ART ET MODE

Pourquoi le chef-d’œuvre « Madame X » de John Singer Sargent affole-t-il tant le monde de la mode ?

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Publié le , mis à jour le
Au cœur d’un scandale au Salon de Paris en 1884 et actuellement exposée en majesté au musée d’Orsay, Madame X, chef-d’œuvre de John Singer Sargent, est devenue une icône absolue traversant les époques, jusqu’aux tapis rouges et aux podiums. Chez Dior comme dans Vogue, cette image de femme sensuelle et affirmée inspire couturiers et photographes. À l’occasion de la Fashion Week, on vous explique les dessous de cette fascination.
À gauche, “Portrait de Madame X” par John Singer Sargent, 1884. À droite, Julianne Moore, photographiée par Peter Lindberg comme “Madame X” de John Singer Sargent pour Harper’s Bazaar, “Portrait of a Lady,” mai 2008
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À gauche, “Portrait de Madame X” par John Singer Sargent, 1884. À droite, Julianne Moore, photographiée par Peter Lindberg comme “Madame X” de John Singer Sargent pour Harper’s Bazaar, “Portrait of a Lady,” mai 2008

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© Peter Lindbergh (courtesy Peter Lindbergh Foundation, Paris). Coll & © Metropolitan Museum of Art, New York

La scène est saisissante : une peau diaphane, presque lavande, un port altier, un chignon sophistiqué retenant une chevelure teinte au henné, et une épaule, audacieusement soulignée d’une bretelle. À l’origine – avant que ce détail ne soit retouché sous la pression publique –, le morceau de tissu brodé de brillants avait glissé négligemment sur la peau nue…

Présentée au Salon de Paris en 1884, le portrait de Virginie Amélie Avegno Gautreau, dit « Madame **** » puis « Madame X », actuellement visible au musée d’Orsay, a scandalisé la bourgeoisie, tant pour la posture assurée du modèle que pour sa tenue : ce noir satiné, cette robe graphique, ce décolleté en cœur, cette taille corsetée… Tout converge pour exhiber une féminité libre.

Charlize Theron dans la peau de madame Gautreau

Entrée en 1916 dans les collections du Metropolitan Museum de New York, dont elle est désormais l’un des joyaux, la sulfureuse Madame X de John Singer Sargent (1856–1925) a profondément modelé l’imaginaire de la mode contemporaine. Rares sont les toiles à autant catalyser les inspirations des couturiers, à tant hanter la lentille des photographes.

De l’attitude distante à la posture, son héritage infuse dans la mode. La ligne en cœur, la taille fine et la silhouette moulante du portrait ont trouvé écho en Olivier Theyskens, lequel les magnifie pour Rochas en 2005, tandis que Dior les revisite en habillant Charlize Theron pour les Oscars 2014. Sur les tapis rouges, dans les galas, le style « Madame X » est un incontournable.

Un top model de papier glacé

La fameuse silhouette sargentienne est également régulièrement repiquée par des photographes majeurs. Steven Meisel, celui qui a lancé la vogue des supermodels dans les années 1990, réinterprète la pose de Madame X avec Nicole Kidman pour le magazine Vogue en 1999, dans une série magnifiant la froideur sculpturale et la luminosité théâtrale du modèle. En 2008, c’est Peter Lindbergh qui sublime Julianne Moore pour Harper’s Bazaar [ill. en Une], puisant chez Sargent son sens du clair-obscur et cette tension entre réserve et puissante sensualité.

Plus récemment, à l’été 2025, Annie Leibovitz a repris le fil dans Vogue : au sein des salles mêmes du Met, Anne Hathaway pose en Givenchy, saisie entre ombre et lumière, selon les codes visuels du peintre.

Un peintre obsessionnel du détail chic

Derrière son chevalet, Sargent va jusqu’à modifier le tombé ou imaginer des détails absents des vêtements pour orchestrer sa grammaire du chic.

D’où vient une telle fascination ? Bien avant que la photographie impose ses lois sur la mode et l’image de soi, Sargent invente l’art de la mise en scène. Élève à 18 ans de Carolus-Duran, peintre de La Dame au gant (1869), il adopte la « grande manière » du portrait, mais va la transcender. Très tôt, dans ses commandes auprès de la bourgeoisie parisienne, il ne se limite pas à reproduire. Il dirige, ajuste, suggère, parfois choisit lui-même les tissus. Derrière son chevalet, il va jusqu’à modifier le tombé ou imaginer des détails absents des vêtements pour orchestrer sa grammaire du chic. Ses modèles deviennent non pas de simples portraits, mais de véritables icônes. Dans le cas de Madame X, de nombreux croquis et aquarelles révèlent cette quête obsessionnelle de contrôle sur la scénographie du corps – madame Gautreau y apparaît tête tournée, bras tendu sur une table…

John Singer Sargent, Madame Gautreau Drinking a Toast
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John Singer Sargent, Madame Gautreau Drinking a Toast, 1882–1883

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Huile sur panneau • 32 × 41 cm • Coll. The Isabella Stewart Gardner Museum, Boston

À l’instar d’un directeur artistique contemporain, tout est pensé pour faire jaillir une image publique percutante, qui marque les esprits. Une leçon de mode que des générations n’ont pas fini de méditer.

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John Singer Sargent. Éblouir Paris

Du 23 septembre 2025 au 11 janvier 2026

www.musee-orsay.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : John Singer Sargent

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