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Centre Pompidou

Vasarely, un artiste en vogue

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Publié le , mis à jour le
Années 60 : c’est l’engouement pour l’art optique dans la mode, la décoration, la publicité, le dessin humoristique. On vend du Vasarely au mètre dans les grands magasins, on le retrouve sur des kilomètres de papiers d’emballage, sur de la vaisselle, des chaussures, lunettes de soleil, coussins, rubans adhésifs, torchons de cuisine. Cette année on le retrouve au Centre Pompidou, qui lui offre sa première retrospective.
</em>Mannequin posant pour <em>Vogue</em> en 1966 devant<em> Zedteck</em> de Vasarely
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Mannequin posant pour Vogue en 1966 devant Zedteck de Vasarely

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© Patrice Picot/Gamma-Rapho

Imaginez Johnny interviewant Jeff Koons dans Vivement Dimanche. Totalement improbable ? Pas en 1968 ! Le 27 décembre, à la télévision, Vasarely répond aux questions de Michel Polnareff dans un petit film diffusé par Michel Drucker pour l’émission Quatre Temps. Le jeune rocker au style anglais interroge un artiste à la télégénie irréprochable – cheveu plaqué, lunettes noires à monture épaisse, pull à col rond sous blazer, mégot de cigarette entre les doigts. Rien d’incongru.

Victor Vasarely et Ambrogio Pozzi, Service de table en porcelaine Manipur
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Victor Vasarely et Ambrogio Pozzi, Service de table en porcelaine Manipur, 1968

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Édité par Rosenthal. Coll. Particulière • © Fabrice Lepeltier

C’est l’époque où Vasarely est absolument partout, des panneaux publicitaires Decaux aux services à café du Prisunic, des devantures de grands magasins aux façades des premiers HLM, des pochettes de disque aux podiums, en un mot, du musée à la rue ; partout. Partout, à tel point qu’en 1970 Jean Bouret dans Les Lettres françaises cède au fantasme dystopique : « Vous aurez des petits carrés et des petits ronds, et des damiers bousculés, et des carrelages gonflés à vous en faire éclater le foie, le coeur, la rate. » Erreur de pronostic. L’après 1970, précisément, sonne le glas de la « vasarélite aiguë », cette obsession scopique contractée par les designers, décorateurs, couturiers, cinéastes.

Polnareff, Barbara, Bowie et les autres

Ces âmes sont en mal ou en quête d’inspiration, ou alors simplement grisées par les patterns affriolants d’une géométrie hallucinogène, moderne, en phase avec la vague psychédélique. En 1968, le clap de fin est loin. Depuis quatre ans, l’heure est à la fièvre op. Voici donc à quoi ressemble un lancement télé de Drucker : au milieu d’un plateau bariolé de cubes vertigineux. Ce décor, obèse d’illusions visuelles, est repris du génie hongrois. Polnareff exulte. Devant l’artiste, il feint la naïveté. Vasarely, c’est son dada yéyé. Il y a deux ans, la tête blonde, encore inconnue des foules déchaînées, chantait sa poupée qui fait non derrière des décors noir et blanc vasaréliens. Le soir du réveillon, sur la même chaîne, le bellâtre entame la mélodie entêtante de Sous quelle étoile suis-je né ? dans les irradiations du polyèdre Diamant, une sculpture de Vasarely en métal peint.

François Hardy pose devant un œuvre de Victor Vasarely dans un robe d’Yves Saint Laurent créée en hommage à Tom Wesselman (coll. haute couture automne-hivers 1966)
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François Hardy pose devant un œuvre de Victor Vasarely dans un robe d’Yves Saint Laurent créée en hommage à Tom Wesselman (coll. haute couture automne-hivers 1966), mai 1967

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Photo publiée dans Jours de France, n°653 • © Patrice Picot/Gamma-Rapho

Dans le même registre, il y a Barbara. En 1967, l’envoûtante célèbre au piano l’amour qui lui fait « des nuits et des jours ». L’enregistrement est sommaire, dépouillé comme si on avait ou manqué de temps ou de moyens. Mais le rendu est sauvé par deux sérigraphies au mur de l’artiste. Tirés de la série Lapidaire, ces bijoux colorés sont d’une efficacité redoutable : ronds, carrés et damiers alternés réveillent la rétine des oreilles assoupies.

</em>Première édition de l’album <em>Space Oddity</em> de David Bowie
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Première édition de l’album Space Oddity de David Bowie, 1969

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Design et photographie de Vernon Dewhurst • Label Philips. Coll. Vernon Dewhurst • © David Bowie/Vernon Dewhurst/DR

Décollage assuré avec Bowie. Oui, même Bowie ! En 1969, l’album Space Oddity a pour pochette un ovni : son visage est imprimé sur une reproduction de CTA 25 BC. Il semble aspiré à l’arrière par un motif bleu lagon de portail de quatrième dimension. La chanson, donc. Mais aussi, surtout, le cinéma. Même à l’étranger. Les James Bond en raffolent. Le cinéma bis italien se régale. Son style tourmente l’inconscient de Bibi Andersson dans Le Viol de Jacques Doniol-Valcroze (1967), un rôle de bourgeoise guettée par des désirs érotiques inavouables. Chez Gérard Pirès, en 1969, il illustre le fétichisme sexuel pour une satire de la publicité, Erotissimo. Qui imagine que le réalisateur de Taxi a pu débuter avec Vasarely ? Et, dans la même famille des benoîtes entretenues, comment oublier un an auparavant La Prisonnière ? Dans ce drame à flux tendu, Henri-Georges Clouzot jette Élisabeth Wiener entre les griffes d’un marchand d’op art insincère, pervers impuissant, et double de Vasarely. Laurent Terzieff endosse la caricature.

Henri-Georges Clouzot, </em>Photogramme du film<em> La prisonnière </em>avec Laurent Terzieff et Élisabeth Wiener
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Henri-Georges Clouzot, Photogramme du film La prisonnière avec Laurent Terzieff et Élisabeth Wiener, 1968

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Coll. Christophel • © Collection Christophel

Rancunier, notre artiste ? Jamais. La fois où Les Galeries Lafayette plagie des motifs de lui, c’est Denise René qui attaque en procès. La galeriste peste. L’artiste sourit. Il est imité ? Tant mieux ! Pire : « c’est » mieux. Dès 1958, dans ses écrits, il rêve d’être récupéré. C’est son utopie. Le cinéma le comprit : la victime était consentante.

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Vasarely. Le partage des formes

Du 6 février 2019 au 6 mai 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Victor Vasarely

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