Photographie

Une émouvante série de Leila Alaoui, disparue en 2016, révélée pour la première fois

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Publié le , mis à jour le
Disparue il y a huit ans, après un attentat terroriste dans la capitale du Burkina Faso, la photographe Leila Alaoui est au cœur d’une exposition à la Galleria Continua qui révèle une série inédite réalisée en Inde : les portraits de 300 ouvrières d’une manufacture de textile.
Vue de l’exposition « Made in India » avec deux portraits de l’artiste Leila Alaoui à la Galleria Continua Paris
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Vue de l’exposition « Made in India » avec deux portraits de l’artiste Leila Alaoui à la Galleria Continua Paris, 2024

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© Leila Alaoui / Photo Hafid Lhachmi / Courtesy Galleria Continua, Paris

« Elle avait cette faculté d’inspirer confiance, elle savait comment approcher les gens, nouer contact. Leila avait un grand sens de l’humain. » Huit ans ont passé depuis la mort tragique de sa fille photographe à 33 ans, à la suite d’une attaque djihadiste survenue à Ouagadougou au Burkina Faso le 15 janvier 2016. Mais la lumière de son œuvre ne s’est jamais éteinte pour Christine Alaoui.

« Beaucoup retiennent ses valeurs humaines », souligne sa mère. Elle aussi photographe, Christine Alaoui continue, avec ses enfants, d’entretenir la mémoire et de l’œuvre de sa fille à travers la fondation Leila Alaoui, initiée immédiatement après le décès brutal de l’artiste. Parmi les actions, la relation nouée depuis plusieurs années avec la Galleria Continua, qui représente Leila Alaoui et montre son œuvre, dont beaucoup de travaux restent à découvrir. C’est le cas de la série « Made in India », actuellement visible à Paris.

Détail de la salle du rez-de-chaussée de la Galleria Continua avec la série « Made in India » de Leila Alaoui
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Détail de la salle du rez-de-chaussée de la Galleria Continua avec la série « Made in India » de Leila Alaoui, 2024

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© Leila Alaoui / Photo Hafid Lhachmi / Courtesy Galleria Continua, Paris

Accrochés pour la toute première fois, d’immenses formats, des visages lumineux, des mains laborieuses et des silhouettes gracieuses de femmes indiennes illustrent avec justesse la capacité de la photographe-vidéaste à capter l’âme des laissés-pour-compte : « Leila s’est battue jusqu’au bout contre les inégalités envers les enfants, les habitants ignorés des campagnes, les réfugiés, les femmes », souligne Christine Alaoui.

Des centaines d’ouvrières défilent dans son studio éphémère

En juillet 2014, Leila Alaoui entame un voyage à Chennai, autrefois Madras. Dans une usine de confection de vêtements, elle immortalise des travailleuses du textile. En voulant révéler qui était caché derrière l’étiquette « Made in India », cousue sur les vêtements que nous portons, la photographe a tissé des liens.

Leila Alaoui, Made In India, 2014. Courtesy GALLERIA CONTINUA Et Fondation Leila Alaoui (1)
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Leila Alaoui, Made In India, 2014. Courtesy GALLERIA CONTINUA Et Fondation Leila Alaoui (1)

Dans son studio de fortune, qu’elle installe au sein de la manufacture pendant des semaines après avoir gagné leur confiance, les 300 ouvrières défilent sous son objectif. « Elle ne voulait surtout pas faire de casting pour choisir ses modèles. Non, ça n’était pas Leila », affirme Christine Alaoui. Dans un recoin de l’exposition, une vidéo réalisée par le jeune vidéaste Shrikkanth Govindarajan documente ce projet sensible.

Une aura lumineuse qui perdure

Des milliers de photos sont prises. Sous la lumière, à laquelle l’artiste apporte un soin particulier, ces femmes anonymes sortent de l’ombre. Frontalement, elles crèvent les murs de la Galleria Continua par leur charisme. Leila Alaoui remploie le procédé qui avait fait mouche dans sa fameuse série « Les Marocains », réalisée entre 2010 et 2014 : celle qui a grandi à Marrakech faisait poser les personnes devant un fond noir. « Encore une fois, c’était la vraie vie des gens qui l’intéressait », relève sa mère.

Vue de salle à la Galleria Continua lors de l’exposition « Made in India »
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Vue de salle à la Galleria Continua lors de l’exposition « Made in India », 2024

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© Leila Alaoui / Photo Hafid Lhachmi / Courtesy Galleria Continua, Paris

Quelques mois après avoir achevé ce projet indien, la passionnée de cinéma, qui l’avait étudié aux États-Unis, se lance dans un documentaire sur les violences faites aux femmes en Afrique de l’Ouest avec l’ONG Amnesty International. Une œuvre filmée qui ne verra jamais le jour…

Bientôt un film…

Leila devait le savoir, du désespoir surgit souvent la lumière. L’aura de la photographe continue de crépiter avec un biopic cinématographique en préparation du réalisateur brésilien Fellipe Barbosa. Mais également avec la récente création du Centre interculturel Leila Alaoui en Provence à Fontvieille, près d’Arles, où l’artiste participait chaque année aux Rencontres photographiques. Cet espace, dédié à la photographie méditerranéenne, proposera bientôt des expositions d’artistes en résidence ou encore de Leila Alaoui à travers ses archives ; sans oublier une salle dévolue à des ateliers de photographie pour les plus défavorisés.

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Leila Alaoui - Made in India

Du 19 janvier 2024 au 19 mars 2024

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