fait fuir les petits chiens et s’envoler les rubans des chapeaux, qui dessinent dans l’air de jolies arabesques. En soulevant les jupes et en semant le désordre, le vent plaît aux peintres de la vie moderne, qui aiment chambouler les règles académiques et cherchent des compositions originales !
Huile sur toile • 110 x 115 cm • Paris, Musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Claude Monet, Effet de vent, série des Peupliers, 1891
Peupliers frémissants
Au même titre que la lumière, la pluie et les saisons, le vent fait partie pour les impressionnistes des éléments qui modifient l’aspect des choses, et dont il convient d’observer les effets. Grâce à de petites touches obliques, rapides et légères, Claude Monet rend le frémissement à peine perceptible des feuilles sur ce tableau japonisant par son asymétrie et l’élégance décorative des troncs élancés. Situés sur la rive gauche de l’Epte, non loin de Giverny, ces peupliers sont aussi éphémères que le frisson qui les anime : le peintre a payé un marchand de bois pour retarder leur abattage, le temps d’en tirer une série de vingt tableaux…
Huile sur toile • 100 x 74 cm • Musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Adrien Didierjean
Suzuki Harunobu, L’Averse (une jeune femme prise dans un coup de vent tente de décrocher son linge mis à sécher), 1765
Surprise nipponne
Neige, pluie, vent… As de l’instant saisi au vol, les Japonais rivalisent d’inventivité pour représenter les caprices météorologiques, qu’ils introduisent dans des scènes quotidiennes amusantes, où les hommes s’inclinent avec humilité devant une nature poétique et puissante. Sur cette estampe du maître Harunobu, une jeune femme surprise par un coup de vent accourt pour décrocher son linge, perdant une sandale dans sa course. En plus du mouvement qui agite les tissus, l’artiste trace une série de traits obliques, efficaces et dynamiques, pour matérialiser le coup de vent. Une astuce qui inspirera plus tard les auteurs de bande dessinée !
Gravure sur bois polychrome • 28 x 20,8 cm • Paris, Bibliothèque nationale de France © BnF, Paris
Félix Vallotton, Le Vent, 1910
Bourrasque nabi
Peint en 1910 par Félix Vallotton, cet alignement d’arbres aux troncs fins ployant sous l’effet du vent, mis en valeur par un contraste graphique entre le fond clair et le vert sombre du feuillage, rend hommage à la simplicité frappante des estampes du pays du Soleil-Levant (telle Averse blanche à Shōno d’Hiroshige, présentée dans l’exposition et issue de sa célèbre série des relais du Tōkaidō) qui ont beaucoup inspiré les Nabis.
Huile sur toile • 89,2 x 116,2 • Washington, National Gallery of Art, collection M. et Mme Paul Mellon • © Courtesy National Gallery of Art, Washington
Louis Anquetin, Bourrasque sur le pont des Saints-Pères, 1889
Paris, temps de chien
Son écharpe virevoltant en spirale, une Parisienne affronte une bourrasque sur le pont des Saints-Pères. Au premier plan, une autre plaque son chapeau sur sa tête, tandis que passent des chevaux à la crinière ébouriffée. L’originalité et l’asymétrie de la composition montrent là encore l’influence de l’art japonais sur le Paris artistique du XIXe siècle. Mais le néo-impressionniste Louis Anquetin se distingue en profitant du vent pour donner à ses personnages des formes étranges, l’une compacte et contorsionnée, l’autre effilée, sans visage, le bas de son manteau flottant telle une curieuse queue de poisson !
Aquarelle et gouache • 66 x 53 cm • Collection particulière • © Galerie de la Présidence
Patrick Damiolini, Hommage au vent, 1983
Monolithe vaporeux
Pour les artistes contemporains, le vent, qui brouille les contours des choses, les froisse, les éparpille, devient une inspiration pour des compositions abstraites. Avec ce rectangle bleu qui semble partir en fumée, posé dans son décor désertique, Patrick Damiolini a incarné le vent en étalant la poudre du pastel, comme si la forme dessinée avait été soulevée par une bourrasque. Cette œuvre poétique sera visible dans le deuxième volet de l’exposition, « Météores » (du 19 novembre au 5 mars) qui regroupera des pièces contemporaines.
Pastel sur papier Arches • 64 x 49 cm • Collection FRAC Normandie © Patrick Damiolini / Pascal Victor
Gilbert Garcin, Sauver la nature, 2010
Contre vents et marées
Pour créer ses images oniriques, le photographe Gilbert Garcin (décédé en 2020) construisait de petits mondes en studio pour s’y mettre en scène, incarnant un loup solitaire à la Magritte, vêtu d’un éternel manteau de laine dans des décors épurés d’une poésie surréaliste. Comme cette plage où, en résistant héroïque, il aide une brindille géante à rester droite dans un paysage balayé par le mistral. Métaphore de nos efforts dérisoires contre la destruction de notre planète ? Ou simple rêverie absurde ? Quoiqu’il en soit, l’image apporte un vent de fraîcheur !
Tirage argentique • 30 x 40 cm • courtoisie Galerie Camera Obscura, Paris © Gilbert Garcin / Galerie Camera Obscura, Paris
Le Vent. « Cela qui ne peut être peint »
Du 25 juin 2022 au 2 octobre 2022
MuMa - Le Havre • 2 Boulevard Clemenceau • 76600 Le Havre
www.muma-lehavre.fr
Météores
Du 19 novembre 2022 au 5 mars 2023
MuMa - Le Havre • 2 Boulevard Clemenceau • 76600 Le Havre
www.muma-lehavre.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Bise coquine
Uniquement perceptible à travers le son, la sensation physique et son effet sur les choses, le vent est une puissance si mystérieuse que la mythologie gréco-romaine s’est empressée de le diviniser et de le personnifier. Entraînant, dans l’art, sa représentation sous les traits d’Éole, Borée ou Zéphyr – ce beau jeune homme ailé qui, les joues gonflées, souffle pour faire virevolter des fleurs et les cheveux de la célèbre Naissance de Vénus de Botticelli (1484). Dans cette peinture néoclassique de François Gérard, Flore, déesse romaine des fleurs associée à la fertilité et aux émois printaniers, apparaît nue, boucles au vent, à peine couverte d’un voile transparent que soulève une brise légère. Caressée par l’invisible Zéphyr qui la plonge dans un doux état d’extase… Une interprétation très sensuelle de l’insaisissable météore !