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Reportage

Au Muséum d’Histoire naturelle, le précieux savoir-faire des taxidermistes en lumière

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Publié le , mis à jour le
Dans un hangar du Muséum national d’Histoire naturelle fermé au public, une petite équipe de taxidermistes travaille à figer dans le temps ours et dromadaire. Pendant plusieurs semaines, ils ont préparé des spécimens sortis spécialement des réserves pour la nouvelle exposition du Muséum, consacrée aux déserts. À cette occasion, nous nous sommes glissés dans leur atelier…
Isabelle Huynh Chan Hang, taxidermiste, travaille sur la naturalisation d’un dromadaire en préparation de la future exposition “Déserts” qui se tiendra dans la Grande Galerie de l’Évolution du Muséum d’Histoire naturelle à partir d’avril 2025
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Isabelle Huynh Chan Hang, taxidermiste, travaille sur la naturalisation d’un dromadaire en préparation de la future exposition “Déserts” qui se tiendra dans la Grande Galerie de l’Évolution du Muséum d’Histoire naturelle à partir d’avril 2025, 23 janvier 2025

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© Thibaud Moritz / Afp

Une girafe nous observe du coin de l’œil. Qui est la plus pétrifiée ? L’animal naturalisé ou la journaliste perdue au milieu d’une drôle d’arche de Noé où se côtoient zèbre, flamant rose, phoque et panthère ? Dans le hangar du Muséum national d’Histoire naturelle, à l’abri des regards, les taxidermistes œuvrent avec minutie pour restaurer et préparer les spécimens destinés aux visites du public ou à la recherche scientifique.

Dans cet atelier unique en son genre, Christophe Voisin et Isabelle Huynch Chan Hang exécutent d’ultimes retouches sur un ours et un dromadaire, destinés à être présentés dans le parcours de « Déserts », la nouvelle exposition scientifique du Muséum qui nous plonge dans les milieux les plus extrêmes de la planète.

Christophe Voisin et Isabelle Huynh Chan Hang, taxidermistes, travaillent à la naturalisation d’un dromadaire en préparation de la future exposition « Déserts »
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Christophe Voisin et Isabelle Huynh Chan Hang, taxidermistes, travaillent à la naturalisation d’un dromadaire en préparation de la future exposition « Déserts », 23 janvier 2025

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© Thibaud Moritz / Afp

Avec de la résine, les taxidermistes colmatent les fissures sur le dromadaire centenaire avant de procéder à l’insertion de nouveaux poils sur l’ours polaire, dévoré par endroits par des mites et des insectes xylophages (la terreur des taxidermistes !). « Contrairement à ce que l’on peut croire, sa fourrure n’est pas blanche, mais jaunâtre à cause des algues, et sa peau est noire pour absorber la chaleur. C’est la réflexion de la lumière qui le rend blanc… ou bien Photoshop ! », s’amuse Christophe Voisin.

Une « bibliothèque du vivant »

« À chaque taxidermiste, sa méthode ! »

L’atelier ne se limite pas à la préparation d’animaux pour les expositions. Avec près de 68 millions de spécimens dans ses collections, le Muséum abrite une véritable « bibliothèque du vivant », constituant une référence inestimable pour les scientifiques du monde entier. Ces derniers y trouvent des échantillons précieux pour étudier l’évolution des espèces, prélever de l’ADN ou encore comparer des individus contemporains avec des spécimens collectés il y a des siècles.

Aujourd’hui, la provenance des animaux a changé : si au XVIIIe siècle, les expéditions naturalistes récoltaient systématiquement des spécimens dans la nature, les nouveaux pensionnaires des collections arrivent essentiellement des lieux de captivité (zoos, centres de soins…) et des saisies douanières. L’échouage accidentel de certains animaux marins peut aussi être un moyen de s’en procurer.

Un art en danger

La taxidermie d’un oiseau dans le cadre des préparatifs de la future exposition « Déserts » qui se tiendra à la Grande Galerie de l’Évolution en avril 2025
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La taxidermie d’un oiseau dans le cadre des préparatifs de la future exposition « Déserts » qui se tiendra à la Grande Galerie de l’Évolution en avril 2025, 23 janvier 2025

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© Thibaud Moritz / Afp

Malgré l’importance de ce patrimoine naturel, « c’est un métier qui décline », regrette Christophe Voisin. La taxidermie est en effet un métier en voie de disparition : il ne reste qu’une centaine de taxidermistes professionnels dans toute la France – dont trois seulement travaillent au Muséum. La formation repose sur un CAP spécialisé, suivi de longues années de pratique.

Dans ce contexte, Isabelle Huynch Chan Hang fait figure d’exception. Ancienne assistante de la direction du Muséum, elle a choisi de se reconvertir il y a quelques années après avoir été formée à la taxidermie en interne. Sa spécialité : la préparation des poissons, qui requiert une extrême minutie. De son côté, Christophe Voisin préfère les grands mammifères, impliquant un processus très physique et technique. Une fois l’animal reçu, il faut ôter sa peau. Sur l’écorché ainsi obtenu, le professionnel prend toutes ses mensurations afin de recréer le spécimen le plus réaliste possible. « À chaque taxidermiste, sa méthode ! », assure Christophe.

Les gardiens d’une mémoire unique

Dans un premier temps, il s’agit de créer une sculpture à l’échelle 1/10 pour reproduire l’animal à taille réelle dans un second temps, à l’aide par exemple d’une sculpture en polyuréthane qui remplace le corps. Marteaux, scies, pinceaux… : tels sont les outils du taxidermiste. Peu de technologies de pointe s’invitent dans son atelier – même si l’impression 3D commence tout juste à y faire sa place.

Christophe Voisin, taxidermiste au Muséum d’Histoire naturelle, manipule un mérione, un petit rongeur, lors d’une opération de naturalisation dans le cadre des préparatifs de l’exposition « Déserts ».
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Christophe Voisin, taxidermiste au Muséum d’Histoire naturelle, manipule un mérione, un petit rongeur, lors d’une opération de naturalisation dans le cadre des préparatifs de l’exposition « Déserts »., 23 janvier 2025

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© Thibaud Moritz / Afp

En traversant le hangar de conservation, on croise des étagères où s’alignent des crânes, des oiseaux immobiles… Chaque spécimen raconte une histoire et témoigne d’une époque. Les taxidermistes veillent sur eux, en artistes et gardiens d’une mémoire unique, figée pour l’éternité.

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Déserts

Du 2 avril 2025 au 30 novembre 2025

www.mnhn.fr

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