Silvère Jarrosson, Paésine 1 : Où commence le désert ? – Triptyque, 2025
Technique mixte sur toiles de lin • 270x180 cm • © Silvère Jarrosson
Le désert est un être vivant. Comme l’humain, il bouge, il danse pour s’accomplir. Il se déplace : toujours le même, et jamais pareil. Né en 1993 à Paris, Silvère Jarrosson sait à quel point ce paysage peut nous parler, lui qui a fait l’expérience du désert dans l’Atacama, foulé les steppes mongoles, les montagnes d’Asie centrale et arpenté le bush de Tasmanie : « Quand on est dans le désert, on est plongé dans un monde extérieur et, en même temps, on est énormément recentré sur soi », avance-t-il au milieu de ses dernières toiles, accrochées à la fin du parcours de l’exposition « Déserts », visible jusqu’à fin novembre 2025 au Muséum d’Histoire naturelle à Paris.
« C’est un dialogue entre l’extérieur et l’intérieur. » Silvère Jarrosson invite à faire l’expérience introspective du désert en contemplant ses huit spectaculaires peintures monumentales qui concluent l’exploration d’un territoire par essence méditatif. Passé par l’Opéra de Paris en tant que danseur, et titulaire d’un master de biologie sur la morphogénèse phylogénétique soutenu au Muséum national d’Histoire naturelle, l’artiste est venu à la peinture en 2016 et a depuis séduit de prestigieuses collections, dont celles de la Société générale, du Mobilier national ou de l’Opéra national de Paris.
Silvère Jarrosson, Paésine 2 : le désert brûle – détail du triptyque, 2025
Technique mixte sur toiles de lin • 270×180 cm • © Silvère Jarrosson
Exposé notamment au musée Unterlinden de Colmar et à la Villa Médicis, Jarrosson creuse le sillon de l’abstraction dans de grands formats et avec une maestria rare. Il aborde la peinture telle une matière organique autonome, utilisant des techniques qui imitent les processus physiques et chimiques de transformation des formes vivantes à la surface des toiles. À l’image des géomorphologues, cet artiste habité voit la peinture comme une terra incognita à défricher et à cartographier : « À tous mes vernissages, il y a systématiquement quelqu’un qui, à un moment, vient me taper sur l’épaule et me dit ‘Vous savez quoi ? On dirait des coupes de marbre.’ ‘Vous savez quoi ? On dirait un désert vu du ciel’… C’est ma peinture qui m’a emmené sur le chemin du désert. »
Croisant l’art et la science, la série « Peindre le désert » puise dans les caractéristiques liées à la morphogenèse. Coulures, dripping, brossage, ponçage, attaque chimique : chaque geste du peintre est étudié et maîtrisé pour s’approcher des phénomènes naturels donnant naissance aux déserts tels qu’on les connaît. Huit mois de travail en atelier ont été nécessaires pour parvenir à un tel effet hypnotisant.
Pour donner vie aux formes du désert, l’artiste s’en est remis à des échanges nourris avec des experts scientifiques du Muséum, comme Guillaume Lecointre, spécialiste de la systématique et de l’évolution, et Maël Crepy, chercheur au CNRS, géographe, géomorphologue et géoarchéologue : « Les scientifiques vont scruter les traces de la nature, ses mouvements, pour comprendre les phénomènes de création ; c’est aussi ce que je fais quand je regarde une peinture. »
Silvère Jarrosson, Sur l’aile de Saint Exupéry (à gauche), Pendant le désert (au centre), Paésine 1 : Où commence le désert ? (à droite), 2025
Technique mixte sur toile de lin • ©Jean Christophe Domenech
La palette enfin, dans un jeu de nuances subtiles, court du bleu-gris à l’orangé sémillant, voire – et c’est une nouveauté dans son travail – carrément rouge flamboyant. Dans un monde en proie à des bouleversements écologiques et sociétaux majeurs, un désert qui brûle, c’est l’humanité qui se consume…
Déserts
Du 2 avril 2025 au 30 novembre 2025
Muséum d'histoire naturelle de Paris • 57 Rue Cuvier • 75005 Paris
www.mnhn.fr
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